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Sophie Boutboul

Violences conjugales: quand l’agresseur porte l’uniforme

Tout a commencé par un électrochoc : en mai 2021, Chahinez Daoud, 31 ans, mère de 3 enfants, meurt brûlée vive par son mari violent. On apprendra deux mois plus tard que le policier qui avait recueilli l’une de ses plaintes pour violences conjugales venait lui-même d’être condamné pour les même faits. Gérald Darmanin annonce alors des mesures sans précédent : tout policier condamné pour violences conjugales ne devra plus être en contact avec le public, dans l’attente d’une décision du conseil de discipline. Deux ans après, comment ces mesures sont-elles appliquées ? Comment policiers et gendarmes gèrent-ils la question des violences faites aux femmes au sein de leurs propres rangs ? 

La journaliste Sophie Boutboul (autrice du remarqué livre-enquête «Silence,on cogne» chez Grasset, 2019) révèle que dans certains commissariats et gendarmeries, les intentions politiques ne sont pas toujours suivies d’effets. En co-réalisation avec la journaliste Ilioné Schultz pour Complément d’enquête, Boutboul a aussi recueilli le témoignage de femmes victimes de leurs conjoints policiers ou gendarmes : abus d’autorité, menace de l’arme, esprit de corps, elle racontent la difficulté, parfois, de se faire entendre au sein des institutions. Sophie Boutboul est venue nous raconter son enquête diffusée ce soir sur France 2. Elle, comme Ilioné Schultz sont membres du collectif Femmes à abattre, déjà invité Au Poste.

Une enquête de Sophie Boutboul, Ilioné Schultz et Thomas Lhoste 

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Sophie Boutboul prend place dans le canapé orange, et commence à présenter son enquête. Elle est aussi sérieuse que son sujet, attachée à pouvoir retrouver instantanément ses sources dans l’épais dossier qu’elle tient sous le bras.

Le 4 mai 2021, une femme, Chahinez Daoud, est tuée par son ex-conjoint, qui lui tire dessus puis l’a brûle vive. Le Canard enchaîné révèle que le policier qui avait pris sa plainte le 15 mars avait lui-même été condamné pour violences conjugales le 10 février. Ce policier avait mal rempli la grille d’évaluation de danger et n’avait pas identifié l’ex-conjoint violent. Quand l’article paraît, le policier est toujours en poste, alors que sa hiérarchie sait qu’il a été condamné à huit mois de prison avec sursis. Il est suspendu 2 jours plus tard. Il aurait demandé plus tôt à sa cheffe de service de ne plus prendre de plaintes, en vain.

Sophie Boutboul

Après ce féminicide, Gérald Darmanin lance une instruction ministérielle déclarant que “les gendarmes et policiers condamnés définitivement à une peine de prison ferme ou du sursis pour des faits de violences conjugales ne seront plus au contact du public.” Dans les gendarmeries et commissariats, cette instruction ne sera pas toujours appliquée. Pire: ce que l’enquête démontre, c’est que “lorsque des policiers et gendarmes qui commettent des violences conjugales sont laissés en poste, c’est toutes les autres victimes qui peuvent en pâtir” explique Sophie Boutboul. Le documentaire présente un chiffre inédit, obtenu auprès du ministère de l’Intérieur – à prendre avec précaution – après 10 mois d’attente : 910 policiers et gendarmes sont mis en cause depuis 2021 (437 gendarmes, 473 policiers). 

Déposer plainte pour violence conjugale c’est déjà d’une difficulté inouïe, quel que soit le métier de l’agresseur, mais quand il est assermenté, armé, qu’il représente la loi, l’Etat, ça ajoute une telle couche de difficulté et une telle angoisse liée au métier de son conjoint et au fait qu’il pourrait être protégé, qu’en effet, pour beaucoup, c’est le silence.

Sophie Boutboul

Après avoir porté plainte, la peur ne quitte pas nécéssairement les victimes. “Elles disent très clairement qu’elles auront toujours peur que leur agresseur les tuent” relève Sophie Boutboul, décrivant des victimes “isolées” et “prises au piège” d’un conjoint qui contrôle leurs allées et venues, menace d’espionner leur téléphone.

Un policier avait été condamné dans une procédure de plaider-coupable pour des violences à l’encontre de sa conjointe, des clés de bras notamment, donc une utilisation de techniques apprises en police pour la violenter, mais aussi pour des invectives racistes dans laquelle il lui disait « tu es comme tous ces sales rebeus que je contrôle ».

Sophie Boutboul

Une phrase revient beaucoup en gendarmerie “les chiens sont acceptés, les femmes sont tolérées”. A ceci s’ajoute un esprit de corps qui crée une omerta — et une impunité tragiques. Karine avait 24 ans quand elle a été tuée par son ex-conjoint policier. Elle avait alerté le 17, avait déposé plainte, la hiérarchie de son ex-conjoint était au courant, et il n’a pas été désarmé, il n’y a eu aucune mesure de précaution.

Non seulement les policiers et gendarmes condamnés pour violences conjugales sont laissés au contact de victimes, mais ils sont parfois promus à la tête d’unités de lutte contre les violences intrafamiliales…, quand bien même leur ex-conjointe ait signalé les faits.  Et quand un gendarme décide de soutenir la femme victime, ça peut lui être reproché.

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