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Eugénia Palieraki & Quentin Deluermoz

Une histoire globale des révolutions

C’est une somme, dont on dit qu’une petite décennie aurait été nécessaire pour qu’elle puisse voir le jour. C’est un travail original de longue haleine, fruit des travaux d’historiens de partout. 1200 pages, 72 auteurs, 93 articles.

La quête du pavé: comprendre comment naissent les Révolutions, ce qui les provoque, les porte, et les éteint. Quelles permanences, quelle universalité, d’une époque l’autre, d’un continent l’autre. Et comment les entrevoir en sortant de notre européocentrisme? Qu’est-ce que l’Histoire globale et connectée? Ce matin, Au Poste a reçu deux des co-directeurs: Eugénia Palieraki et Quentin Deluermoz. Mexique, Cuba, Chine, XIXe siècle, rôle primordial des femmes, etc. C’est maintenant.

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La vision eurocentrée de l’Histoire – autrement dit: penser que la modernité a été inventée en Europe, diffusée depuis cet épicentre et imitée dans le reste du monde – a encore la peau dure. « L’intérêt de l’histoire globale », explique Eugenia Palieraki, « c’est de montrer que, même quand la référence principale est l’Europe, on interprète les événements, on en garde une partie, et toujours, on ajuste et on adapte au besoin du moment et du lieu dans lequel on est. »

Penser que des gens à des milliers de kilomètres vont juste imiter l’Europe, c’est nier leur propre expérience, leur intelligence, et croire que les projets politiques intéressants ne sont produits qu’en Europe. Ce n’est évidemment pas vrai.

Eugénia Palieraki

Si la France n’est pas le centre de gravité des révolutions, la (grande) sienne a néanmoins marqué un changement fort. À partir de 1789, en effet, le mot “révolution” ne désigne plus seulement « le retour à l’ordre ancien » rappelle Palieraki, « mais le moment où des gens qui ne s’intéressaient pas à la politique vont se penser comme des acteurs de la grande Histoire et prennent conscience de leur capacité à changer la société. » Cette autonomie d’action, centrale dans l’histoire des révolutions, génère « des changements très profonds au niveau des subjectivités », que les auteurs et autrices d’«Une histoire globale des révolutions» se sont attachés à mettre en avant, sous le terme de «protagonisme».

Il y a une énorme erreur à séparer raison et émotion, et à considérer l’une comme ayant plus de valeur que l’autre. Toutes les injonctions morales, de justice et d’égalité, ce sont des émotions qui les animent. Il n’y a pas d’opposition entre ces revendications portées de façon très intellectuelle, et l’émotion qui les soutient. Les révolutions sont des moments où les émotions portent des valeurs morales qui se dotent d’une plus grande valeur de mobilisation et d’empathie qu’en temps normal. Donc si on n’intègre pas la question des émotions, on ne comprend pas pourquoi des personnes vont, pour certaines, être effrayées, et désigner ça comme le mal absolu, et pour d’autres au contraire, s’engager dans la révolution quitte à risquer leur vie.

Quentin Deluermoz

De leur colossal ouvrage, Deluermoz (professeur d’histoire à l’université Paris Cité) et Palieraki (maîtresse de conférences en histoire de l’Amérique latine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) posent deux constats : on ne peut pas penser la violence révolutionnaire sans penser la violence contre-révolutionnaire, et si les révolutions sont toujours exceptionnelles pour les acteurs, elles sont très récurrentes à l’échelle moderne. Quentin Deluermoz évoque « une toile immémoriale et géographique complètement inattendue », où « chaque révolution se fait écho », ajoutant que « ce qui définit une révolution dans son sens moderne, c’est l’irréversibilité : chacune aboutit à quelque chose qui ne sera jamais comme avant. »

Les femmes ont un rôle vraiment fondamental dans les révolutions. Elles sont sur le devant de la scène, et participent au conflit armé. Donc il y a ce protagonisme féminin, et puis l’égalité des droits politiques et socio-économiques entre hommes et femmes qui est une motivation pour la révolution, et la troisième question peut-être plus actuelle, c’est en quoi les féminismes peuvent être une nouvelle cause révolutionnaire.

Eugénia Palieraki

Si le pessimisme révolutionnaire guette, Quentin Deluermoz retient cette question « Comment se fait-il que cette espérance arrive à chaque fois avec cette capacité de mobilisation quasiment intacte dans des moments aussi différents les uns des autres ? » Quant à Eugénia Palieraki, elle conclut, le sourire aux lèvres: « Si le capitalisme a de la plasticité, les révolutions aussi. C’est un phénomène d’actualité, très vivant, très dynamique, qui est promis, on l’espère, à un bel avenir. »

Eugénia Palieraki est maîtresse de conférences en histoire de l’Amérique latine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle a été professeure invitée à l’Université de Princeton et à l’ENS Paris. Ses recherches portent sur l’histoire de la ” nouvelle gauche ” latino-américaine durant les années 1960-1970 et, plus récemment, sur l’Amérique latine et le Tiers Monde à l’ère de la Guerre froide. Elle a écrit Naissance d’une révolution. Histoire critique du MIR chilien (Terres de Feu, 2023), co-écrit Révolutions. Quand les peuples font l’histoire (Belin, 2013) et avec Clément Thibaud L’Amérique latine embrasée. Deux siècles de révolution et de contre-révolution (Armand Colin, 2023).

Quentin Deluermoz est professeur d’histoire à l’université Paris Cité. Il a publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels Commune(s), 1870-1871 (Seuil, 2020), ou, avec Pierre Singaravélou, Pour une histoire des possibles (Seuil, 2016).

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