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Une (folle) histoire du conflit politique. Avec Julia Cagé et Thomas Piketty

C’est Piketty qui a lancé la première flèche: « Le vote macronien, c’est le plus bourgeois de l’histoire de France. Ça n’a pas fait plaisir qu’on le dise comme ça, mais c’est un fait objectif. » Puis Julia Cagé a déroulé. Pendant une bonne heure et demi, bien tassée, et de bonne humeur, les deux sont revenus sur leur travail monumental, les 864 pages de Une histoire du conflit politique (le Seuil).

Piketty, les yeux rivés sur le tchat, comme fasciné par cette agora en direct; Cagé, aux aguets, face au public. Ensemble, on a causé bipolarisation et tripartition, inégalités et clivages géographiques, guerre des blocs: le « social-écologique » (la gauche), le « libéral-progressiste » (le macronisme) et le « national-patriote » (les Républicains et le RN). Comment leurs cartes électorales s’imbriquent, ou s’affrontent.

Une Histoire du conflit politique (Seuil), c’est une somme, un blockbuster, une référence, un puits à idées, et à critiques, un travail de titans qui redonne espoir à la gauche. Trop même, aux yeux de certains (Cagé et Piketty répondent d’ailleurs à certains de leurs critiques dans l’émission). Leur livre passe au peigne ultra-fin deux siècles de résultats électoraux dans 36 000 communes françaises. Revenus, milieu social, habitat, les deux économistes Julia Cagé, bien connue de nos services, et Thomas Piketty, analysent les rapports de force électorale. Et c’est autrement plus complexe et nuancé que la course des petits chevaux annoncée pour 2027.

Pour l’occasion, Au Poste a reçu du monde. Comme jamais. Le débat s’est tenu en public à la Cantine de Césure. Entrée libre, sortie radieuse, boissons de qualité.

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Piketty et Cagé commencent par rappeler qu’il existe deux gros facteurs explicatifs du vote : l’aspect socio-économique – le revenu, la richesse, l’éducation, le niveau de diplôme, la catégorie et le statut socio-professionnelle, etc – et la dimension territoriale – la taille de la commune et la taille de l’agglomération à laquelle la commune est rattachée. Leurs conclusions sont frappantes : les plus petites communes, et les classes populaires rurales, votent davantage à droite que les classes populaires en banlieues et métropoles, plus tournées vers la gauche qu’on ne le croit.

Ce qu’on trouve extrêmement problématique dans la situation actuelle, c’est qu’on puisse faire passer une réforme comme la réforme des retraites contre 75% de la population. Et la seule raison pour laquelle c’est possible aujourd’hui, c’est cette division des classes populaires en deux, qui permet à un bloc extrêmement étroit de se maintenir au pouvoir. Alors que si on revenait vers une situation de bipartition gauche / droite, ça permet de mieux opposer les plus modestes aux plus favorisés, d’avoir une alternance entre les deux, d’aller davantage dans le sens du progrès social.

Julia Cagé

Le problème de la tripartition actuelle, avec l’arrivée du bloc macroniste, c’est que toute sa stratégie consiste à dramatiser, voire à délégitimer l’idée d’alternance démocratique, en disant, comme l’explique Thomas Piketty “c’est moi ou le chaos, c’est moi ou des extrêmes, je suis le bloc de la raison et c’est impossible d’avoir qui que ce soit d’autre que moi au pouvoir”.

On observe le vote au niveau des 36000 communes depuis 1848, on les range par richesse croissante, et on regarde des 1% les plus pauvres jusqu’à 1% les plus riches, quel est le score obtenu par les différents candidats par rapport à leur moyenne nationale ? Et la pente qu’on obtient pour le vote Macron est, pour ce niveau de vote à 20/25% des voix, la pente la plus forte de l’histoire.

Thomas Piketty

Ce résultat a notamment été rendu possible avec une abstention atteignant des taux records depuis la Révolution française, et notamment parce que les communes les plus pauvres votent massivement moins que les plus riches, phénomène qui s’est récemment amplifié, faisant de l’élection de 2022 “le sommet en termes d’écart de participation entre communes pauvres et riches”.

Le recul historique nous apprend que si les gens les plus pauvres ne vont plus voter, ce n’est ni parce qu’ils ne sont pas éduqués, ni par paresse, ni parce que c’est trop compliqué, mais parce qu’ils sont des déçus légitimes. Ils ont l’impression qu’aller voter ne sert quasiment plus à rien. Le coût du macronisme en termes d’effondrement de la qualité de la vie démocratique est phénoménal, et ça risque de rester un héritage sur le long terme, si rien n’est fait pour lutter contre.

Julia Cagé

Selon les chercheurs, l’explication de la chute de la participation et de la fin de la bipartition est l’abandon depuis les années 80 par la gauche d’une véritable ambition de transformation sociale et économique. “Aujourd’hui, le programme de la France insoumise est moins ambitieux sur le plan socio-économique de l’Union de la gauche de 1981” constate Cagé.

Il ne faut pas naturaliser ou essentialiser la gauche ou la droite. Il n’y a pas une identité de classe en soi qui rassemble les ruraux, les urbains, dès lors qu’ils sont pauvres :  c’est vraiment une construction programmatique, un discours qui fait que les uns et les autres se sentent méprisés ou pris en compte dans leurs aspirations.

Thomas Piketty

Optimistes, les chercheurs rappellent qu’à un point près, Marine Le Pen ne passait pas le premier tour en 2022. Selon eux, la stratégie la plus importante est que la gauche puisse fracturer le bloc RN chez les classes populaires rurales, pour l’éliminer dès le premier tour.

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