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StreetPress : le média dont les fachos veulent la peau

Ils multiplient les révélations sur la police (racisme, violences), les scoops sur les fachos et les regards pointus sur la rue. Ils sont la fine fleur de l’indépendance journalistique : l’équipe de StreetPress. Solide et farouchement indépendant, le magazine urbain du web est en train de se hisser sur le podium des médias de contre-récit les plus tenaces.


Ce lundi, ses journalistes Christophe-C Garnier et Clara Monnoyeur, et son red’ chef Mathieu Molard sont venus nous parler #AuPoste de leurs méthodes, de leurs obsessions, de leurs difficultés, des menaces de la fachosphère sur eux, et des victoires qu’ils accumulent. Mais aussi de leur modèle économique, et des convocations à la PJ pour cause d’articles un peu trop pointus.

8 novembre 2021, Au Poste. La campagne du presque-candidat aux élections présidentielles Éric Zemmour est belle et bien lancée. Des affiches dans Paris, des interventions médiatiques à n’en plus finir, des soutiens déclarés depuis les diverses familles d’extrême-droite. Et, à défaut de parti, une mosaïque de groupuscules agissant plus ou moins sous les radars, qui rappelle les grands débuts d’une autre formation : celle de Jean-Marie Le Pen, le Front National.

C’est en immersion dans ce réseau que Mathieu Molard a pu récupérer et sortir les images de membres de la Famille Gallicane « s’entraînant au tir contre des caricatures de juifs, de musulmans et de noirs ». StreetPress se distingue par ses méthodes d’infiltration des réseaux sociaux, dont la veille est assurée par ses soins ainsi que ceux de militants qui leurs donnent des pistes à creuser. Parfois, aussi, ce sont des lanceurs d’alertes au sein-même de ces groupes qui contactent le média. Le rédacteur en chef relate le cas d’un policier l’ayant contacté pour dénoncer le recours systématique au contrôle au faciès imposé et couvert par sa hiérarchie, dans le cadre de son service de lutte contre l’immigration illégale. 

Avoir des sources en interne nous rapproche de l’information, du sujet. Ça reste compliqué pour les personnes de témoigner, elles ont peur de parler, risquent parfois leur travail mais ont à cœur de faire changer les choses.

Clara Monnoyeur

À StreetPress, chacun assure la veille de ses sujets de prédilection mais les méthodes restent sensiblement les mêmes. Clara Monnoyeur explique le devoir de transparence qu’ont les journalistes vis-à-vis de leurs sources, afin de bien définir les termes de l’échange, garantir l’anonymat de la source et maintenir la confiance, quitte à ne pas sortir la totalité des révélations parfois. Les lanceurs et lanceuses d’alertes, suites aux publications de StreetPress, s’exposent aux pressions des personnes et groupes visés, pour qui le secret des sources n’empêche pas la « chasse aux sorcières », y compris par des services de l’État.

L’extrême-droite, son logiciel de pensée, c’est la désignation d’un bouc émissaire, et le déversement de haine sur ce bouc émissaire. Que ce soit le juif, le musulman, le noir, le pauvre, le journaliste… c’est toujours la même idéologie.

Mathieu Molard
Petit média et grande information

Les journalistes de StreetPress font aussi l’objet de représailles : coups de pression de la police, campagnes de raid sur les réseaux sociaux contre eux et leurs proches, et ainsi de suite. Récemment, Mathieu Molard en a fait les frais après son passage sur le plateau de BFMTV, recevant des centaines de messages injurieux. L’exposition de leur travail sur des médias de grande écoute pose question, d’une part parce qu’il est susceptible d’entraîner ce type de réaction massive, d’autre part parce que StreetPress se veut l’antithèse de ces mêmes médias « à flux tendu ». Le travail de StreetPress circule aujourd’hui principalement sur les réseaux sociaux, et le média fonctionne grâce au soutien des abonnés. À l’instar de Médiapart ou Regards par exemple, l’investigation menée en indépendant pose ce dilemme de la production d’une information d’intérêt public – et donc destinée à la plus large audience possible – dans un paysage médiatique s’opposant drastiquement à la diffusion de ce type d’information. Malgré tout, « ce n’est pas parce qu’elle n’arrive pas sur BFMTV qu’une enquête n’a pas d’impact », résume le rédacteur en chef.

Le risque est de se faire manger par la machine. On s’en fout des questions qu’ils posent, l’important est de dire ce que l’on a prévu de dire.

Mathieu Molard
FAF : la newsletter qui décrypte l’extrême-droite

Parmi les outils dont le média s’est doté pour propager son travail, on trouve la newsletter hebdomadaire FAF (abonnement gratuit). « Cette newsletter, c’est un retour au papier. On n’est plus tributaire des algorithmes, on peut hiérarchiser l’information ». FAF est une veille de l’extrême-droite au-delà de Zemmour et Le Pen, au-delà de la partie visible de l’iceberg. Certains des groupuscules d’activistes, comme la Famille Gallicane, sont armés et dangereux. Leurs activités prennent la forme de ratonnades, d’agressions aux couteaux, notamment dans les rues de Lyon, et c’est précisément le genre d’événements que StreetPress cherche à couvrir. Cette veille doit servir non seulement à détecter les agissements de ces milices, mais aussi à mettre en lumière les liens qu’ils entretiennent avec les expressions médiatisées de l’extrême-droite.

C’est en quelque sorte un travail complémentaire à celui que les services de renseignement ne font pas ou trop peu. Depuis 2014 et le focus porté au risque terroristeVoir à ce propos l’entretien avec les membres de la Quadrature du Net, venus Au Poste le 28 septembre 2022 : https://www.auposte.fr/au-poste-avec-ceux-qui-luttent-depuis-15-ans-pour-nos-libertes-quadrature-du-net, les moyens et l’attention portés à l’activisme d’extrême-droite sont très sous-dimensionnés par rapport au danger qu’il représente ; et ce retard n’est qu’en train d’être comblé. Ce retard doit aussi être lu à la lumière de la relative discrétion du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à ce propos – lui-même étant issu de ces mouvances politiques.

Les moyens et l’attention portés à l’activisme d’extrême-droite sont très sous-dimensionnés par rapport au danger qu’il représente ; et ce retard n’est qu’en train d’être comblé. Ce retard doit aussi être lu à la lumière de la relative discrétion du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à ce propos – lui-même étant issu de ces mouvances politiques.

Tout le monde parle de Zemmour, mais nous préférons suivre les mouvements qui le suivent.

Christophe-Cécil Garnier

(1)Voir à ce propos l’entretien avec les membres de la Quadrature du Net, venus Au Poste le 28 septembre 2022 : https://www.auposte.fr/au-poste-avec-ceux-qui-luttent-depuis-15-ans-pour-nos-libertes-quadrature-du-net/

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