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Sodexo: l’enquête qui croque la gloutonne qui nous restaure (et nous dévore)

« La Sodexo, les amis, ça nous concerne tous. Tôt ou tard dans la journée, y’a la Sodexo qui vient vous voir. » Si le plus gros employeur privé français dans le monde – 470 000 personnes – a suscité la curiosité de Jean Songe, ce n’est pas par le moyen d’une campagne de publicité. Le discret grand patronat de la Sodexo est un produit fascinant du capitalisme élevé en mode de vie, en langage, en culture, si loin du reste de l’humanité et pourtant si influent sur elle.
La Sodexo à Marseille

Cette histoire débute avec une intuition, développée par hasard sur le port de Marseille en 1966. Pierre Bellon, observant que les travailleurs tendent à ne plus rentrer chez eux pour déjeuner, a l’idée de proposer un service de préparation et livraison de repas directement sur les lieux de travail. Il mettra au point le procédé de la liaison chaude, pré-conditionnement de la nourriture qui n’a plus qu’à être réchauffée une fois livrée. Cette industrialisation de la cuisine leur permet de traiter des volumes gigantesques de repas quotidiens, au prix d’une évidente contraction de la qualité de la nourriture, devenue proverbiale depuis « L’aile ou la cuisse », film de Claude Zidi en 1976.

«Sodexo dans les prisons, c’est le rêve des capitalistes : avoir des ouvriers corvéables à merci , à coût réduit, sous la main et qui interviennent seulement quand on a besoin d’eux.»

Jean Songe

La Sodexo, présente dans 62 pays, tire entièrement parti de la mondialisation pour presser les coûts. Dans le but d’éviter les soucis d’hygiène, la nourriture est aseptisée au maximum, donnant ainsi le même goût insipide à chacun de ses repas, quelque soit la provenance lointaine et douteuse des produits qui les composent.

«Chez Sodexo, pour être un bon cuisinier, il faut savoir ouvrir des sachets.»

RogerSoleil | Dans le tchat
La Sodexo en prison

Mais Sodexo, ce n’est pas que de la mauvaise bouffe. La filiale Sodexo Justice Services propose aux prisons de prendre en charge les repas, le nettoyage, l’entretien, les ateliers de réinsertion, jusqu’au recrutement des gardiens dans certaines prisons d’Angleterre. Cette quasi-privatisation, sous le régime du partenariat public-privé en France, s’accompagne de tous les abus que l’on imagine. Sodexo affiche, à mots choisis, sa volonté de fournir à ses partenaires une main-d’œuvre « formée en très peu de temps, qui s’adapte au surcroît d’activité ponctuel » ; la discrétion du travail en prison rendant plus difficile son contrôle.

«Sodexo dans les prisons, c’est le rêve des capitalistes : avoir des ouvriers corvéables à merci , à coût réduit, sous la main et qui interviennent seulement quand on a besoin d’eux.»

Jean Songe
La Sodexo à l’armée

Auprès de l’armée, la Sodexo fait encore plus fort. Dans le cadre – trop flou – des missions que le ministère de la Défense veut bien lui confier, ce sont non seulement l’intendance totale des locaux en France, mais aussi les « bases-vie » sur les terrains d’opérations extérieures qui sont prises en charge. Des conditions de travail parfois très compliquées aux tarifs en constante augmentation, la Cour des Comptes épingle régulièrement la Sodexo dans l’indifférence des gradés de l’armée et du ministère de la Défense, qui sont bien les seuls à ne pas voir le danger d’une telle ingérence du privé dans l’armée.

«La Sodexo regrette de ne pas pouvoir fournir des mercenaires : “C’est un scandale, des milliards nous échappent chaque année parce que la France refuse qu’il y ait des armées privées…”»

Jean Songe
La Sodexo à Paris

La Sodexo s’intéresse assez peu à son image publique, mais produit beaucoup d’efforts auprès des investisseurs. Loin des restaurants d’entreprise et autres cantines, la société tentaculaire s’est faite un nom dans les loges VIP des stades, dans les grands événements sportifs comme le Tour de France et prochainement les Jeux Olympiques, dans les hôtels chics, dans les établissements prestigieux de la ville-Lumière, même à la Tour Eiffel. Quand elle ne possède pas carrément l’établissement, tel le Lido, elle signe des contrats juteux et opaques pour faire ce qu’elle fait de mieux : s’occuper de tout.

En interne, la Sodexo s’occupe surtout de son patronat, dont font partie les quatre enfants du père fondateur. Campagnes de décrédibilisation des syndicats, écarts béants entre les salaires, conditions de travail équivalentes à celle de la nourriture préparée, le monde préparé par la Sodexo fait froid dans le dos.

«Ils ne sont pas cyniques, ils ont l’air d’y croire.»

Jean Songe
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