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Simon, Anne-Morwenn Pastier & Julien Le Guet Dernière Rénovation, géo-scientifique transdisciplinaire & Bassines Non Merci

Répression du mouvement écolo: état des lieux. Pourquoi et comment les activistes continuent à se battre

La semaine dernière, un procès à Niort a vu 9 militants répondre d’«avoir organisé une manifestation interdite» contre les méga-bassines. Depuis l’annulation de la dissolution des Soulèvements de la Terre, où on est la répression du mouvement écolo?

On en cause avec Julien Le Guet, porte-parole de Bassines Non Merci, Anne-Morwenn Pastier, hydrologue, et Simon, de Dernière Rénovation. Accusations d’intimidation auprès des agriculteurs, de saccage des champs, d’irresponsabilité dans la manifestation du 25 mars à Sainte Soline : nos invités ont répondu à tout. Et démonté la propagande des préfectures, de la FNSEA, de la Coordination Rurale, du gouvernement. «L’adversité nous oblige à nous solidariser» leur répondent-ils, prêts à continuer la lutte.

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Les nombreux blessés de Sainte-Soline ont fait émerger une critique : les organisations n’ont-elles pas été inconscientes, en envoyant tant de personnes au casse-pipe ? Julien Le Guet, porte parole de Bassines non merci, batelier de profession, rappelle que “l’objectif stratégique était d’entourer la bassine”, pointant l’absurdité de l’opération policière, qui a consisté à “protéger les protections”. Simon, représentant le collectif Dernière Rénovation, ajoute que leur démarche commune est de “dire aux gens la vérité : tant celle du consensus scientifique international que celle sur les risques encourus en participant aux actions”.

Si j’avais su quel sort nous était réservé, je ne pense pas que j’aurais laissé partir mes 3 filles, qui ont entre 15 et 18 ans, risquer de se faire tuer, comme la jeune fille qui s’est retrouvée avec la mâchoire défoncée. Non, ce n’était pas notre programme. C’était certainement le programme de Darmanin. Il faut relire rétroactivement les déclarations de Darmanin dans la presse, ou de Fesneau, ou de Macron, qui nous annoncent tous à se préparer à voir des images très violentes à Sainte-Soline. Mais ça on ne l’a pas annoncé nous. On n’a pas annoncé qu’il allait y avoir la guerre.

Julien Le Guet

Anne-Morwenn Pastier, hydrologue, le rappelle : “on se bat pour un intérêt général, pas pour notre intérêt particulier. Et quand l’intérêt général, c’est la survie de l’espèce, ça pèse dans la balance.” À leur procès, ils ont pu entendre “vous ne représentez rien”. Sur ces mots, Julien Le Guet décrit l’ampleur que représentent “200 organisations qui appellent au mouvement, tous les syndicats qui sont de la partie, des élus, des familles… ça faisait combien de temps qu’il n’y avait pas eu 30.000 personnes en manif en milieu rural ?”

Nous sommes les citoyen.nes qui résistons, qui avons conscience qu’il est urgentissime de se mettre en mouvement, de repenser ces politiques d’aménagement du territoire, de repenser l’intérêt général, la préservation des communs […] Aujourd’hui qui est garant de l’intérêt général ? Ce n’est pas le gouvernement c’est nous.

Julien Le Guet

Les militants dénoncent la propagande des préfectures pour diaboliser le mouvement, appelant la population à rester chez elle pour se protéger, et les commerces à fermer. “On a appris que des gens étaient restés chez eux avec une carabine, à attendre qu’on vienne les chercher, alors qu’on était en train de faire la fête le soir, et d’écouter des conférences” raconte Anne-Morwenn Pastier. Quant aux commerces, ils ont plutôt fait un bon chiffre d’affaires, mentionne la géoscientifique. Anne-Morwenn Pastier cite le représentant de la FNSEA – auditionné en tant que victime dans la commission d’enquête parlementaire sur les groupuscules violents – qui, parlant du saccage des champs, évoquait surtout la pollution des débris de grenades.

A Bassines Non Merci, on n’a jamais, au grand jamais, lancé d’appel pour intimider ou pour s’en prendre aux fermes, aux individus, aux familles. Ça, c’est les pratiques de la FNSEA, ce sont les pratiques de la Coordination Rurale. C’est dans nos habitats, c’est à nos domiciles, qu’il y a des pressions qui sont mises. C’est chez Patrick Picaud, l’ancien président de Nature Environnement 17 que 50 tracteurs déversent des tombereaux de fumier devant sa maison, et qui caillassent sa baraque au vu et au su des forces de l’ordre. C’est chez mon neveu, qu’il y a deux bonhommes qui viennent nuitamment le tabasser à son retour du jogging et qui, quasiment lui pissant dessus, lui disent “il est malin l’anti-bassine”. Ce sont tous ces faits-là qui ne sont pas suivis par la maréchaussée, qui ne font pas l’objet des instructions nécessaires. Il y a une volonté réelle d’inversion des valeurs.

Julien Le Guet

Julien Le Guet pointe la démesure de la répression : “on a chiffré l’opération policière à Sainte-Soline à 5 millions d’euros. Plus chère que la bassine elle-même.” Par ailleurs, développe-t-il, “quand tu mets ces moyens de l’antiterrorisme sur nos tronches, ça veut dire que le boulot de l’antiterrorisme n’est pas fait. Il y a une vraie responsabilité de la part du gouvernement”.

Tout est déjà orchestré. Ils ont déjà leurs conclusions en tête. Quand ils nous auditionnent, ils savent très bien ce qu’ils vont mettre dans leur rapport. J’ai discuté avec Florent Boudié, qui m’a dit “il y a les gentils, et les méchants”. Leur rapport est là pour dire “il y a les gentils militants écolos qui restent bien à leur place, et il y a les autres”. A l’époque, je ne savais pas trop où est-ce qu’il allait nous caser. Bon, il nous a mis chez les méchants.

Anne-Morwenn Pastier

Si Bassines Non Merci a accepté d’aller à cette Commission, c’est pour “ne pas laisser s’installer dans l’histoire ce récit mensonger, oppresseur et autoritaire” explique Julien Le Guet. Quant aux objectifs de la Commission, d’après Anne-Morwenn Pastier, il s’agissait surtout d’entériner l’idée que “la dégradation de biens, c’est de la violence.” 

Notre dernier espoir c’est la justice. Le juge nous a donné raison sur le fond du problème : sur l’augmentation des prélèvements d’eau pour le projet en Vienne, sur la mal-adaptation des méga bassines au réchauffement climatique, et sur leur non-viabilité financière pour les exploitants agricoles.

Anne-Morwen Pastier

S’ils sont conscients que le camp d’en face se renforce, de leur côté, “l’adversité nous oblige à nous solidariser” explique Le Guet, lâchant en souriant “J’ai envie de dire, merci Gérald’. 

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