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Procès Papon, Barbie, Touvier filmés pour l’Histoire. Avec Laurent Joly & Gabriel Le Bomin

Devant les témoignages des victimes de Barbie, on pleure. Devant le minable Touvier, on palpe la haine. A Bordeaux, au procès Papon, on touche Vichy du doigt.

Le réalisateur Gabriel Le Bomin signe la remarquable série documentaire «Crimes contre l’Humanité» (France TV), basée sur les procès filmés de Papon, Barbie et Touvier d’il y a 30 ans, et le témoignages d’acteurs et d’actrices des audiences. Avec lui, pour en causer, l’historien Laurent Joly, meilleur spécialiste de Vichy, bien connu de nos services, était présent. Que peut le documentaire pour l’Histoire, que peut l’Histoire pour le documentaire? Préparez le café.

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«Devant Barbie, on pleure. Devant le minable Touvier, on palpe la haine.» La phrase fuse, dense, brûlante. David Dufresne n’a pas besoin d’en dire plus. Dès les premiers échanges, on sent que cette émission ne sera pas une simple discussion. C’est un face-à-face avec la mémoire, mais aussi avec notre rapport au temps, à l’image, à la justice.

Face à lui, deux invités puissants. Gabriel Le Bomin, réalisateur de la série documentaire Crimes contre l’humanité diffusée sur France Télévisions. Et Laurent Joly, historien, conseiller historique de la série, et l’un des grands spécialistes de Vichy et de la collaboration.

La série revient sur trois procès majeurs : Klaus Barbie (1987), Paul Touvier (1994), Maurice Papon (1997-1998). Trois procès, trois séismes. Le choix de les filmer à l’époque n’était pas une évidence. Mais Robert Badinter l’a imposé, avec l’intuition que ces images auraient une portée au-delà de l’actualité judiciaire. Trente ans plus tard, sa vision se confirme.

«On transmet à une nouvelle génération», dit Le Bomin. Et cette génération, on la sent déjà réceptive : «mon disquaire m’a parlé de Barbie. C’était bluffant», raconte Joly. Ce n’est pas un détail : c’est le signe d’une percée dans la culture populaire, au-delà des cercles habituels. Un basculement rare pour un documentaire historique.

Le poids des mots, la charge des images

Le tchat s’enflamme à plusieurs reprises. «Merci pour ce travail de mémoire», écrit Fabrice91, tandis que Lylou pointe un détail glaçant : «Le sourire de Barbie, c’est une gifle à l’humanité». La conversation se fait collective, dense, partagée. Le film réunit, mais dérange aussi. Et c’est tant mieux.

«Il faut être capable de raconter le mal», rappelle Le Bomin. «Mais sans jamais lui offrir une mise en scène triomphante.» La justesse du regard, le rythme des archives, la retenue dans la voix off : tout a été pesé, construit avec soin. Et Joly d’ajouter : «L’histoire s’est écrite aussi à travers ces procès», pointant la façon dont ces moments ont nourri l’historiographie française. Pas seulement une mémoire de l’événement, mais un matériau pour l’analyse.

Une série de révélations et de confrontations

Ce qui frappe, c’est l’équilibre du duo. Joly et Le Bomin, chacun dans son rôle, expliquent leur complémentarité : le premier travaille sur les faits, le second les traduit en récit audiovisuel. «Ce n’est pas un simple exercice de vulgarisation, c’est un travail de mise en scène du vrai», insiste le réalisateur.

Le taulier les relance, les confronte aussi. Il insiste sur la puissance émotionnelle de certaines séquences. «Ces témoignages, on ne s’en remet pas», dit-il à propos des survivants d’Izieu. Le Bomin hoche la tête : «Nous avons tout construit autour de cette parole. Sans surplomb, sans effets.»

Un moment de tension traverse l’émission lorsqu’il est question du procès Papon. «À Bordeaux, on touche Vichy du doigt», lâche Dufresne. Silence. Puis Joly revient sur la complexité de ce procès, moins spectaculaire mais politiquement fondamental : «Avec Papon, c’est l’État qui se regarde en face. Ce n’est pas un bourreau nazi, c’est un haut fonctionnaire républicain.»

«Il fallait filmer ces procès pour qu’ils résonnent, longtemps après»
Gabriel Le Bomin

Ce que ces procès nous disent aujourd’hui

Il ne s’agit pas seulement de regarder le passé. C’est ce que rappelle l’émission avec force : il s’agit de comprendre comment il nous travaille encore. La résurgence de l’extrême droite, la tentation du révisionnisme, la fatigue mémorielle : tous ces éléments sont dans l’air du temps. Et cette série, en écho, rappelle les faits. Les visages. Les silences.

«La justice n’efface pas le crime. Mais elle peut empêcher l’oubli», dit Joly. C’est là que réside la puissance de cette série documentaire : dans cette volonté de faire trace, sans emphase ni pathos.

«On ne peut pas trafiquer ces images. Elles parlent d’elles-mêmes.»  
Laurent Joly

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Pourquoi ces procès sont-ils encore si puissants aujourd’hui ?

Parce qu’ils confrontent la République à ses fantômes, et mettent des visages, des corps, des émotions sur ce qu’on appelle trop vite «le devoir de mémoire».

Pourquoi avoir filmé ces procès ?

Robert Badinter l’a voulu : il pensait que l’Histoire devait être archivée visuellement. Aujourd’hui, la série prouve qu’il avait raison.

Qu’est-ce qui distingue cette série d’autres documentaires historiques ?

Son dispositif : pas de commentaires omniprésents, mais une place centrale laissée aux témoignages. Et une écriture visuelle maîtrisée.

Pourquoi ce point de vue  est-il  problématique encore de nos jours ?

Parce qu’il oblige à regarder en face les responsabilités françaises, y compris celles de l’administration, dans les crimes de la Shoah.

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Cet article est le fruit d’un travail humain, d’une retranscription automatique de l’émission par notre AuBotPoste revue et corrigée par Rolland Grosso et la rédaction.

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