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Oussekine : la série-événement par son créateur Antoine Chevrollier

Antoine Chevrollier, auteur et réalisateur, signe avec #Oussekine une mini-série impeccable. 4 x 52 minutes pour retracer ce qui restera comme un moment clé dans l’histoire du maintien de l’ordre dit « à la française ». Malik Oussekine, un étudiant de 22 ans frappé à mort par des policiers français dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, dans le hall du 20 rue Monsieur-le-Prince, à Paris. Chevrollier, déjà à l’œuvre dans Baron noir et le Bureau des légendes, est venu nous raconter comment il a enquêté, écrit, réalisé et monté ce Oussekine de haute-facture. Quels choix, quels questionnements, quel souffle ? C’est mardi, et ça va être fort.

Âgé de 4 ans en 1986, le réalisateur Antoine Chevrollier découvre le nom et prénom de Malik Oussekine dans le rap « L’État assassine » du groupe Assassin. Au-delà de la trajectoire intime de Malik et de sa famille, il comprend qu’il est possible de raconter une histoire ample, et il souhaite surtout, dès le départ, pointer la caméra sur Aïcha Oussekine, la mère, qui vient alors de perdre son dernier fils. En passant par l’intime, le cinéaste désirait porter à l’écran « une famille qui se retrouve confrontée à une machine politique et médiatique, et à qui l’on enlève le deuil finalement. »

Le côté humain, émotionnel, était nécessaire je pense, et cela est réussi.

Durdenov | Dans le tchat

Le casting est sidérant !

choderlos | Dans le tchat

David Dufresne, autorisé à filmer quelques scènes de tournage et l’envers du décor, un an plus tôt, diffuse des images que le réalisateur découvre en même temps que la communauté #AuPoste. Notamment le tournage bouleversant au 20 rue Monsieur-le-Prince qui donne « un poids monstrueux » aux images, car la scène est tournée sur les lieux exacts du drame. Le chat soulève alors qu’Antoine Chevrollier « filme finalement cette reconstitution qui n’a jamais eu lieu réellement. »

Et lorsque les images du tournage de la manifestation en hommage à Malik sont lancées, David Dufresne souligne « la démarche déterminée » du réalisateur et le compare à un général en campagne. Il lui confie même : « quand j’ai vu ça, j’ai compris que la série allait être géniale ! »

Une fois le geste de tournage lancé, c’est trop intense. Il faut tenir cette intensité. Je ne peux pas avoir la caméra qui s’arrête. Je ne peux pas ne pas être dans une forme d’intensité, c’est trop précieux !

Antoine Chevrollier
Justice pour Malik

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, alors que des manifestations sont réprimées avec violence depuis plusieurs semaines, le jeune étudiant de 22 ans, Malik Oussekine, fuit une équipe de trois voltigeurs qui le poursuivent dans les rues de Paris. Les digicodes viennent de faire leur apparition au pied des immeubles, entravant ainsi la recherche de refuges des manifestants coursés par le PVM (Peloton des Voltigeurs Motorisés).

Le soir du drame, un homme répond à l’appel de Malik qui pénètre dans le hall du 20 rue Monsieur-le-Prince, les policiers parviennent à bloquer la fermeture de la porte in extremis. Le jeune homme n’en ressortira jamais.

Cette série en quatre épisodes pourrait s’apparenter à un documentaire décortiquant subtilement les différents aspects médiatiques, judiciaires et politiques de cette affaire, mais elle est avant tout un indéniable et puissant objet cinématographique qui immerge le spectateur au cœur des années 1980.

L’équipe s’est attachée à tourner au plus près du réel, sur les lieux mêmes des évènements. L’écriture s’est nourrie d’innombrables heures d’entretiens avec les membres de la famille, certains témoins, avocats, policiers et autres protagonistes ayant gravité autour de l’affaire Oussekine, instaurant un rapport de confiance, allant jusqu’à créer des liens très forts et probablement indéfectibles.

Il y a la charge émotionnelle, mais il y a aussi cette charge de conscience […] j’ai le sentiment que Malik m’a accompagné.

Antoine Chevrollier

Une profonde émotion s’installe au cœur de l’entretien et transpire également au sein de la communauté. Dans le chat, se croisent ceux qui se rappellent avec exactitude comment ce drame a bouleversé la France ; ceux qui partagent leurs souvenirs de manifestation et leur émotion intacte ; et ceux qui découvrent l’histoire de Malik Oussekine, tout simplement pas encore nés ou trop jeunes en 1986.

Le combat continue

En France, on a un problème à se tourner vers les pages sombres de notre histoire […] Montrer ces pages sombres, c’est pour essayer de comprendre, c’est pour essayer d’apaiser les choses. Si l’on n’en parle pas, on ne pansera pas les plaies.

Antoine Chevrollier

La famille Oussekine a participé à la marche du 17 octobre 1961, où plus de 200 Algériens de tout âge, dont une jeune fille de 14 ans, seront retrouvés morts dans la Seine. Le lien avec ces événements là, aussi, s’est donc fait naturellement : l’équipe d’écriture de la série a tenu à raconter ce chapitre de l’histoire, ce crime d’État encore  méconnu.

Antoine Chevrollier explique croire beaucoup « aux blessures transgénérationnelles, à ce qui touche la chair et à ce que l’on transmet, plus ou moins consciemment, de génération en génération. » Il s’est attaché à « montrer cette violence, et ce que c’est que le poids d’un homme ou d’une femme qui tombe dans la Seine. » 

David Dufresne fait remarquer que certaines « scènes font terriblement écho à aujourd’hui », notamment un son d’époque (1986) qui évoque la main arrachée d’un manifestant, place des Invalides, la veille de la mort de Malik. Concernant les violences policières, d’un côté ou de l’autre, le champ lexical est resté sensiblement le même. Pour preuve, cette phrase prononcée à cette époque, puis reprise régulièrement : « Si vous condamnez ceux qui vous protègent, ils ne vous protègeront plus. » Selon Antoine Chevrollier, ce discours qui revient est « symptomatique de la difficulté à pouvoir condamner les violences policières, en France, mais également dans le monde. » 

Si la série est diffusée par Disney+, le réalisateur souligne qu’il s’agit d’une production française, réalisée, créée et écrite par des Français. Chevrollier se félicite qu’il soit enfin « possible de se retourner sur le passé, de raconter notre histoire frontalement, et de la raconter au monde. »

Comme quoi le cinéma français n’est pas encore mort

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À l’heure où l’émission touche à sa fin, David Dufresne fait part des remerciements de la communauté #AuPoste, de l’émotion perçue. Il demande à son camarade comment conclure cette émission…

Le combat continue. Moi, cela me donne tellement de force. Le retour de tout le monde me donne tellement de force qu’il faut que l’on continue David. Il faut que tu continues à faire tes films, à raconter ce que personne ne raconte, et à montrer ce que personne ne montre… Et viens, on fait des choses ensemble !

Antoine Chevrollier

Larges sourires, profonde émotion, chair de poule, remerciements et clap de fin. 

Antoine Chevrollier, né à Angers en 1982, est un jeune réalisateur français. Treize ans de carrière et une dizaine de films et séries à son actif, il s’est principalement fait connaître du grand public par les séries à succès Baron noir et Le Bureau des Légendes, avant de créer la série évènement Oussekine, diffusée en mai 2022.

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