Média 100% indépendant, en accès libre, sans publicité, financé par ses 916 donatrices et donateurs ce mois-ci !

Faire un don

New Rose! Dernier Pogo à Paris!

Dans les années 1980, New Rose, petit disquaire du Quartier Latin à Paris, était devenu grand. Il fut la plaque tournante des punks en goguette, QG des désaxés, et label de disques à nul autre pareil. Les Cramps, Johnny Thunders, The Saints, les Soucoupes Violentes, The Lyres, The Real Kids, les Remains, c’était eux, c’était New Rose. Ces jours ci, un somptueux livre de photos sort, qui retrace l’histoire incroyable de ce lieu incroyable. Louis Thevenon, l’un des deux piliers de New Rose, était avec nous. Et sa parole est rare.

L’accrochage de l’expo était tout frais. En un clin d’œil, la galerie Mortier (Paris) venait de se muer en mémorial pour la culture rock des années 1980/1990: affiches, pochettes, vinyles, photos jaunies et badges rosés, bandes dessinées et maquettes Letraset. Au centre de la pièce: Louis Thevenon, timide et sûr, la démarche alerte et les souvenirs intacts.

Sur le moment, on ne pensait pas au business, on faisait le truc, pour le plaisir, pour les fans, on ne pensait pas aux répercussions.

Louis Thevenon

La visite démarre avec une photo des deux fondateurs de New Rose, Patrick Mathé (décédé en 2018) et Louis Thévenon. Retour sur l’histoire de la devanture de l’ancien disquaire. Au départ, une façade en bois qu’il avait bien fallu descendre. Thevenon avait fait le tour du Quartier Latin en mobylette à la recherche d’un lieu. Deux boutiques, sises rue Pierre Sarrazin, fermées depuis des lustres, leur tendaient les bras. Le duo prendra la plus petite, la moins chère. David Dufresne évoque un souvenir personnel, son premier boulot payé. C’était pour New Rose: des biographies des artistes produits par la maison de disques. Wampas, Cramps, Soucoupes violentes, et d’autres.

Avant New Rose, il y a un autre magasin en 1977 : Sirène puis Music Box, rue Saint Sulpice, qui proposait plutôt du punk et du reggae. C’est là que Louis Thévenon rencontre son acolyte Patrick Mathé, gérant du magasin. Thevenon est encore lycéen. Il passe quelques heures par semaine pour y travailler : les lundi, mercredi et samedi après midi, lorsqu’il n’a pas cours. Mathé part travailler chez Phonogram, ce qui permet à Louis de devenir responsable du magasin. Music Box ferme en 1979. Ils décident de se lancer dans une autre affaire. New Rose ouvre le 1er avril 1980.

Le livre «Replay New Rose for me» regroupe trois auteurs : Chris Bailey (The Saints) pour l’introduction, Laurent Chalumeau pour la préface et Dominique Forma (ancien client et réalisateur) pour les textes.

Fidèle à l’état d’esprit Do It Yourself, New Rose a fait appel au crowdfunding pour réaliser l’ouvrage, disponible lors des événements organisés comme à Rouen le 25 novembre 2022, puis chez Gibert le 3 décembre 2022 à Paris. Le magasin Gibert occasions est situé à l’adresse même où se trouvait le célèbre disquaire.

New Rose? Toute ma jeunesse. Cool!

DimentoXIII | dans le tchat
C’est quoi New Rose, pourquoi une expo ?

Louis Thevenon rappelle que, tant le magasin, que le label, ont marqué une génération. Encore aujourd’hui, des gens viennent le saluer lors de concerts. A la boutique, ça défile. Le samedi ne désemplit pas. « Aussi bien les gens qui venaient acheter un import (The Cure) ou la presse anglaise. Et puis, il y a ceux qui s’intéressaient au label, aux groupes du label, aux concerts et cela a perduré dans le temps. »

Le rock, c’est quand on est jeune et ce n’est pas amené à perdurer. C’est une chose éphémère.

Louis Thevenon

La boutique va tenir pendant douze années. Une belle longévité, avant qu’elle ne péréclite. Louis témoigne : « Il y a l’évolution du temps, l’époque, la façon de distribuer les disques, toute la scène alternative qui est apparue dans les années 1980 ; au début des années 1990, c’était terminé. Le CD avait remplacé le vinyle, etc. » New Rose aura beau se faire ministore, pour faire la nique au Megastore de Virgin, en vain. Rideau en 1992.

L’expo recrée la boutique d’alors, qui devient rapidement maison de disques. Pour démarrer, les tenanciers cherchent un groupe célèbre et font appel à un journaliste chargé du relais. Ils ont pensé aux Saints et, quelques semaines plus tard, Chris Bailey, lead singer, les appelle pour enregistrer l’album Paralytic tonight/Dublin tomorow. Gros plan sur la pochette, puis sur la maquette.

« Le nom New Rose faisait référence au premier 45 tours des Damned, considéré comme l’un des tout premier du punk anglais. (I’m) Stranded des Saints était sorti quelques temps auparavant, le premier disque punk tout court à proprement parler. Les Saints ont signé ensuite chez E.M.I avant de se faire virer. C’est à ce moment que leur collaboration avec New Rose commence. Chris Bailey s’éteindra au moment de la traduction de sa préface, qu’il a signée pour le livre. Sortiront des disques de Charles De Goal, des Troggs (groupe mythique anglais des années 60) ou Warum Joe (groupe rock alternatif, dans la filiation de Métal Urbain). »

Arrêt sur image de la maquette de la biographie des Troggs, envoyée à l’impression. Puis sur la pochette d’un album de Warum Joe. Louis Thevenon reprend : « Nos premiers disques sont distribués par RCA, mais ils refusent de distribuer ceux de La souris Déglinguée, du Gun Club. » 

Calqué sur le modèle anglais des magasins qui deviennent labels — Rough Trade, Beggars Banquet — New Rose va alors prendre en charge la distribution de ses propres disques et de labels français : Gougnaf Mouvement (Parabellum), Bondage Records (Bérurier Noir), Closer Records (Thugs), Stop it Baby (Maniacs), à la glorieuse période du rock alternatif. Les groupes anglais se débrouillant bien, Louis Thévenon et Patrick Mathé vont plutôt cibler des groupes américains et australiens: « c’est la raison pour laquelle il y a plus de groupes étrangers que français chez New Rose. »

J’ai connu les Letraset en 1983 !

Ronanguennou | dans le tchat

Beaucoup de groupes américains autoproduisaient leurs disques. Après avoir noué des liens au fil des années avec des groupes comme The Residents, Devo, ou Chrome, New Rose reçoit un appel. C’est Ivy des Cramps qui les appelle pour savoir si le label peut produire leur nouveau disque. Chacun des membres de l’équipe New Rose s’occupait d’un peu de tout : disquaire et label, à la caisse et aux pochettes ; « il n’y avait pas de fonction définie. » A la fin, New Rose comptera 40 employés.

Que pensez vous du regain du vinyle ? Effet de mode ou retour en force ?

Glaudioman56 | dans le tchat

Louis Thevenon fait ce constat : « quand on vendait 500 ou 1000 disques, on avait l’impression de ne rien vendre ; aujourd’hui c’est l’inverse. » Pourtant, « dans les années 80, c’était le pic mondial de la vente de vinyle. Maintenant, la vente de vinyle représente 1 % de ce qui se faisait alors…»

A l’cran, les Cramps entonnent You Got Good Taste. Ambiance dans le tchat.

Ahouuuuu

axeompe | dans le tchat
C’était quoi le Do It Yourself au sein de New Rose et dans la culture de cette époque ?

Réponse de Louis Thevenon: « à l’époque, il n’y avait pas de business plan, on a commencé avec 70 000 francs (environ 31 000 € d’aujourd’hui selon l’Insee), on a trouvé une boutique désaffectée, pourrie, on a fait tous les travaux nous-mêmes. Tu trouvais un plan avec quelqu’un qui avait une photocopieuse à disposition pour imprimer les fanzines. »

David Dufresne rappelle que le magsin New Rose était le point névralgique de la vente de fanzines. « C’était dans la logique, puisqu’on distribuait la presse anglaise. » Beaucoup de titres sont cités dans l’ouvrage, ce qui rend compte de « vivacité et du foisonnement de ce qui se passait. Pareil pour les concerts, il n’y a avait pas encore le Zénith. Les groupes jouaient au Bataclan, au Gibus, au New Moon, à la Boule Noire ou au squat des Vilains. »

New rose était le relais et le pivot de toute cette scène: « Au départ, en 1977, Music Box, c’est punk, mais en 1980, ce n’était plus le cas. A New Rose, il y avait un large choix et on étaient loin d’une chapelle, on pouvait voir des mods, écouter de l’indus… » Au moment de l’explosion du Rap en France, New Rose est sur le déclin, de fait, aucun artiste de ce genre ne figure à son catalogue. « Ce que tu gardes toute ta vie, c’est la musique de ta jeunesse. »

Concert au magasin qui a donné lieu à un disque Ministore, un des premiers artistes du label Stiff : Wreckless Eric, Our Neck Of The Woods

L’émission se termine par le cadeau de David Dufresne à Louis Thevenon : une planche de la bande dessinée Underground, de Nicolas Moog et Arnaud qui fait le récit de nombreuses personnalités de l’histoire du rock, dans laquelle est dessiné son fidèle compagnon de route Patrick Mathé avec son cigare. New Rose a inspiré d’autres graphistes comme Thierry Guitare, qui a également fait son portrait.

The Saints, Ghost Ships, ferme le bal punk.

Article précédent

Mathilde Larrère et ses couillotines

Article suivant

Mediavivant: Au Poste, «le «stream punky politique»

Cap sur les 1000 donateur·rice·s !
Faire un don
Total
0
Share