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Mathilde Larrère et ses couillotines

Il était temps de réparer cette erreur: l’historienne Mathilde Larrère n’avait jamais été convoquée Au Poste. C’est chose faite. L’autrice est venue pour son nouveau forfait: «Guns and Roses, Les objets des luttes féministes» (Edition du Détour), encyclopédie matérielle et jubilatoire des objets, réels ou symboliques, des combats des féministes. C’est illustré par l’illustre Fred Sochard et c’est parfait.

Mathilde Larrère, qui a quelques méfaits à son actifs (Le Puy du Faux, Rage against the Machisme), parle avec enthousiasme de sa collaboration avec Fred Sochard, avec qui elle a déjà travaillé, et dont les magnifiques « dessins entre le fanzine, la citation d’images anciennes (gravure), et les codes des catalogues de la manufacture », agrémentent les pages de son ouvrage, paru aux éditions Du Détour. Au gré des chapitres, les objets se relient à des thèmes : pour la rue, pour l’égalité des droits, pour son corps, pour le travail, pour la garde robe et pour les hommes.

Saisir l’histoire par ses objets est un moyen de la rapprocher vers nous. Le problème, c’est que la façon dont on raconte l’Histoire en général, repose et se centre sur la recherche de grandes figures (hommes et femmes), mais c’est un processus de récit et de compréhension qui invisibilise les foules, les masses, les groupes, le collectif et c’est important de leur redonner une place dans l’Histoire.

Mathilde Larrère

Le titre du livre Guns and Roses, au delà de la référence musicale ; « c’était aussi une blague au précédent » (Rage against the Machisme). C’est surtout le clin d’œil à la citation « Bread and Roses » (on veut du pain et des roses) prononcé par Helen Todd, inspectrice du travail en 1910 à Chicago lors d’un mouvement de grève. Cette phrase revêt un sens particulier pour Mathilde Larrère, qui fait toujours attention « à ne pas oublier les luttes des travailleuses dans l’histoire du féminisme. Trop souvent on parle du droit de vote, du droit à disposer librement de son corps et des luttes contre les violences sexuelles et sexistes, mais pas forcément des travailleuses qui luttent pour leurs droits en tant que travailleuses et pour leur place dans le monde du travail en tant que femme. Cette citation provient d’une lutte états-unienne des ouvrières du textile, qui fait suite à une réduction inacceptable des salaires (réduction du temps de travail de 2h répercuté sur le salaire). Le motif de la grève, c’était qu’elles ne voulaient pas seulement bien bouffer et survivre (bread), mais aussi la beauté, la douceur, la couleur, et la joie de la vie (roses).»

C’est cet engouement que l’on retrouve aujourd’hui encore dans les courants féministes, comme nous le rappelle Larrère: « ça rend compte aussi du mouvement féministe, qui est pêchu ! Ces dernières années, les manifs dont on rentre le plus boostées, ce sont celles où l’on a chanté, dansé… Il y a plein d’énergie dans le mouvement féministe. C’est ça qui transparaît aussi. »

Faire connaître les objets des femmes pour lutter contre la femme objet.

Sentier Battant | dans le tchat
La barricade : les femmes et les flingues

Selon Mathilde Larrère, la barricade rend compte d’une histoire complexe puisqu’au fil des siècles, « on a tenu les femmes à l’écart des armes, que ce soit dans les combats militaires et même révolutionnaires. Et elles n’ont eu de cesse de se battre pour récupérer ce double droit. Beaucoup ne le savent pas, mais les femmes ont d’abord demandé à porter des armes avant de réclamer le droit de vote. Cette histoire elle est importante ! »

Armons-nous, nous en avons le droit par la nature et même par la loi !

Anne Josèphe Théroigne de Méricourt, 1792

David Dufresne poursuit sur les barricades et, spécifiquement, sur celle dite «des femmes» durant la Commune. Larrère explique qu’elle fait référence à « une gravure place Pigalle, devenue mythe, en reconnaissant la présence des femmes sur une barricade mais en invisibilisant le fait qu’elles étaient aussi là sur les autres. Cette barricade est d’une part révélatrice du rôle des femmes dans les combats, et en même temps des discours sur les femmes dans les combats. Un processus d’invisibilisation dans ces mêmes luttes en a résulté.»

En ce sens, la stature prise au fil du temps par Louise Michel a-t-elle pu jeter dans l’oubli d’autres femmes de son temps, comme Élisabeth Dmitrieff, Nathalie Lemel ou encore André Léo ? L’historienne acquiesce. « Il faudra attendre la fin de la deuxième guerre mondiale, pour que la République française confie des fusils aux femmes. » Mathilde Larrère nous raconte que « les armes ne sont pas associées à la féminité dans les imaginaires (pourtant des femmes luttent comme au Rojava), les femmes donnent la vie, elles ne doivent pas donner la mort. Comme la violence de manière générale, il y a un impensé autour de la violence des femmes, ce qui explique que devant la justice, elles soient jugées et questionnées différemment par les juges. »

Le kit de colleuses

L’autrice justifie ce choix : « Chaque objet est pris dans une filiation un peu longue (au plus tôt dans les années 70, au plus tard à la Révolution française). Certes, la forme actuelle des collages est contemporaine, cependant c’est une tradition ancienne chez les féministes, une sorte de “guerre des murs” menée par les femmes.» Mathilde Larrère revient sur l’origine des collages féminicides grâce à une publication de la photographe ValK sur Twitter, qui a retrouvé des collages anarcho-féministes de 2013, dans le squat du Transfo à Bagnolet.

Des rues de facto dangereuses aussi, où l’on enjoint les femmes à la modération, la discrétion, la prudence, la présence furtive ou sinon en compagnie d’hommes protecteurs. Eh bien stop !

Mathilde Larrère

L’autrice poursuit : « On a eu de cesse de mettre les femmes à l’écart de la rue. Dès avant la Révolution française, et cela s’est accentué après: cela a été conceptualisé et théorisé par ce que l’on nomme la “théorie des sphères séparés”. Il y aurait la sphère publique, qui serait réservée aux hommes, et la sphère privée, dans laquelle les hommes peuvent évoluer, mais que l’on laisse aux femmes. Certaines sont exclues mais ce sont les reines de la sphère privée. C’est une exclusion d’abord politique, mais également du monde du travail, en favorisant le travail des femmes à la maison, en les évinçant des usines et manufactures où elles pouvaient créer des liens collectifs, avaient des sociabilités, des solidarités. Dans ce contexte, les rues ont été, et sont toujours, dangereuses pour les femmes. Une question d’espace et de temps, la nuit qui est souvent inquiétante, et les collages nocturnes sont aussi une manière de se réapproprier la rue. Comme certains slogans tels que “la rue est à nous” entendu dans les manifs.» Mathilde Larrère raconte avoir fait beaucoup de collage dans son parcours politique et parle de son intérêt pour les graffitis. Un sondage dans le tchat révèle le pourcentage de rues en France rendant hommage à des hommes : 96%.

Mais ouiii qui ne colle pas ne milite pas !

ValK_aaah | dans le tchat
Le journal

Objet de lutte, celui de défendre tous les droits des femmes. Chaque grande vague s’est accompagnée de journaux : La Fronde, journal de Marguerite Durand, composé par des femmes ; c’est un journal généraliste et dont le lectorat dépassait les milieux militants. Mais Mathilde Larrère souhaitait réhabiliter d’autres journaux, ceux d’avant, moins connus, et notamment, Le journal des femmes de 1848, socialiste et féministe. « Après il y a tous les journaux autour du MLF comme Les pétroleuses, Le torchon brûle ».

Les femmes forment la majorité de la population. Des milliers de femmes célibataires ou veuves, y vivent sans le soutien légal de l’homme.

Les femmes paient les impôts qu’elles ne votent pas, contribuent par leur travail manuel ou intellectuel à la richesse nationale et prétendent avoir le droit de donner officiellement leur avis sur toutes les questions intéressant la société et l’humanité, dont elles sont membres comme les hommes. La Fronde, journal féminin et féministe sera l’écho fidèle de leurs approbations, de leurs critiques, et de leurs justes revendications.

Marguerite Durand

Toute cette documentation permet de garder en mémoire des moments du combat féministe pour compléter l’histoire racontée dans les manuels ou livres plus généraux. Un travail que la maitre de conf’ mène également avec ses étudiants. Faisant allusion au « Manifeste des femmes à la Une », qui revendiquait une place plus importante des femmes dans les journaux au milieu des années 2010, l’autrice reste optimiste sur la constance dans le combat féministe qui continue: « je suis toujours émerveillée du dynamisme sur les dossiers actuels que j’étudie. »

Le milieu universitaire est très masculiniste. Est-ce que ce n’est pas difficile de traiter de ces sujets dans un tel environnement ?

Pimikosaicho | dans le tchat

Ce fut le cas au début, concède Mathilde Larrère: il y a tout un tas de témoignages, comme ceux de Florence Rochefort, de Michelle Perrot, de ces premières historiennes des femmes. Un podcast d’André Loez, Paroles d’histoire, a fait une émission sur l’Histoire d’un livre : Histoire des femmes en occident, qui raconte leurs difficultés. Dans les années 1980-90, c’était difficile. Pas pour Mathilde Larrère. Elle décrit sa fac comme un « isolat de bonheur ». Les critiques qu’elle reçoit portent davantage sur son travail de vulgarisation, comme dans ce livre, plutôt que de produire des écrits académiques. Certains lui reprochaient même de faire des « pets numériques », en lui disant : « ça ne se fait pas de faire de l’histoire sur Twitter. »

Franchement, je kiffe les threads historiques Twitter de Mathilde, j’apprends des tonnes de trucs à chaque fois ! 

Flymaggg | dans le tchat
Urne : dénoncer l’exclusion des femmes

« Depuis la Révolution française, les différentes lois électorales ont systématiquement exclu les femmes des urnes, les députés successifs invoquant la séparation des sphères publiques et privées et le monopole masculin de la première, ainsi que la supposée émotivité “naturelle” des femmes, ou leur manque d’éducation. »

Ce n’est pas uniquement l’urne comme symbole qui est attaqué, mais aussi l’objet, comme le 3 mai 1908 lors d’une élection municipale à Paris, des femmes vont se présenter et troubler les élections pour dénoncer l’exclusion des femmes en faisant « culbuter les urnes » ; d’autres, plus tard, iront jusqu’à brûler le code civil en pleine rue. Il y a également une bataille du vote autour d’un éventail, qui à la veille de la première guerre mondiale, a servi pour un référendum. Mathilde Larrère aimerait un musée des luttes féministes ; comme l’exposition qui se tient au Musée Carnavalet sur les parisiennes, et l’engagement pour l’émancipation des femmes (1789 – 2000). »

Couronne

En 1970 devant l’Arc de Triomphe, des militantes sont venues pour décerner une couronne à la femme du soldat inconnu. Elles ont été finalement exfiltrées par la police. Certains journalistes, sur place, décrivent cet acte comme la naissance du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) et vont jusqu’à raconter, à tort, que certaines auraient brûlé leur soutien gorge.

Pour son corps

L’actualité résonne dans le travail de l’historienne, puisque qu’au moment de l’écriture, le droit à l’IVG est remis en question aux États-Unis. Tout au long de l’histoire, la cause de l’avortement connait des soubresauts. « Interdit par le code pénal de 1810, l’avortement n’en avait pas moins été toléré tout au long du XIXème siècle. » Dans un contexte malthusien, en France, la natalité trop forte est perçue comme une source d’appauvrissement du pays, et de causer la misère des ouvriers ; plutôt que d’augmenter les salaires, s’insurge Mathilde Larrère.

David Dufresne revient sur l’usage du cintre pour la pratique des avortements et d’une rencontre à laquelle l’autrice a assisté avec des femmes qui ont pratiqué des avortements clandestins. Des infirmières qui pratiquaient à Marseille et Paris, puis en Espagne. « Les voir discuter concrètement des objets et gestes médicaux des IGV, c’était fort ! »

Couillotine

Enfin, on parle de la couillotine, chaise servant à émasculer l’homme. Face aux messages sexistes, misogynes et autres qu’elle reçoit sur Twitter, Mathilde Larrère utilise les cartes de Désaveux de Sandrine Deloffres, ou une image de la couillotine, dans une volonté d’autodéfense. Par ailleurs, « cet objet permet de montrer que le fantasme de la castration est un fantasme masculin plutôt que des femmes. »

  • tweets propagés https://twitter.com/davduf/status/1587055440482926593 & https://twitter.com/davduf/status/1589611881333141512 & https://twitter.com/davduf/status/1590249768411746304
  • live https://twitter.com/davduf/status/1590249016301916167
  • Florielvm lance un raid avec un groupe de 17 https://www.twitch.tv/florielvm
  • Mathilde Larrère sur twitter https://twitter.com/LarrereMathilde
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Mathilde_Larr%C3%A8re
  • Guns and Roses par Mathilde Larrère http://editionsdudetour.com/index.php/les-livres/guns-and-roses/
  • Fred Sochard sur twitter https://twitter.com/FredSochard
  • Fred Sochard site https://fredsochard.com/
  • Le Puy du Faux par Florian Besson Pauline Ducret Guillaume Lancereau Mathilde Larrère https://arenes.fr/livre/le-puy-du-faux/
  • live https://twitter.com/davduf/status/1590257360467099649
  • ValK https://twitter.com/ValKphotos
  • Riposte féministe de Marie Perennès & Simon Depardon https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=300874.html
  • Pierre_B31: La place des collectifs dans l’Histoire https://clips.twitch.tv/BlushingAnimatedArtichokeHeyGuys-x-ny52ESlFB_4TDf
  • ultraclipationnatateur: DavDuf comprend qu’il doit Transitionner XD https://clips.twitch.tv/SarcasticCrypticCormorantDoubleRainbow-12T-DcRorC-_zU6v
  • passeurdesonges: Un livre de Caroline Rémy, dite Séverine (1855-1929), l’une des pionnières du journalisme et l’une des grandes figures de l’histoire des mouvements révolutionnaires, vient de paraître https://www.lechappee.org/collections/lampe-tempete/insurgee
  • Le Torchon Brûle (1970-1973) – Fragments d’Histoire de la gauche radicale https://www.archivesautonomies.org/spip.php?rubrique418
  • La Fronde https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fronde_(journal)
  • ciramuse_chd2: (Me suis abonnée au site, trop bien les fiches par vidéo, les ref, les liens, les reprises du chat, bravo.)
  • Flymaggg: Franchement je kiffe les threads historiques Twitter de Mathilde, j’apprends des tonnes de trucs à chaque fois !
  • lauvergnaterelou: les femmes n’ont pas eu le droit de vote en votant
  • passeurdesonges: L’expo au Musée Carnavalet : https://www.carnavalet.paris.fr/expositions/parisiennes-citoyennes
  • L’Histoire par l’image https://histoire-image.org/
  • L’Événement d’Audrey Diwan https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=275122.html
  • SentierBattant: Faire connaître les objets des femmes pour lutter contre la femme objet
  • SentierBattant: “La femme mariée est un esclave qu’il faut savoir mettre sur un trône.” Balzac
  • Les cartes de Désaveux par Sandrine Deloffre https://librairie.lapin.org/lapin-hard/267-les-cartes-de-desavoeux-9782918653943.html & https://librairie.lapin.org/lapin-hard/353-les-cartes-de-desavoeux-9782377540143.html & https://librairie.lapin.org/lapin-hard/445-cartes-de-desavoeux-j-avais-vraiment-besoin-d-argent-9782377540549.html
  • Pierre_B31: Quelques cartes de désaveux : https://twitter.com/cyberds001/status/1475833287788617731
  • Couillotine https://twitter.com/TheatreDeLiege/status/1443147664971939841/photo/1
  • grand_silence: Pour celles et ceux qui voudrait se munir d’ une couillotine, on m’informe qu’il n’y a aucune règlementation en vigueur, libre à vous mais à vos risque et péril, nos service ne se mouillerons pas pour couvrir tout couillotinage intempestif.
  • Pierre_B31: le twitter de Sandrine Deloffre : https://twitter.com/sandrine2loffre
  • le merci de Jessie https://twitter.com/ShiningStarSJFE/status/1590309873501495297
  • 20mn #AuPoste par EURYALisation https://youtu.be/ssmi9wNZt6g ou https://video.davduf.net/w/vW9RhNYnx5ntaGn8nwVKC7
  • #AuPoste – 17h30 – 10 novembre 2022 Louis Thevenon (New Rose) https://www.auposte.fr/convocations/rendez-vous/louis-thevenon-new-rose/
  • #AuPoste #26 – 5 mai 2021 – Underground! Rockers maudits! Nicolas Moog & Arnaud Le Gouefflec https://www.davduf.net/auposte-26-speciale-rockers-maudits-et-grandes
  • (I’m) Stranded – The Saints https://youtu.be/MpMwMDqOprc
  • I’m Alive – The Early Stuff – 1978 https://youtu.be/MO55yKeofiw
  • Les Wampas au New Moon 1991 https://youtu.be/rcTA9He2lm8
  • “New Moon” Café de nuit joyeux par David Dufresne https://www.seuil.com/ouvrage/new-moon-david-dufresne/9782021362954
  • #AuPoste s02-57 – 8 décembre 2021 “Nique Ta Mère” avec Audrey Estrougo la réalisatrice de “Suprêmes” https://www.auposte.fr/un-special-nique-ta-mere-avec-supremes-audrey-estrougo-est-au-poste/
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