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Marche pour l’égalité de 1983. Qu’en reste-il? Débat avec celles et ceux qui l’ont faite

Elle ne fut pas la première, ni la dernière, mais la matrice de toutes les marches anti-racistes. Alors qu’on célèbre aujourd’hui, parfois un peu à l’emporte pièce, ses 40 ans, comme il en fut de ses 10, 20 et 30 ans, l’heure est au bilan. Qu’avons nous à retirer, apprendre, conserver de cet élan qui fut magistral, national, et de toute beauté? De cette marche pour l’égalité et contre le racisme, improprement appelée «des Beurs». Que dire de ses héritiers et héritières?

Débat en public avec Saïd et Zohra Boukenouche du Collectif Mémoires en Marche, en direct du cinéma Le Gyptis, le plus ancien de Marseille.

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Le 19 juin 1983, Toumi Djaidja est victime grièvement blessé par la police. La même année, les associations recensent 21 crimes racistes en France. 10 ans plus tôt, c’étaient les ratonnades sanglantes à Marseille et l’attentat contre le consulat d’Algérie. Les jeunes lyonnais de SOS Avenir Minguettes, avec le prêtre Christian Delorme et le pasteur Jean Costil, décident de lancer une marche non-violente et créent un collectif avec Radio Gazelle, un média marseillais multiculturel animé par Saïd et sa sœur Zohra Boukenouche. 

Nous nous référions à la marche du 17 octobre 1961, où des algériens manifestent sans violence contre le couvre-feu qui leur était imposé. On veut médiatiser cette histoire, parce qu’on est en France. Gandhi c’est l’Inde, Luther King c’est les USA, et la France ? La plus grosse manifestation qu’il y ait eu en France à part mai 68, ce sont les algériens à Paris, mais celle-là on n’en parle pas. 

Zohra Boukenouche

Le 15 octobre 1983, les premiers marcheurs partent de Marseille. Arrivée prévue le 3 décembre à Paris. Saïd raconte « On passait dans les rues avec les banderoles “marche pour l’égalité contre le racisme” et les gens nous regardaient avec des yeux écarquillés. Les médias n’étaient pas intéressés, sauf quelques médias libres ».

À chaque étape, les marcheurs permanents des Minguettes sont rejoints par d’autres, souvent primo-militants, qui ont trouvé leur culture politique dans la marche. Ils ont réalisé que ces crimes, cette discrimination à l’emploi, au logement « n’étaient pas des évènements isolés, mais un problème systémique » explique Saïd. Les slogans naïfs ont laissé place aux revendications : le droit de vote pour les immigrés dans les élections locales, la fin de l’impunité et la circonstance aggravante que constituent les crimes racistes, et une facilité d’accès à la carte de séjour.

Le moment de bascule de la mobilisation s’est fait en novembre, alors qu’un algérien est frappé dans un train par de futurs légionnaires, devant 200 personnes, puis défenestré. Dès lors les médias ont réagi.

D’un coup il y a eu une prise de conscience collective du fait que la France était raciste et violente, notamment envers la population algérienne. 

Zohra Boukenouche

À l’arrivée, 100.000 personnes. « Une grande ferveur », « un moment d’espoir énorme », « une vraie fête, où les gens étaient heureux, se prenaient dans les bras » se souvient Saïd.

Qu’en reste-t-il ? Une prise de conscience de la population en général, un engagement des milieux populaires, une visibilité des personnes racisées, une possibilité d’accès aux études supérieures et aux postes importants… Mais le racisme, les violences policières, le mépris, sont toujours là, et « pour les choses fondamentales (école, logement…), ça n’a pas vraiment avancé » constate Saïd, qui partage ce que lui disent les jeunes qu’il rencontre « ça devient irrespirable, il faut trouver une solution, quitter ce pays. »

Si on veut que les Français d’origine algérienne soient intégrés, il faut que la République française leur dise “oui l’Algérie a été colonisée, oui l’Algérie a été violentée, oui on a fait de choses innommables en Algérie”, et on le reconnait, on s’excuse, et on demande réparation. 

Zohra Boukenouche

“Pour nous les 40 ans c’est « la der des der » annoncent Zohra et Saïd. Pour l’occasion, une coordination s’est créée entre Paris, Marseille et Lyon, pour concevoir une exposition qui raconte la marche, mais aussi l’avant et l’après. « On a fait un livret, qu’on donne aux jeunes, et on leur dit “maintenant, on vous a transmis l’histoire, c’est à vous de prendre en charge votre avenir” conclue Zohra.

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