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Thomas Gibert Confédération paysanne

Les raisons de l'(agri)colère. Débat avec la confédération paysanne

Que se passe-t-il dans les campagnes? Depuis quelques jours, la grogne devenue gronde s’est faite colère. Une colère qui emporte (et mélange parfois) tout. Revendications, modèles, normes, écologie et libéralisme: on fait le point avec Thomas Gibert, maraicher en Haute Vienne, secrétaire national de la Confédération paysanne.

C’est sa première convocation Au Poste, et on est drôlement contents.

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Dès les premières minutes de l’entretien, Thomas Gibert met le couvert : « le mal absolu, c’est le libre-échange ». En tant que syndicat, la Confédération Paysanne défend l’agriculture paysanne en tant que pratique, tout en la portant en tant que projet politique. Elle pense ensemble les revendications paysannes et celles de la société civile à propos de l’alimentation, prenant ainsi le sujet par les deux bouts : production et consommation. Ces réflexions nourrissent le projet de Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA), qui se veut être une solution à la précarité alimentaire.

Du fait qu’on est sur un marché de niche, et qu’il n’est pas extensible à l’infini, à partir du moment où l’offre et la demande se croisent, il y a crise. Il y a surproduction en bio, la demande chute parce nous sommes dans une période inquiétante et que l’alimentation est pour les ménages le premier budget à être impacté en période d’inquiétude. C’est en ça qu’on a besoin de changements systémiques pour pouvoir espérer une généralisation de l’agriculture paysanne. Je ne parle pas d’agriculture biologique, qui peut très bien subir les dérives de l’agriculture industrielle, mais bien d’agriculture paysanne, qui est un projet politique, systémique, large, et plutôt révolutionnaire.

Thomas Gibert

En France, l’agriculture se partage entre une pratique dite « conventionnelle », et des pratiques alternatives ou bien répondant à des cahiers des charges précis, en résonance avec les enjeux sociaux et environnementaux qui agitent la société. Parmi elles, on retrouve pêle-mêle la bio, les circuits courts, ou encore les AOP. Ces types d’agriculture restent aujourd’hui une fraction infime de l’économie primaire, constituant des marchés de niche car moins accessibles financièrement. Pour les producteurs, c’est un engagement de se diriger vers ces filières aux débouchés non seulement limités mais aussi fragiles, dépendants du contexte économique.

On a du mal à se rendre compte quand on parle des revenus dans le monde paysan. Des revenus qui sont en dessous de la moitié du SMIC horaire, voire du quart du SMIC horaire, c’est absolument banal. 18% d’entre nous vivent sous le seuil de pauvreté. On a besoin que les forces de gauche soutiennent le mouvement. C’est trop facile de pointer du doigt les agriculteurs en disant que ce sont des gens de droite. Ce sont des précaires avant tout. Si t’es de gauche, tu soutiens. Ce n’est pas le moment de faire la fine bouche, ce n’est pas le moment d’avoir du mépris de classe. Et il ne faut surtout pas laisser le Rassemblement National représenter ce mouvement. […] Ce que peuvent faire les citoyens pour nous soutenir ? On a besoin de réfléchir ensemble et vite, pour préparer l’après. Il faut qu’on profite de cette fenêtre avant qu’elle ne se referme. Les fenêtres sont toujours courtes dans l’histoire politique et il ne faut pas qu’on la rate.

Thomas Gibert

Ces filières ne peuvent donc répondre à l’ensemble des citoyennes et citoyens, une majorité ne choisissant pas son alimentation aujourd’hui puisque allant au moins cher – et il serait déplacé de lui reprocher. Le postulat de la Conf’ est que la situation sociale et environnementale nécessite une généralisation de l’agriculture paysanne. Thomas Gibert pense que les initiatives internes aux circuits de distribution classique, telles la marque C’est Qui Le Patron, vont dans le bon sens, mais ne sont que de petits pansements sur un mal bien trop profond. Il suggère que généraliser l’agriculture paysanne ne peut se faire qu’en actionnant le levier de la commande publique, pour que les cantines scolaires puisse se fournir en nourriture de qualité, donnant ainsi des débouchés stables et immenses aux paysannes et paysans. C’est un projet politique à part entière, puisque massifier la paysannerie changerait totalement l’utilisation des terres agricoles, leur distribution, l’impact écologique et social de la production alimentaire mais aussi de la consommation.

Je n’ai pas envie de taper sur les autres syndicats. On est dans un moment où il faut plutôt qu’on rassemble, quels sont nos points de convergence sur le libre-échange et comment réussir à taper fort sur cette question.

Thomas Gibert

C’est là où la Sécurité Sociale de l’Alimentation intervient. L’idée est de reprendre le modèle de sécurité sociale de la santé et de l’appliquer à l’alimentation : cotiser selon ses moyens, bénéficier selon ses besoins. Ainsi, la SSA rendrait concrète une « démocratie alimentaire », c’est-à-dire que nous pourrions, en conscience, se diriger vers l’alimentation que nous souhaitons, sans se voir imposer tel ou tel type d’alimentation jugé plus vertueux. Pour assurer ces débouchés à notre production nationale, autrement dit pour assurer notre souveraineté alimentaire, la Conf’ – avec la Via Campesina, le réseau mondial auquel elle appartient – propose une série de mesures :

_Fin des traités de libre-échange, qui répondent à des enjeux économiques et diplomatiques situés à des années-lumières de la qualité de l’alimentation ou des conditions de travail de nos agriculteurs ;

_Fin de l’entrée sur le territoire de produits alimentaires en-dessous du coût de production français et en-dessous des normes sociales et environnementales françaises : en élevant les standards d’entrée pour les produits agricoles, on nivelle par le haut, plutôt que de niveler par le bas comme le font les traités de libre-échange ;

_Prix minimum garantis : l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution achèteront aux paysans à un prix qui couvre les coûts de production ;

_Accompagnement économique à une transition agro-écologique à la hauteur des enjeux : priorité à l’installation de nouveaux paysans face à l’agrandissement des exploitations, arrêt de l’artificialisation des terres agricoles, passage d’une politique agricole d’aide à l’hectare (le mécanisme actuel de la PAC) à une aide à l’actif.

Ces mesures doivent sortir les producteurs de la dépendance aux subventions qui privilégient largement les grandes exploitations et l’agriculture intensive.

Je pense que celles et ceux qui sont en agriculture conventionnelle ne travaillent pas pour l’agro-industrie, ils en sont dépendants. Il est temps que tout le monde se rende compte de la supercherie, que toute cette histoire ne profite qu’à quelques-uns. L’idée pour nous, maintenant, est de faire convergence avec les agriculteurs conventionnels, mais aussi avec les syndicats de salariés [de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution].

Thomas Gibert

Le porte-parole de la Conf’ se montre prêt à des concessions auprès des autres syndicats dans le but de faire avancer ses propositions. Il insiste sur le fait que le mouvement social en cours vient de la base, et non pas des responsables syndicaux comme ceux de la FNSEA qui ne partagent absolument pas les intérêts de leurs adhérents.

Aujourd’hui, le problème n’est pas qu’il y ait des normes, certaines peuvent être protectrices pour nous, pour notre santé. Mais la plupart sont en faveur de l’agro-industrie. Et il ne faut pas confondre ce sujet avec celui de la lourdeur administrative, ce sont deux choses distinctes. […] Mettre sous le tapis la question environnementale, c’est très populiste, car on s’en mordra les doigts demain. Si l’on nous payait pour le travail supplémentaire que demandent ces normes, elles seraient acceptées sans problème, c’est parce que l’on perd de l’argent à les appliquer que ces normes sont remises en question.

Thomas Gibert

Thomas Gibert

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