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William Bourdon Avocat au barreau de paris , président fondateur de Sherpa président de PPLAAF

Les batailles mélancoliques (et joyeuses) d’un avocat du siècle: William Bourdon

Sa tignasse grise en bataille le distingue de bien de ses pairs, comme sa pugnacité, et sa constance, et sa «mélancolie de l’engagement». Une mélancolique qu’il qualifie de joyeuse. Depuis 40 ans, William Bourdon défend des militants et des lanceurs d’alerte, de Snowden à Falciani (le scandale HSBC), de Pichon (flic repenti, qui révéla l’existence de fichiers de police illégaux) aux indigènes Raoni et Surui contre Bolsonaro.

Son mantra, écrit-il: «réduire le violent et l’intranquille, résister à la déshumanisation de son client». Il a mené de haute main de grandes luttes, connu des déconvenues, quelques choix fâcheux et poursuit une droiture, venue de sa mère, depuis 50 ans. On le voit devant la Cour pénale internationale, en Afrique contre Aréva, contre Total en Birmanie. Et ce matin Au Poste, pour son livre de souvenirs «Sur le fil de la défense» (Le Cherche Midi)

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En raison de l’actualité récente, c’est la figure d’Alexeï Navalny qui permet d’ouvrir l’échange. Son exemple révèle rapidement les nombreuses positions doubles et ambigües auxquelles sont confrontés les avocats tels que William Bourdon. Les positions des entreprises, qui clament haut et fort leur engagement éthique, mais dont la moralité des actes laisse à désirer, c’est plus que discutable. 

Il prend pour exemple Alexeï Lavalny, livré aux mains de ses détracteurs à cause d’un action menée par la société Yves Rocher. Mais on retrouve également le même type de contraste lorsqu’il s’agit de l’accusé (et donc client de Me Bourdon) qui, bien que connu aujourd’hui comme principal opposant à Poutine, n’était pas non plus irréprochable, notamment par sa proximité avec des réseaux d’extême-droite.

En oubliant des code cachés, notamment une certaine connivence entre l’avocat et le juge, je me suis parfois perdu et j’ai noyé des clients. J’ai aussi mesuré, non sans dégoût, que ce métier pratique une forme de mauvaise foi sincère.

William Bourdon

L’important pour William Bourdon est de trouver un point d’équilibre dans la version de la vérité que l’on présente au juge. La plaidoirie se fait dans le respect de soi-même et du juge, et doit éviter de tomber dans une forme de comédie tragique, à laquelle personne ne croit, à l’exception peut-être de certains clients mal informés. Ces discours stéréotypés, que forment notre imaginaire, n’ont comme principal effet que de faire sourire, voire rire, les juges, et ne sont pas ceux qui obtiennent les délibérés les plus cléments.

Je m’astreins à ne plaider que ce que je crois juste et vrai. Et plaider ce qu’on croit juste et vrai ne veut pas dire qu’on ne se plie pas à cet exercice dialectique qui est parfois de minimiser certaines parcelles de la vérité au profit d’autres dans un jeu d’ombres et de lumières, sans masquer au juge qu’on le fait, mais qu’on le fait pour la bonne cause.

William Bourdon

Après un début de carrière pendant lequel l’ambition principale est de se faire connaître, d’acquérir la reconnaissance, l’avocat à la tignasse grisonnante et toujours flamboyante recherche aujourd’hui une forme de tranquilité et de sérénité. L’objectif n’est plus de se distinguer de la masse des magistrats, mais de montrer au juge qui l’on est, représenter non seulement l’accusé mais d’abord ses propres convictions.

Cette discussion mène naturellement vers l’aspect humaniste et humanitaire des cas plaidés par William Bourdon.

Une nouvelle fois, la triste actualité oriente les échanges. Cette fois, c’est le massacre qui a lieu à Gaza qui permet d’aborder l’idée sordide d’une “côte” des victimes. L’avocat nous rappelle que pour qu’une victime s’universalise, il faut que l’Occident s’identifie à cette victime. Si le droit humanitaire est en péril dans la bande de Gaza, c’est parce qu’on assiste à une déshumanisation des victimes. Ils et elles sont tour à tour considéré·e·s comme des terroristes, voire comme des animaux, et non plus comme des êtres humains.

De manière plus générale, c’est ce même raisonnement qui fait que les suspects de terrorisme sont de moins en moins défendus par les avocats de sa génération, ces avocats n’arrivant pas à plaider le même jour en faveur d’un terroriste supposé et d’un représentant du CAC40.

Bien qu’il soit lui-même fondateur de 3 d’entre elles, William Bourdon se montre très critique envers certaines ONG. En effet, selon lui, l’indignation dont elles font preuve peut prendre le dessus sur le combat idéologique, et relève alors d’une forme de paresse.

A l’inverse, les associations les plus radicales, telles qu’Extinction Rebellion, tombent parfois dans le piège du clivage, et peinent à fédérer au-delà de leur camp, condition indispensable pour gagner une lutte.

Je ne rêve pas d’un grand soir où seraient jugés les maîtres du grand capital dans le box d’un tribunal planétaire. Mais je rêve qu’ils en fassent des cauchemars.

William Bourdon

William Bourdon poursuit cet entretien en insistant sur le poids des mots. Le premier qu’il évoque est celui d’«éco-terrorisme». Si celui-ci nous fait aujourd’hui sourire, il rappelle que le but était de criminaliser ceux qui participent au sauvetage de la planète, preuve d’une réelle méconnaissance des enjeux actuels. Selon lui, le vrai terrorisme réside bien davantage dans l’agrobusiness, les méga-bassines, ou le glyphosate.

Il poursuit avec un argumentaire autour de l’instrumentalisation qui est parfois faite de la présomption d’innocence, notamment dans le cadre des procès des prédateurs sexuels.

Qu’est-ce qui te fait encore croire à la justice ?

David Dufresne

Malgré certaines dérives, la justice institutionnelle reste nécessaire dans notre société. La rejeter, c’est laisser libre champ à la justice privée, la vendetta, les mafias. Le rejet de la justice est aujourd’hui majoritairement porté par l’extrême-droite, ce qui laisse dire à William Bourdon que « si Marine Le Pen arrive au pouvoir, ses principaux adversaires seront les juges ». Mais ce constat n’empêche pas de chercher à faire évoluer la justice, notamment en l’associant à de nouveaux moyens, tels que le dialogue et la médiation. Et le voilà citant Burke:

Pour que le mal triomphe, il suffit seulement de l’inaction des hommes de bien.

Edmund Burke
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Les co-commissaires: Philippe Artières, historien des XIXe et XXe siècles au CNRS (IRIS, EHESS) & Franck Veyron, responsable du département des archives de La contemporaine.

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