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L’ensauvagement du Capital avec Ludivine Bantigny

Le libelle de Ludivine Bantigny commence par une silhouette. Celle d’un adolescent qui va mourir pour nous. Dans une décharge, il cherche des métaux rares, de ceux dont nos téléphones et ordis raffolent. Le court essai de historienne est lancé. Dévastateur pour le capitalisme de mort, ensauvagé et sans pitié.

Par définition, le capitalisme est un système mondial. Il est primordial de garder cette donnée en tête, lorsque l’on pense à ses conséquences : en restreignant le scope sur la France, nous manquons l’essentiel. Désigner le capitalisme, débarrassé des euphémismes tels que « néo-libéralisme », comme la structure à la racine des maux de notre planète, est un préalable à toute discussion sérieuse vers une sortie de ces maux.

Je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie. […] La colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à “l’abrutir” au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral. […] Il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Aimé Césaire

L’ensauvagement du Capital, c’est la démonstration que des actes de sauvagerie, de barbarie, sont commis en son nom de manière structurelle, c’est-à-dire systémique et nécessaire. L’essai de Ludivine Bantigny expose les moments où le capitalisme se nourrit de vies humaines pour fonctionner. Quand la société Ford calcule le coût financier d’une vie humaine pour savoir s’il est rentable de rappeler ses voitures défaillantes, par rapport au risque d’accidents mortels dus à ces défaillances. Quand l’industrie automobile organise ses chaînes pour faire tourner ses usines vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Quand le site du cimentier Lafarge en Syrie traite avec Daech pour continuer à tourner… Quand les intérêts du capital justifient toutes violences individuelles et collectives.

Les instances ayant intérêt au capitalisme affûtent en permanence leur savoir-faire en « fabrique du consentement », dont l’un des ressorts majeurs est le fait de se cacher derrière la loi – « ce que nous faisons n’est pas illégal ». La proximité, voire l’imbrication de ces instances avec l’État est une voie naturelle pour elles, en cela que l’État est légitime par nature. C’est bien le sens du néo-libéralisme, évolution récente du capitalisme vers la mobilisation des outils de l’État pour son intérêt propre.

Le capitalisme n’est pas vraiment compatible avec la démocratie. On ne peut pas décider des conditions de travail, des conditions de production, d’échange, de répartition des richesses… on ne peut pas délibérer collectivement de tout cela. Or, ce sont des champs immenses de notre existence, la démocratie ne peut se réduire à voter une fois tous les cinq ans.

Ludivine Bantigny

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