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Théo Boulakia & Nicolas Mariot

«L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020». Avec Théo Boulakia & Nicolas Mariot

A chaque sortie, lors du Grand Confinement (printemps 2020), il nous fallait nous auto-surveiller. « Je soussigné(e) certifie que mon déplacement est lié au motif suivant… » Comment un pays entier, la France, a pu-t-il basculer dans ce moment de servilité soudaine et de discipline certaine?

Qui étaient les « exemplaires », les « insouciants », les « réfractaires », les « légalistes », les « protestataires » et les « claustrés », comme les qualifient les auteurs de «L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020» (Anamosa)? Avec nous, Théo Boulakia, sociologue, et Nicolas Mariot, politologue et historien français, directeur de recherche au CNRS, sont venus discuter de cette « police pour tous » qui se mit alors en place. Passionnant.

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« C’était complètement improbable d’avoir à remplir un papier pour s’autoriser soi-même à sortir. Il y avait de quoi réfléchir au conformisme, à l’obéissance, avec cette spécificité très rare que ça touchait absolument tout le monde » raconte Nicolas Mariot. L’étude (Vico, pour Vie en confinement) qu’il a menée avec Théo Boulakia, auprès de 16.000 individus, les a conduits à trois faits marquants : les règles ont été mieux respectées que les conseils sanitaires, la dimension du rapport à autrui a joué un rôle déterminant dans le confinement, et enfin, ce n’est pas parce qu’il n’y avait personne dans les rues que tout le monde était d’accord.

Il y avait des modalités très différentes de ne pas être d’accord avec le confinement. Il faut distinguer obéissance et consentement. Que ce soit parmi les « claustrés », qui ne sont pas sortis, ou ceux qui respectaient les règles, beaucoup étaient en profond désaccord avec elles.

Théo Boulakia

Les sociologues déterminent le profil des « claustrés » comme celui de jeunes, actifs, urbains. S’ils ne sont pas sortis, explique Théo Boulakia, c’est qu’ils « n’avaient pas réussi à s’approprier les règles du confinement, et se sont sentis démunis. » Parmi eux, de nombreuses femmes.

Le confinement a été une occasion pour les conjoints violents de resserrer leur emprise sur leurs conjointes. Ils ont profité du caractère légal de la règle, c’est-à-dire « d’habitude c’est moi qui te dit “tu ne sors pas”, mais là ce n’est pas moi, c’est l’Etat, donc je te boucle à l’intérieur ». Elles en viennent à tricher en emportant plusieurs attestations pour pouvoir allonger la durée de sortie et respirer, échapper un peu à l’emprise du mari. Il y en a une qui dit très clairement « l’attestation ce n’était pas pour la police, c’était pour calmer Charles. »

Théo Boulakia et Nicolas Mariot

Le confinement a été la première expérience de « police pour tous », notamment pour « des gens qui n’étaient jamais contrôlés d’ordinaire » ce qui a été « un choc moral » pour beaucoup, exprime Nicolas Mariot. C’est aussi  le « premier moment dans l’histoire du pays où des drones ont été utilisés sur l’ensemble des départements français sans aucune exception. » Cet « inquiètement » de l’espace public s’est aussi illustré dans le déploiement d’hélicoptères au-dessus des espaces naturels, et dans la réquisition d’auxiliaires de toute sorte (chasseurs, agents de l’ONF, garde-pêches…)

Théo Boulakia révèle l’écart énorme qu’a créé la géographie sécuritaire locale – vidéosurveillance, importance de la police municipale – au niveau de la verbalisation, épousant assez correctement la carte des municipalités gérées par la droite. Ce sont d’ailleurs plutôt ces communes et ces préfectures, dans les Hauts-de-France et les Alpes Maritimes, qui ont surenchéri sur les règles du confinement national « en imposant des couvre-feux, à tel point que des problèmes de coordination se sont posés, conduisant à un alignement sur la position la plus dure » explique-t-il.

C’est un peu inquiétant par rapport à l’avenir, qu’il n’y ait pas eu ne serait-ce qu’un débat, du recul, une discussion sur les choix qui ont été faits, à la fois du point de vue des autorités publiques évidemment, mais même dans la presse. […] Si on se dit qu’il y aura d’autres pandémies, et il n’y a pas de raisons que ça n’arrive pas, que fera-t-on ? Certes il y avait d’énormes incertitudes, mais il y a eu d’autres réactions des autres pays. Pourquoi est-ce que chez nous ils ont choisi systématiquement la ligne la plus dure ?

Nicolas Mariot

Les deux sociologues se disent inquiets pour l’avenir. « Une fois qu’on met le doigt dans l’engrenage, une fois qu’un texte de droit remet en cause une liberté, il est excessivement rare qu’on revienne en arrière » rappelle Nicolas Mariot.

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