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La route, une histoire politique à ciel ouvert avec Nayel Zeaiter

La route n’est pas qu’un ruban d’asphalte : elle est une construction politique, sociale et culturelle. De la fuite de Varennes aux gilets jaunes, des voies romaines aux autoroutes concédées, Nayel Zeaiter retrace plusieurs siècles d’histoire française par le prisme de la circulation. À travers le dessin, la signalétique et l’ingénierie, il révèle comment la route organise les territoires, les conflits et les imaginaires. Une plongée précise dans ce qui relie, sépare et fait exploser la société.

Chaque page est une madeleine de Proust, on est sur la route, mais on découvre la guerre, la fiscalité rendue facile par les pavés, on croise des R5 ou des 2CV, on découvre l’histoire du rail, et ses batailles pour notre confort. Dans son roman graphique «La route, une histoire dessinée» (Gallimard), Nayel Zeaiter retrace plusieurs siècles d’histoire de la voirie en France, des charrettes aux autoroutes, en passant par les Gilets jaunes et les œuvres d’art monumentales qui jalonnent nos trajets. D’un trait bi-colore, le marron et le blanc des panneaux touristiques des autoroutes, il révèle comment la route a façonné nos paysages, nos sociétés, et nos luttes sociales.

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La rencontre avec Nayel Zeaiter

La route est antérieure à la voiture et ne lui est pas réductible : « la route préexiste et survivra à la voiture », depuis les sentiers et « les coulées de bestiaux » jusqu’aux infrastructures modernes liées au commerce et à la guerre. Elle est d’abord pensée pour le transport lourd : « la route est proportionnée pour le trafic de camions ».

La construction routière répond à des logiques économiques et militaires constantes : « commerce et guerre » sont les moteurs principaux de la solidification des voies, aujourd’hui encore visibles dans le dimensionnement des autoroutes « faites pour que les camions circulent ».

L’histoire française se lit dans ses routes : la fuite de Varennes montre une organisation étatique du déplacement, avec des relais de poste permettant de parcourir « 240 km en 22 heures », révélant les limites logistiques et politiques du pouvoir monarchique.

Le rail bouleverse la vitesse historique des armées : « la vitesse des armées n’a pas vraiment évolué entre César et Napoléon », jusqu’à l’arrivée du train, capable de « transporter de grands nombres de personnes » et de transformer la guerre comme le travail.

Le vocabulaire de la mobilité est politique : la SNCF parle de « voiture » plutôt que de wagon pour concurrencer l’automobile, puis affirme « À nous de vous faire préférer le train », illustrant une bataille culturelle durable entre route et rail.

L’autoroute est un paysage fabriqué : le tracé, les virages, les perspectives, les falaises artificielles sont conçus pour « garder le conducteur éveillé », avec des procédés visant à produire un décor « qui a l’air naturel, sauf que ça ne l’est pas du tout ».

Les panneaux marron hérités de Jean Widmer forment une grammaire visuelle : une image d’abord, puis sa légende, afin de créer une attente et une narration du paysage, aujourd’hui abandonnée au profit de panneaux immédiats.

La route produit des conflits d’usage récurrents : l’arrivée de la voiture provoque « des histoires de caillassage », de tirs, d’accidents, obligeant à formaliser un code de la route alors que certains usages existaient déjà, comme « la priorité à droite ».

Les ronds-points cristallisent pouvoir et contestation : espaces techniques devenus lieux politiques, ils accueillent les gilets jaunes, les constructions en palettes, et concentrent critiques de l’urbanisme, de l’art public et de la mobilité.

La route est un outil central de lutte sociale : barricades de 1588, pavés de 68, opérations escargot, péages gratuits, palettes, entraves agricoles. « Bloquer la circulation pour être visible » traverse toute l’histoire contestataire française.

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