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«La Rébellion est-elle passée à droite?». Réflexions autour du (stimulant) essai de Pablo Stefanoni

D’un côté, « une gauche à court d’images du futur, en partie parce que le futur lui-même est en crise». De l’autre, «les nouvelles droites radicales [qui] représentent une sorte de front uni “antiprogressiste”». Le journaliste et docteur en histoire livre un essai sans concession. Mais a-t-il bien raison de dire, dans le sillage de Dudda: « de nos jours, la droite est punk et la gauche est puritaine » ?
Rebelles réactionnaires

Dès le début de son essai, Pablo Stefanoni, journaliste et docteur en histoire, pose ce constat implacable : « nous avons affaire à des nouvelles droites qui disputent désormais à la gauche la capacité de s’indigner face à la réalité et de proposer des moyens de la transformer. » Faisant référence au films Matrix des sœurs Wachowski, et de la fameuse pilule rouge (red pill) « qui leur permet de rester libres au milieu d’une dictature du “politiquement correct” où l’on ne peut plus rien dire sans être immédiatement condamné au bûcher. » Il explique ainsi, cette mainmise sur les débats : « le problème actuel de la gauche ne réside pas seulement dans sa difficulté à mener à bien des projets transformateurs, mais dans son incapacité même à les imaginer (Fisher, 2017). Alors que de nombreux militants cherchent à articuler le combat pour la défense de la planète avec les luttes pour la justice sociale (les problèmes de la “fin du mois” et ceux de la “fin du monde”). »

Dans un contexte d’essor de l’extrême droite, la possibilité d’une réponse antisolidaire à la crise climatique est bien réelle. Même s’il s’agit d’une constellation de groupes et de penseurs relativement marginaux, l’émergence de la néoréaction peut nous permettre d’anticiper ce à quoi pourraient ressembler une future droite antidémocratique et un capitalisme autoritaire, voire « posthumain ».

Pablo Stefanoni

Cela résulte selon lui « d’une gauche à court d’images du futur, en partie parce que le futur lui-même est en crise. » Reprenant la philosophe espagnole Marina Garcés, « nous sommes confrontés à une “paralysie de l’imagination” qui fait que “tout présent est vécu comme un ordre précaire et que toute idée de futur se conjugue au passé”. » Dans une époque qui a professé toutes sortes de prédications : « Fin de la modernité, de l’histoire, des idéologies et des révolutions, mais aussi fin du progrès et de l’avenir comme promesse de développement et de croissance. » On assiste « à un “retour” de l’histoire, par le biais des mouvements terroristes, identitaires, d’extrême droite, etc. – dont les projets sont décrits par l’historien Enzo Traverso comme des “ersatz d’utopie”. »

Des conséquences faisant suite à l’impuissance provenant « d’expériences politiques très concrètes, comme celles des partis situés à la gauche de la social-démocratie (Syriza en Grèce, Podemos en Espagne), qui rencontrent énormément de difficultés dans la mise en œuvre de leurs programmes lorsqu’ils arrivent au pouvoir, y compris lorsqu’il s’agit de réformes au sens le plus traditionnel. » Ce qui a engendré « un vaste débat sur la “mort de la démocratie”, dont tirent profit les partis populistes de droite, souvent les plus à même d’attirer les abstentionnistes dans des contextes de forte baisse de la participation électorale. » Comme nous en causait Clémentine Autain lors de sa venue Au Poste.

Considérant cette captation des voix, l’auteur fait cette observation : « en réalité, la gauche “antisystème” s’est largement ralliée, en principe ou dans les faits, à la démocratie représentative et à l’État-providence, à l’exception de quelques groupuscules sans influence réelle ; c’est de fait la soi-disant “droite alternative” qui a joué la carte de la radicalité en déployant un discours contre les élites, l’establishment politique et le système. »

Le collaborateur à l’édition argentine du Monde diplomatique et au quotidien espagnol El País nuance néanmoins son propos en évoquant « des exceptions stimulantes. Aux États-Unis, Bernie Sanders (avec Alexandria Ocasio-Cortez) a mené deux campagnes électorales sur un programme de défense des classes laborieuses et a réussi à mobiliser des masses importantes de jeunes sous la bannière d’un socialisme démocratique sans complexe et combatif dans un pays traditionnellement hostile à l’égalitarisme social. »

Le spectre de la droite hante le monde, mais quelle droite ?

Pour mieux comprendre ce que regroupe le terme : “nouvelle droite”, Pablo Stefanoni fait un état des lieux : « Tant les partis qui s’enracinent clairement dans la mouvance fasciste (Rassemblement national français, Démocrates suédois) que ceux qui ont émergé à partir d’autres sensibilités (Parti de la liberté néerlandais, Parti du peuple danois, Ligue italienne), ainsi que ceux dont l’origine est hybride, ont une série de caractéristiques en commun : obsession de l’identité nationale, rejet de l’immigration, condamnation du multiculturalisme, plaidoyer exalté contre l’”islamisation de l’Europe”, dénonciation des “impositions” de Bruxelles.»

Le rédacteur en chef de la revue latino-américaine Nueva Sociedad ajoute : « Il est important d’observer, comme le souligne le politologue Jean-Yves Camus, que le rejet des musulmans n’est plus fondé sur des hiérarchies raciales à matrice fasciste ou néofasciste, mais prétend souvent se justifier au nom de valeurs humanistes liées aux Lumières et aux combats traditionnels de la gauche : laïcité, libre pensée, droits des minorités, égalité des sexes, liberté sexuelle. »

Il nous rappelle aussi que jusqu’à récemment, l’extrême droite était combattue et perçue comme « relevant de la pathologie politique ». Reprenant l’idée de Camus (2011) : l’émergence des droites populistes et xénophobes introduit une forme de concurrence pour le contrôle du champ politique que la famille libérale-conservatrice n’avait pas connue depuis 1945. En effet, durant la première période de l’après-guerre, le centre de gravité de ce champ était défini par une démarcation entre démocratie et totalitarisme, ce dernier étant représenté par le communisme et le fascisme, y compris les diverses survivances locales de l’extrême droite d’avant-guerre (Mondon et Winter, 2020). »

Ce qui rend compte d’une tactique politique, misant sur l’instrumentalisation de faits divers (comme avec l’affaire Lola, ou à Calais), la subversion de valeurs initialement défendues par la gauche, et qui deviennent l’étendard d’une propagande aux antipodes ; à une période où son discours est de moins en moins contesté (comme en atteste leur présence dans les médias). Dans ce sens, l’auteur fait le constat : « il est intéressant d’observer que les nationaux-populistes se sont appropriés la bannière de la démocratie directe et du référendum d’initiative populaire, qui passe pour le moyen de restituer aux gens ordinaires un pouvoir confisqué par des États sans souveraineté et des élites corrompues.» En prenant l’exemple de la Suisse (référendum sur l’interdiction des minarets dans les mosquées (2009) et une votation sur l’expulsion des « étrangers criminels » (2010) et en Grande-Bretagne où la victoire du Brexit a exclusivement profité à l’extrême droite et aux conservateurs nationalistes. Enfin comme l’ont montré les expériences passées (fascisme, nazisme, …) ces partis organisent la société de façon totalitaire autour d’un chef qui exerce un pouvoir central et souvent autoritaire au détriment du peuple.

Afin de clarifier les positions sur l’échiquier politique, le choix du vocabulaire est important : « Jean-Yves Camus propose un recours contrôlé au terme “populisme” en désignant ces mouvements comme “nationaux-populistes“, ce qui permet de rendre compte des efforts de construction d’un certain type de “peuple” contre les “élites”, notamment les élites dites “mondialistes”. »

Les nouvelles droites radicales représentent une sorte de front uni « antiprogressiste » qui a fini par rassembler, non sans tensions et contradictions, libertariens et néoautoritaires, masculinistes et homonationalistes, écofascistes et négationnistes climatiques, etc.

Pablo Stefanoni

Aussi l’analyse de l’auteur nous alerte : « En arrière-plan de la conquête du pouvoir par le trumpisme, il y a l’univers bariolé de l’alt-right, peuplé de nationalistes blancs, de paléolibertariens et de néoréactionnaires. Ses principaux représentants remettent en question la démocratie et l’idée d’égalité et refusent généralement de parler aux médias. Ils se présentent eux-mêmes comme les défenseurs de la « lie de la société », tout en soulignant que cette nouvelle droite, contrairement aux skinheads néofascistes d’antan, est composée de jeunes gens « dangereusement brillants » (Bokhari et Yiannopoulos, 2016). » Comme en témoigne un récent article de Nicolas Massol sur les nouvelles figures du RN en France (Jordan Bardella, Sarah Knafo, Pierre Gentillet…), paru dans Libération en octobre dernier. » Le risque est grand comme l’a montré le récent rapport produit par Europe Écologie Les Verts (EELV), en analysant la politique menée par des partis d’extrêmes droites en Hongrie et Pologne, et les possibles conséquences d’un démantèlement des institutions dans le cas d’une accession au pouvoir de tels partis en France.

Dans cette nébuleuse, s’est créé un courant que Pablo Stefanoni nous présente : la néoréaction : « un mouvement à la fois antimoderne et futuriste aux allures de culte, composé de libertariens désenchantés qui estiment que la liberté est quelque chose de totalement distinct de la démocratie et que le changement ne peut plus être obtenu par la voie politique. Chez les néoréactionnaires, l’idée d’émancipation a disparu, laissant place à la seule quête de l’efficacité, considérant la démocratie comme une conséquence catastrophique de la modernité, un régime “sous-optimal” et instable, orienté vers la consommation plutôt que vers la production et l’innovation, et qui entraîne automatiquement toujours plus de taxation et de redistribution (dans la mesure où les politiciens ont besoin de gagner les élections). Le régime démocratique combine consumérisme orgiaque, incontinence financière et vie politique modelée sur la téléréalité. L’unique remède réside selon eux dans un néoélitisme oligarchique, où le rôle du gouvernement ne devrait pas être de représenter la volonté d’un peuple irrationnel, mais de le gouverner correctement. »

La souveraineté populaire serait éliminée en tant que fondement de la politique et le substrat de cette idéologie serait une « curieuse forme de conservatisme culturel désenchanté » mais « absolument dépourvu de moralisme. »

Pablo Stefanoni

Il met en lumière les intentions de ses partisans : « Dans l’utopie néoréactionnaire, les nations seraient démantelées et transformées en entreprises concurrentes dirigées par des PDG compétents – soit une variante ou une combinaison de monarchie, d’aristocratie et de ce que Moldbug appelle le « néocaméralisme », qui transforme l’État en société par actions dirigée par un PDG maximisant les profits. Une espèce de féodalisme entrepreneurial, en quelque sorte (Goodman, 2015). L’idée est que la légitimation d’un gouvernement économiquement et socialement efficace n’a pas besoin de reposer sur des élections. Soit une convergence de plus avec les libertariens de droite ou les paléolibertariens. »

Néanmoins, la doctrine idéologique au sein des nouvelles droites ne représente pas un bloc uniforme comme le montre l’auteur : « l’existence d’au moins trois lignes de tension entre les différentes sensibilités des nouvelles droites radicales : la première est celle qui oppose l’étatisme à l’antiétatisme et qui affecte aussi bien les libertariens que les néoréactionnaires, en passant par diverses combinaisons intermédiaires. Une autre tension non moins importante est celle qui oppose l’occidentalisme à l’antioccidentalisme. Alors qu’une aile de l’alt-right cherche à protéger l’Occident de ses ennemis – elle est culturellement chrétienne, souvent pro-Israël et combat le « danger » islamique –, une autre est antisémite et plus ou moins néopaïenne et rend l’Occident lui-même – et la société industrielle qu’il a créée – responsable des problèmes du monde actuel. C’est dans cette dernière sensibilité que s’inscrivent des tendances telles que l’écofascisme et diverses utopies primitivistes. Il existe enfin une troisième tension, d’ordre géopolitique : Matteo Salvini et Marine Le Pen sont plus proches de Vladimir Poutine, tandis que Vox en Espagne ou Chega! au Portugal sont nettement atlantistes. Reste que si ces lignes de faille sont souvent profondes, ces diverses mouvances coexistent dans les mêmes espaces, où elles se confrontent, s’interpellent, s’insultent même parfois, mais convergent aussi fréquemment. »

Ces courants s’accordent pourtant sur certains points : « Malgré les nombreuses différences qui traversent la galaxie des droites alternatives, il existe un élément commun : toutes détestent les conservateurs traditionnels, qui auraient capitulé devant le progressisme. Comme en témoigne une conférence nationale-conservatrice organisée à Rome en février 2020 : « Prédominait à Rome un discours de défense de la « civilisation occidentale » et des vertus du nationalisme, tandis qu’étaient dénoncées la « dictature de Bruxelles » et les fausses valeurs imposées par les élites cosmopolites. La vision du monde qui se dégageait de cet événement mettait en évidence une ligne de faille entre les « gens de quelque part » (somewheres) et les « gens de n’importe où » (anywheres), pour reprendre la formule du journaliste britannique David Goodhart. »

Le politiquement incorrect ou le jeu des miroirs déformants

Comme annoncé en introduction, les nouvelles droites « diraient “les choses comme elles sont” au nom du peuple et des petites gens, tandis que la culture de gauche ne serait que l’expression de l’establishment, des élites mondialistes et du statu quo. » Dans ce contexte, la bataille culturelle qui oppose la droite à la gauche pourrait se résumer par cette phrase : « de nos jours, la droite est punk et la gauche est puritaine » (Dudda, 2019) », pour décrire « comment la gauche s’est laissée enfermer dans la sphère du politiquement correct et comment une certaine droite semble s’être appropriée l’espace et les symboles de la “dissidence culturelle” en devenant le fer de lance d’une “révolte antiprogressiste”. »

Pour l’éditorialiste libéral-progressiste espagnol Ricardo Dudda, la notion de politiquement correct est « un phénomène réel et complexe, de nature à la fois linguistique et morale, qui a plus à voir avec une série d’évolutions culturelles et démographiques, avec la psychologie sociale et avec les dilemmes de la liberté d’expression et la dynamique des débats et des controverses dans des sociétés ouvertes et marquées par la diversité qu’avec une grande conspiration ou une théorie totalisante censée expliquer la société contemporaine “postmoderne et relativiste”, comme le suggèrent de nombreux critiques de la correction politique. »

Le pseudo-débat sur le politiquement correct ou le « wokisme » n’aide guère à clarifier les choses dans ce sens. Il tend plutôt à rigidifier et hystériser les positions et à créer des polarisations abstraites amenant les meilleures volontés militantes à s’épuiser dans des combats stériles qui ne font pas bouger d’un millimètre les rapports de forces réels dans la société.

Pablo Stefanoni

Si le politiquement correct (ou la prétendue idéologie woke) suscite l’indignation programmée de la droite, l’évaluation de son importance et de ses effets réels est aussi susceptible de provoquer des malaises ou des controverses à gauche. Il s’agit essentiellement, selon Dudda, d’une « tentative de redresser les inégalités et les injustices par le biais de symboles, de marqueurs culturels et d’un langage plus respectueux et inclusif » Dans cette perspective, n’importe quel indice anthropologique ou culturel trivial ou ambivalent est transformé mécaniquement en acte subversif potentiel, avec le risque patent de projeter les aspirations revendicatives d’aujourd’hui sur les réalités sociétales d’hier. Bien entendu, l’arrière-fond plus sérieux et plus substantiel de tous ces phénomènes parfois opportunistes et parasitaires est l’émergence au cours des toutes dernières décennies d’un éventail de revendications spécifiques et d’une pluralisation des discours émancipateurs, le tout sans la garantie de grands récits totalisants ou unificateurs, comme par le passé – grands récits qui tendaient sans aucun doute à occulter une série de réalités spécifiques et d’oppressions souvent massives et structurelles, bien qu’alors perçues comme “partielles” ou “secondaires” ». Et le risque de tomber dans le « piège identitaire » décrit par Daniel Bernabé dans son livre, en perdant de vue la lutte collective en favorisant une prise en compte qui ne confonde pas différence et inégalité, telle la critique portée au postanarchisme par le collectif Mur par Mur entre autres.

Pour comprendre ce phénomène, l’auteur expose l’émergence de ces pratiques, tant décriés chez les nouvelles droites : « À partir des années 1980, parallèlement à l’essor de la “révolution conservatrice” animée par Ronald Reagan, une bonne partie de la gauche états-unienne s’est repliée dans les universités, dont les campus constituent des espaces de sociabilité denses et autarciques, souvent régis par des microclimats idéologiques qui peuvent être aussi « rassurants » (safe) qu’étouffants et déconnectés des réalités politiques et sociales plus larges. Depuis quelques années, observent le juriste Greg Lukianoff et le psychologue Jonathan Haidt, on assiste à un mouvement diffus qui vise à éliminer des salles de classe et des amphithéâtres universitaires tous les mots, les idées et les thèmes susceptibles de mettre mal à l’aise ou d’offenser tel ou tel groupe d’étudiants. Les auteurs parlent d’une psychologisation des conflits, avec des espaces universitaires transformés en “safe zones” censées protéger les étudiants des dommages psychologiques causés par différentes formes d’offenses verbales (Lukianoff et Haidt, 2015). “Le mouvement actuel, lui, est largement axé sur le bien-être émotionnel. […] Qu’apprennent au juste les étudiants lorsqu’ils passent quatre ans ou plus dans un environnement qui politise les affronts involontaires, colle des signaux d’alerte sur des classiques de la littérature et transmet de diverses façons le sentiment que le langage peut être une forme de violence exigeant un contrôle strict de la part de l’administration universitaire, censée agir à la fois en tant que protectrice et que procureuse ?” (Lukianoff et Haidt, 2015). »

La réalité de la toile est-elle passée du statut de promesse révolutionnaire à celui de cauchemar contre-révolutionnaire ?

Pablo Stefanoni

« Dans un ouvrage intitulé Kill All Normies, l’écrivaine Angela Nagle parle d’une « contre-révolution numérique sans leader », avec une pointe d’ironie par rapport à l’utopie du début des années 2000, où Internet était plutôt pensé comme l’espace potentiel d’une “révolution numérique sans leader”. » A l’image du militantisme de la Quadrature du net qui depuis 15 ans supporte la culture libre, horizontale, et bataille ardemment pour préserver les libertés fondamentales dans l’espace numérique, auprès de la classe politique – principalement des députés et eurodéputés. « À l’époque, les cyberutopies, la tradition des hackers et des pirates et l’idée du cyberespace comme « zone autonome » étaient associées à une gauche radicale et libertaire qui semble avoir été complètement marginalisée par l’essor du libertarianisme d’extrême droite sur la Toile. »

Se réappropriant la figure du Joker, pour se revendiquer d’un « nous » : « celui que tentent de construire et de mobiliser les droites dites “alternatives” (au sens de l’alt-right états-unienne, mais pas seulement), qui forment une constellation idéologique aux frontières floues mais aspirent toutes à capter le mécontentement social flottant au profit de diverses politiques antiprogressistes. Ce “nous”, ce sont les hommes (blancs) en colère, les jeunes “incels” (acronyme de “célibataires involontaires”) ou les “mâles bêta” qui définissent leur identité en losers révoltés ; transformant Internet en univers sombre et cryptique. Il est très peu probable, observe Ruocco, que les utilisateurs de 4chan soient effectivement tous des NEET (Not in Employment, Education or Training), soit des hommes au chômage ou occupant un emploi précaire et subalterne, vivant généralement chez leurs parents, de faible niveau éducatif et n’ayant pratiquement pas de contacts sociaux avec des femmes de leur âge ; mais cette autodésignation remplit une fonction : elle met en scène une sorte de revendication paradoxale du stigmate de “losers”, de marginaux, de laissés-pour-compte de la société. Il existe de nombreuses passerelles entre la mouvance masculiniste et les forums racistes, suprémacistes blancs et pro alt-right. » comme on le retrouve chez les Qanon ou dans la “fashosphère” française.» Dans leur combat 2.0, « ils ont recours au trolling comme forme de guérilla culturelle et aux mèmes comme instruments politiques. »

Le racisme, le sexisme et la provocation pour le plaisir de la provocation peuvent se révéler tout à fait divertissants, tandis que le progressisme, lui, comme nous le savons, peut se montrer passablement ennuyeux.

Pablo Stefanoni

Cette logique d’impunité face à la réprobation sociale est un élément très important dans le processus de radicalisation du mouvement. En intervenant par le biais d’un avatar, on facilite la reconnaissance des followers potentiels et l’on évite les attaques directes contre la personne réelle » (Reguera, 2017). » L’auteur prend l’exemple d’attaques (doxing, cyberharcèlement) envers des streameuses (Jessi Slaughter, «Gamergate») dans le monde du jeux vidéo, les qualifiant de « Social Justice Warrior », principale cible du mouvement. « Il est clair que l’absence totale de tabous, de barrières morales et de restriction quelconque en matière d’usage de l’« ironie » donne à l’alt-right un énorme avantage sur la gauche dans ce domaine. Le politologue espagnol Marcos Reguera souligne que ce processus de radicalisation en ligne a en partie coïncidé chronologiquement avec les phénomènes Occupy Wall Street aux États-Unis et Indignados en Espagne, ainsi qu’avec les révoltes du Printemps arabe. » Face à ce type d’« excès » en ligne, les défenseurs de 4chan répondent en général qu’il s’agit simplement d’humour : « It’s just for the LOL. » Mais après la victoire de Trump, les bonnes blagues ont fini par prendre un tour nettement plus sinistre. » Le président américain ayant ouvert l’espace du dicible avec ses tweets et son discours décomplexé aussi bien dans les médias qu’avec son slogan Make America Great Again.

Aveu cinglant de l’auteur : « La colère n’offre aucune protection contre les idées, même néfastes. Il n’est donc pas étonnant que le progressisme ne sache trop comment réagir face à la droite politiquement incorrecte : faut-il débattre avec elle, faut-il l’ignorer, faut-il tout simplement la combattre ? Chacune de ces trois options semble insuffler encore plus d’énergie aux nouvelles droites, élargir leur audience et, en fin de compte, positionner le progressisme comme ennemi de la liberté d’expression et défenseur du statu quo. Au-delà de son propre destin politique, Trump a ouvert une boîte de Pandore qu’il sera difficile de refermer. »

Les libertariens et l’extrême droite : rencontres du troisième type

Pour clarifier les imbrications entre des courants qui relèvent de la gauche : libertaires (fondé sur l’égalité et la liberté politique) et ceux, qui malgré les apparences sont de droites : libertarianisme (forme accentuée du libéralisme, postulant liberté individuelle et économique), l’auteur fait un bref rappel : « À l’origine, le libertarianisme est un éventail de positions allant du “libéralisme classique” à l’”anarcho-capitalisme” ou au “minarchisme”. C’est un courant qui s’est évidemment surtout développé aux États-Unis, où il se conçoit comme lié à une série de valeurs de l’« esprit libéral » des institutions et des Pères fondateurs. Mais l’idéologie libertarienne, trop facilement confondue par les observateurs français avec un simple « ultralibéralisme » économique, ne se réduit pas à une apologie cynique du capitalisme sauvage. Elle comporte aussi une dimension existentielle, celle d’un « mode de subjectivation » propre à des millions d’adolescents et de jeunes gens (généralement mâles) anglophones qui l’ont assimilé à travers la lecture des romans d’Ayn Rand ou l’influence d’autres figures importantes de la culture populaire (musique, cinéma, sport, etc.). »

Délimitant les points de divergences entre les deux, Pablo Stefanoni complète sa définition : « ce type de libertarianisme se distingue bien sûr de la mouvance libertaire ou anarchiste de gauche du fait qu’il embrasse une forme d’utopie capitaliste ; pourtant, les passerelles entre libertaires “de gauche” et libertariens “de droite” n’ont pas manqué dans l’histoire, notamment au cours des années 1960 et 1970. Or on sait bien que pendant la guerre froide, de nombreux partisans du libéralisme économique ont soutenu les dictatures militaires prooccidentales et promarché face aux dangers du socialisme « liberticide ». Il n’est donc pas rare que les utopies libertariennes de droite – souvent alimentées par la science-fiction – se mélangent avec les (rétro-)utopies conservatrices qui cherchent à revenir à une sorte d’Âge d’or traditionaliste ou à ouvrir la voie vers un futur antiégalitaire. »

On croise désormais de plus en plus d’individus s’identifiant comme « libertariens » mais reprenant des discours réactionnaires dans le domaine des mœurs et de la culture.

Pablo Stefanoni

Dans les courants qui gravitent autour de la nouvelles droite, « les convergences entre libertariens et réactionnaires, entre antiétatistes et néoautoritaires, voire racistes, sont aujourd’hui de plus en plus patentes, même si elles restent idéologiquement surprenantes. Parallèlement, il existe aussi des affinités idéologiques et émotionnelles, en termes de langage et d’attitudes. Lorsqu’un libertarien et un néofasciste fustigent le féminisme, il est presque impossible de les distinguer. Les libertariens sont également de fervents partisans de l’accès sans restriction des citoyens aux armes à feu, une “gun culture” qui va de l’autodéfense personnelle à la formation de milices hostiles au gouvernement. »

L’auteur se concentre alors sur le terme « “paléolibertarianisme” en tant que forme spécifique d’articulation entre idées libertariennes et valeurs conservatrices, voire autoritaires ; véhicule d’un retour aux racines de la vieille droite. C’est Rothbard qui, de façon presque prophétique, au début des années 1990 – soit plus de vingt ans avant l’émergence du Tea Party, puis du trumpisme –, a forgé le concept de “paléolibertarianisme” comme une forme d’articulation entre la sensibilité libertarienne et le conservatisme social et culturel le plus réactionnaire. De fait, alors que le courant libertarien pouvait jadis revendiquer une position tantôt centriste, tantôt « ni droite ni gauche » et pragmatique, les libertariens du XXIe siècle semblent de plus en plus s’afficher sans aucun complexe « à droite toute » et promouvoir paradoxalement des conceptions ouvertement autoritaires. »

Il nous résume « cette sensibilité en quelques idées fortes : l’État est la source institutionnelle du mal tout au long de l’histoire ; le libre marché est un impératif à la fois moral et pratique ; l’État-providence est un vol organisé ; l’éthique égalitaire est moralement condamnable car elle détruit la propriété et l’autorité sociale ; l’autorité sociale est seule capable de faire contrepoids à l’autorité étatique ; les valeurs judéo-chrétiennes sont indispensables à un ordre libre et civilisé. Le paléolibertarianisme vise ainsi à rétablir l’ancienne convergence entre libertariens et conservateurs, aujourd’hui divisés par l’émergence d’un néoconservatisme qui, d’après Rockwell, “applaudit le capitalisme” mais “applaudit encore plus fort l’État-providence conservateur” (Rockwell, 2016). »

La philosophe russe [Ayn Rand] s’est surtout fait connaître pour sa défense provocatrice de l’« égoïsme rationnel » et son rejet de toute forme de solidarité sociale ou d’altruisme. Dès le départ, Rothbard se sentit attiré par son approche philosophique, qui défendait des idées rationalistes, athées et anticollectivistes.

Pablo Stefanoni

« Tout ce qui méritait d’être défendu dans l’ordre social occidental – le gouvernement limité des premières années de l’indépendance états-unienne pour les libertariens ; les hiérarchies de genre et de race pour l’extrême droite – est en train de partir à vau-l’eau, en grande partie à cause des progressistes. La liberté est une condition nécessaire mais non suffisante : les institutions de la société civile sont indispensables pour encourager la vertu publique et, surtout, protéger les individus contre l’État. Ces institutions sont la famille, les Églises et les entreprises. Le danger de la mentalité anticapitaliste est bien plus grave : elle détruirait les institutions morales sur lesquelles repose le progrès humain, menaçant ainsi la continuité même de la civilisation. L’idée de décadence étant commune au courant libertarien et à l’extrême droite. »

En l’absence d’expérience libertarienne, l’aspiration à créer des territoires sans État ne se limite pas à Liberland (créé en 2015 « par l’entrepreneur tchèque Vít Jedlička » sur les rives du Danube entre la Croatie et la Serbie.) Il y a aussi les projets d’établissement de colonies libertariennes en haute mer, dans les eaux internationales. » « D’autres parient sur la fondation dans des pays en développement de “charter cities”, des villes juridiquement autonomes et quasi souveraines, comme le propose le prix Nobel d’économie Paul Romer. Pour les libertariens, l’avantage des “charter cities” est qu’elles sont censées disposer de leurs propres lois, de leur propre système judiciaire et de leur propre fiscalité, démontrant ainsi le caractère anachronique de l’État-nation (et de la démocratie) et réalisant le rêve de la liberté économique absolue.

Le charme discret de l’homonationalisme

Dans ce chapitre, Pablo Stefanoni s’intéresse aux « liens entre sexualité et extrême droite, et en particulier sur la question de savoir pourquoi on trouve désormais tant de personnalités homosexuelles sur la scène de l’extrême droite européenne. » Il interroge : « Peut-on désormais parler d’une extrême droite gay-friendly ? Sert-il à promouvoir un pinkwashing masquant une nouvelle forme de xénophobie ? »

On assiste à la montée en puissance en Europe depuis le début des années 2000 d’une nouvelle forme d’extrême droite, qui réussit le tour de force d’être tout à la fois xénophobe et pro-gay.

Didier Lestrade

Il convoque le concept d’«homonationalisme » pour réfléchir aux articulations entre homosexualité, nation, race et classe : c’est-à-dire sur la façon dont les droits des femmes ou des homosexuels peuvent être mis en avant dans une perspective xénophobe, non seulement par des partis politiques mais aussi dans les mouvements LGBT eux-mêmes pour reprendre les mots du sociologue Sébastien Chauvin. »

Puis retrace brièvement l’histoire des liens entre homosexualité et extrême droite : « on sait par exemple qu’il y avait beaucoup d’”homosexuels ultravirils” dans les rangs de la SA, la Section d’assaut du Parti national-socialiste allemand, et dans les années 1980, en Grande-Bretagne, Nicky Crane, un des plus violents leaders skinheads du British Movement, un groupuscule néonazi, était gay. Aujourd’hui, la figure de proue des populistes de droite néerlandais est Geert Wilders, qui prône un programme de “désislamisation” et se présente lui aussi comme le défenseur des droits des minorités sexuelles contre le « fascisme islamique » Il faut aussi mentionner, parmi les personnalités de même orientation sexuelle ayant rejoint le RN, Sébastien Chenu, fondateur de GayLib, une organisation gay conservatrice. De son côté, Matthieu Chartraire, élu Monsieur Gay français par les lecteurs du magazine Têtu, s’était déclaré en 2015 adepte de Le Pen et adhérent du Front national. »

Cela leur permet de se prétendre plus modernes, quasi progressistes et attachées aux valeurs républicaines occidentales, tout en déployant un discours raciste et anti-immigration.

Pablo Stefanoni

« Un des hérauts les plus emblématiques de cette paranoïa est sans aucun doute l’écrivain français Renaud Camus, figure du milieu gay des années 1960 et 1970, ayant participé à Mai 68, socialiste dans les années 1980, puis électeur des Verts, Camus est devenu l’un des grands imprécateurs déplorant le déclin de la « civilisation » française et une référence intellectuelle de l’extrême droite. Si l’idée du « grand remplacement » s’inscrit en fait dans une vieille tradition réactionnaire de panique raciale et démographique, Camus lui a donné un nouvel élan. Elle permet aux populismes de droite de stimuler une paranoïa civilisationnelle qui fonctionne comme un réservoir de votes et un mythe mobilisateur. Comme l’ont bien montré Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens dans leur ouvrage : «On ne peut pas accueillir toute la misère du monde». « Une seule formule choc présentant aussi l’avantage de faire obscurément écho à l’une des angoisses les plus sourdes et les plus indéracinables de l’être humain – car s’il est bien une caractéristique de notre condition, c’est que nous sommes éminemment remplaçables et serons tous un jour remplacés. C’est là, nous l’avons vu, l’un des points centraux du succès de l’extrême droite actuelle : elle est censée nous inviter à “parler clairement”, à abandonner les euphémismes “« “politiquement corrects” imposés par les élites progressistes qui censurent le discours sur le réel (la red pill de Matrix, la “pilule rouge” qui nous dévoilera la vérité sur l’immigration. »

« Cette propagande gay-friendly sert également les objectifs d’une armée israélienne qui, alors qu’elle commet des violations constantes des droits humains des Palestiniens dans le cadre d’une politique colonialiste et ségrégationniste, se présente comme l’une des institutions militaires les plus ouvertes aux minorités sexuelles dans le monde. »

Heil Pachamama : vaisseau terrestre ou canot de sauvetage ?

Enfin, l’auteur ausculte la question du rapport entre écologie et extrême droite ; environnement et frontières. Par exemple : « sur le site web du Rassemblement national, on trouve une présentation du collectif Nouvelle écologie, censé promouvoir une “écologie patriote” visant à protéger non seulement l’environnement, mais aussi le peuple français, sa culture, son patrimoine et son identité. »

Le thème unificateur de l’environnementalisme de droite est le lien entre l’aspiration à la pureté environnementale et la crainte du mélange culturel ou de l’invasion démographique, voire, dans ses versions les plus extrêmes, le souci de la pureté raciale.

Pablo Stefanoni

Jusqu’ici, l’écologie de droite était un phénomène résiduel lié à quelques rares figures antimodernes adeptes d’une décroissance de type réactionnaire associée à un ordre patriarcal et inégalitaire ; désormais, l’extrême droite elle aussi a commencé à brandir le drapeau vert (Carle, 2017). L’« écofascisme », label générique recouvrant une série d’articulations entre défense de l’environnement et ethnonationalisme dans un contexte global d’essor des droites radicales, d’attentats nationalistes blancs et d’émergence de rétro-utopies réactionnaires en tant que réponses aux incertitudes de l’avenir, regroupe plusieurs des sensibilités mentionnées dans les chapitres précédents, comme l’obsession du « grand remplacement » de la race blanche, les mythologies païennes et, bien souvent, la célébration de la violence. Les écofascistes estiment que le seul moyen de sauver la planète est que chaque « race » humaine « choisisse » de rester vivre dans la ou les régions d’où elle est censée être originaire, et donc d’éviter les déplacements de population et le brassage multiculturel.

Il soulève des questions cruciales, tant politiques que sociales, auxquelles nous devrons répondre collectivement : « le “désespoir écologique” ne risque-t-il pas d’en venir à légitimer des solutions antidémocratiques ? La mise en accusation générique de l’humanité comme responsable du réchauffement climatique, surtout si elle est associée à l’essor de conceptions mystiques de la nature, ne finira-t-elle pas par alimenter de possibles dérives réactionnaires ? Et que répondre au fait qu’intuitivement, l’idée de rationner les biens et la consommation dans le but de “sauver la planète” à travers des mécanismes d’imposition dictatoriale semble plus convaincante que la certitude de pouvoir atteindre ce même objectif à travers des formes de démocratie participative ou par le biais d’une démocratie libérale de plus en plus érodée ? »

Et maintenant ?

Plutôt que de nourrir certains fantasmes qui nous éloigneraient des enjeux véritables en succombant à une forme de panique qui amplifierait l’impact de mouvances certes réelles, mais minoritaires et encore marginales, Pablo Stefanoni tente de mettre en évidence les divers courants de la nouvelle droite et leurs liens. En filigrane, il pose des questions « sur les défis auxquels est confrontée la mouvance progressiste et les tentatives de réponse que certains des référents intellectuels de la gauche essaient de donner à la crise actuelle. »

Ce qui nous reste, de fait, c’est l’espoir de radicalisation de certaines perspectives sociales-démocrates classiques en tant que support d’une nouvelle politique des « biens communs ».

Pablo Stefanoni

L’ouvrage qui au fil des pages cartographie, analyse et décrypte les formes multiples des nouvelles droites, cherche à comprendre ce mouvement pour alerter sur de potentielles dérives (les cinq chapitres du livre) et ainsi éviter de fournir de mauvaises réponses à de vrais questions, que ce soit dans les débats de société (wokisme, démocratie, technocritique, liberté, écologie, etc.), ou en politique, c’est-à-dire : ne plus minimiser le désarroi d’une partie de la population, tout en défendant un projet qui réponde aux enjeux sociaux (au sens de solidaire), démocratiques et écologiques, tel que le propose Serge Audier avec son éco-républicanisme, Emmanuel Dockès avec sa misarchie ou encore l’expérience anarchisante au Rojava.

Dans un contexte où les courants au sein de la nouvelle droite (néoréactionnaires, libertariens d’extrême droite, homonationalistes, ou encore écofascistes) essaient de s’accaparer et de subvertir les valeurs intrinsèquement de gauche pour promouvoir une idéologie contre-révolutionnaire et accéder au pouvoir, « la gauche éprouve de grosses difficultés à intervenir de manière indépendante face aux deux pôles idéologiques contemporains : un (néo)libéralisme favorable à un capitalisme ouvert, culturellement progressiste et mondialisé – bien que socialement de plus en plus injuste –, et une nouvelle droite qui défend la souveraineté nationale et des perspectives antidémocratiques, xénophobes et réactionnaires – mais peut en arriver à dénoncer, comme le fait Marine Le Pen, la “désolation sociale” du macronisme ». Ce qui rend nécessaire de réaffirmer et de poser les fondements d’un projet socialiste libertaire, à l’instar du penseur André Gorz, dont l’héritage pourrait guider nos pratiques, notre imaginaire et nous redonner de l’espérance :

Le socialisme, c’est un mouvement de lutte mené par les individus solidairement unis sur la base de leur but commun, pour soumettre le champ dans lequel la rationalité économique peut se déployer, à de nouvelles restrictions sociales fondées sur l’exigence éthique. Le mouvement socialiste a eu, et continue d’avoir pour sens et pour but l’émancipation des individus dans des domaines dans lesquels la logique du marché, de la concurrence et du profit, fait obstacle en dépossédant les individus de leur possibilité d’autonomie et d’épanouissement.

André Gorz

D’autant plus que « partout dans le monde, le problème est double : non seulement les classes populaires s’éloignent de la culture de gauche, même là où la gauche montre une certaine capacité de résistance électorale, mais leur composition interne se transforme dans le sens de plus d’hétérogénéité sociale et ethnoculturelle. »

Fiche livre sur le site de La Découverte.

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