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Gwenn Thomas-Alves & Ariane Anemoyannis Le Poing Levé Union Syndicale Lycéenne | USL

La jeunesse face à l’offensive réactionnaire

La jeunesse, prise entre l’offensive réactionnaire et une galère sans fin, sera-t-elle au rendez-vous des luttes en 2024 ? De la loi “immigration” au SNU en passant par la frénésie sélective de G.Attal, comment la jeunesse prépare-t-elle la riposte ? On fait le point avec deux jeunes militants : Gwenn Thomas-Alves, président et porte-parole de l’union syndicale Lycéenne et Ariane Anemoyannis, étudiante et militante du Poing Levé.

La Barricade est un nouveau rendez-vous d’Au Poste, une carte blanche mensuelle à l’activiste Ritchy Thibault. Le ton: totalement libre. La durée: deux heures et plus si affinités. Passez le mot!

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Avec le vote de la loi dite « immigration », le gouvernement court après l’ambiance réactionnaire qui s’installe d’année en année, depuis les plus hautes sphères médiatiques jusqu’aux groupuscules d’extrême-droite toujours plus actifs. Et si la nomination toute fraîche du Premier Ministre G. Attal promet de ne dévier en rien de ce cap, elle semble ouvrir un arc politique dans lequel la jeunesse se voit placée au centre de la cible et promise à un traitement de choc.

Débat sur l’uniforme, interdiction de l’abaya, réforme de Parcoursup, Service National Universel (SNU), promesses non-tenues sur le remplacement des professeurs, le jeune premier s’est forgé en six mois à la tête du ministère de l’Éducation Nationale un palmarès très inquiétant pour la suite. Comme à son habitude, et peut-être encore plus, le gouvernement mobilise des outils et une rhétorique « sécuritaire et répressive », voire militaire, dans l’objectif de « mettre au pas » la jeunesse.

Ariane Anemoyannis comme Gwenn Thomas-Alves analysent cette offensive comme une émanation du racisme d’État ancrée dans les membres de la classe dirigeante – dont les enfants fréquentent parfois des établissements comme l’ultra-réactionnaire Stanislas – ainsi qu’ un moyen de détourner l’attention de la précarité massive et de la détresse dans laquelle se trouve un nombre grandissant de lycéens et étudiants. Combinée à la précarité des établissements eux-mêmes, du manque de professeurs et de leur non-remplacement, les effets désastreux sur la qualité de l’enseignement et la difficulté à s’orienter se font sentir dès le lycée. Vu sous cet angle, les propositions récentes du gouvernement visent à forcer la main aux jeunes, perpétuer leur détresse et en tirer profit : en somme, priver les jeunes des outils qu’offre une formation aboutie pour mieux les envoyer au service de la patrie et du patronat.

Le SNU réhabilite l’idée même que les jeunes puissent être mis au service de la patrie.

Ariane Anemoyannis

Face à la misère sociale, le Poing Levé défend un revenu étudiant à hauteur du SMIC, financé par un impôt sur les grandes fortunes car ce sont elles qui profitent de la formation de la jeunesse française. En ce sens, les mouvements de la jeunesse rejoignent les intérêts du mouvement ouvriers, nos deux invités prônant un rapprochement avec eux mais aussi plus largement avec l’ensemble des luttes anti-capitalistes et anti-fascistes. S’en suit entre eux un débat stratégique sur l’articulation de ces luttes : faut-il encore attendre quelque chose des institutions ? des organisations syndicales ? Des partis politiques, y compris ceux de gauche ?

Finalement, c’est la notion d’impérialisme que nos invités reconnaissent comme étant la « clé de voûte » de toutes ces luttes. L’actualité tragique du génocide en cours dans la bande de Gaza et le soutien inconditionnel des autorités françaises à l’État d’Israël, montrent à quel point ces deux États, ainsi que d’autres comme les États-Unis, parlent le même langage de l’impérialisme.  

Gwenn Thomas-Alves relève que l’Éducation Nationale, à travers les programmes scolaires, sert cette vision impérialiste, d’où l’importance de lutter au sein-même des lycées. Les lycéens profitent de l’élargissement des moyens d’information et se forment entre eux, et contrairement à ce qu’on entend, leur degré de conscientisation est en progression.

À l’heure actuelle, les mouvements sociaux restent sous le choc de la défaite de la lutte contre la réforme des retraites, mais l’échéance des Jeux Olympiques si chère à Macron incarne un « foyer de rencontre » des luttes. Du recours massif au bénévolat et au travail précaire, de l’expulsion des étudiants de leurs logement, de la remise en question du droit de grève, de l’interdiction du voile pour les sportives françaises, du déploiement massif de technologies de surveillance, du prix exorbitant de l’accès aux compétitions… les Jeux de Paris prennent un malin plaisir à les défier toutes.

Comment on définit la société à laquelle on veut mettre fin ? Et celle que l’on veut voir advenir ?

Ritchy Thibault ?

Si l’antagonisme marxiste entre les exploités et les exploitants est toujours d’actualité, il s’agit de le mettre à jour avec les clés de notre siècle. Les mythes bourgeois comme l’auto-entrepreneuriat ou la start-up sont autant de relectures contemporaines du mythe du self-made-man destinées à brouiller la dimension collective de notre épanouissement. Alors, se nourrir des expériences comme des écueils des révolutions passées – la Commune, la révolution russe de 1917, les grèves générales de 1936… – mais aussi de celles en cours – Rojava, Chiapas… – doit alimenter un imaginaire utopique qui vise le renversement du modèle actuel, celui d’une majorité au service d’une minorité.

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