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La guerre en tête: sur les traces des combattants en Syrie et en Ukraine avec Romain Huët Ethnographe maître de conférences en sciences de la communication à l’Université Rennes II

«La guerre en tête». Sur les traces des combattants en Syrie et en Ukraine

Comment on s’engage, comment un être ordinaire accepte-t-il de tuer ou de mourir pour ses idées, ou celles d’une politique ? Romain Huet, ethnographe, a suivi des dizaines de ces volontaires, en Syrie, au sein de l’armée syrienne libre puis du Front Islamique (2012-2018); et en Ukraine à Kharkiv et dans le Donbass (2022-2023).

Connu pour son brillant travail sur le cortège de tête (en 2019), Romain revient avec un ouvrage (au PUF) à hauteur d’homme, où tout est tourbillon des âmes. Il est convoqué pour la première fois Au Poste, et c’est un plaisir de le recevoir.

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La causerie en quelques mots

Dès l’introduction, le cadre est posé : Romain Huët n’est ni chercheur, ni scientifique, ni journaliste. Il est ethnographe. Son truc, c’est l’immersion totale, sur le temps long, au sein de ces groupes qui le fascinent. Après un passage par le cortège de tête, il rentre aujourd’hui de Syrie et d’Ukraine, expérience qui l’a mené à écrire « La Guerre en tête » (PUF), ou il essaie de comprendre et nous expliquer ce qui pousse des hommes et des femmes à prendre les armes de façon volontaire.

Peut-on dire encore quelque chose à propos de la guerre ? Peut-on la raconter autrement ? Tant de choses ont été écrites à son propos.

Romain Huët

D’un point de vue extérieur, on peut penser que les guerres se succèdent et se ressemblent. Malheureusement. Mais pour les combattants volontaires, il est important de documenter toutes les guerres du présent, afin de rendre réelle leur lutte, de leur donner un sens, une existence. Sans cela, les plus faibles ne peuvent pas tenir, ils n’ont aucune raison de continuer à se battre au vu du déséquilibre auquel ils font face.

La radicalisation n’est autre qu’un processus de raidissement de la subjectivité. Un être se cramponne à un système de conviction étroit et entretient un rapport de clôture à l’égard de ce qui est étranger à son monde. Autrement dit, l’expérience de la guerre installe les sujets dans une béance chaotique.

Romain Huët

Pour celles et ceux qui la vivent, la guerre n’est pas uniquement un changement de quotidien, de mode de vie. Ce n’est pas seulement devoir se cacher, prendre des précautions pour se déplacer, être en alerte lorsqu’on entend le bruit d’un moteur… C’est surtout vivre chaque jour dans un environnement différent, sculpté au gré des destructions, des fusillades, des bombardements. C’est s’adapter en permanence, savoir que la ferme qui était là hier, dans laquelle on avait ses habitudes, sera peut-être détruite demain. C’est ce que Romain Huët qualifie pendant l’entretien de « chaos permanent ».

Dans un monde écroulé, les corps se redressent. l’expérience de l’effondrement du monde produit un vacillement intérieur et collectif. Le rapport quotidien aux bombes et à la mort rend la vie profondément intranquille. Mais, chose étrange, il arrive d’être traversé par un tout autre sentiment. Il me faut le nommer : il arrive que la sidération côtoie le plaisir.

Romain Huët

Dans cette dernière partie de l’entretien, Romain Huët met encore davantage l’accent sur les motivations des combattants volontaires. Par exemple, comment l’Etat Islamique arrive-t-il à garder ses combattants ? Ce n’est pas, comme on peut le penser, pour des raisons religieuses ou idéologiques. Les guerriers, le plus souvent jeunes et défavorisés, ne sont bien souvent pas des “fous d’Allah” ou des asociaux mus par une idéologie réactionnaire. Ce qui les maintient sur le front, c’est ce que Romain Huët appelle la « compensation narcissique », c’est un changement soudain de statut au sein de la société. Prendre les armes permet alors de passer d’être insignifiant à comme faisant partie d’un groupe, parfois considéré comme une famille, parfois même devenir ennemi d’état n°1. C’est pour beaucoup l’inverse du monde réel dans lequel règnent la solitude, la désunion, l’individualisme, et dans lequel nous n’existons pas.

Le parallèle avec le cortège de tête, dans lequel s’est plongé l’auteur entre 2012 et 2019, apparaît alors comme une évidence. On pense d’abord que les combattants, comme les émeutiers, souhaitent changer le monde. Aux yeux des observateurs extérieurs, les armes utilisées, les risques qu’ils et elles prennent, donnent l’impression d’une lutte absurde, parfois perdue d’avance. Mais c’est au sein de ces armées que les combattants volontaires espèrent trouver l’accueil et la fraternité qui manquent de plus en plus dans notre monde solitaire. Ils ne veulent pas changer le monde : ils souhaitent, pendant quelques instants, changer leur monde.

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