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J2: premiers interrogatoires et les «vides du dossier»

Jeudi 3 octobre, s’est ouvert le procès de l’affaire dite du « 8 décembre ». 7 personnes sont poursuivies pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Chaque jour, nous publions un compte-rendu des audiences, en collaboration avec Lundi Matin.

On m’avait dit d’arriver une heure avant pour être sûr d’être là, mais la proche des prévenus qui doit m’accueillir m’explique par textos que j’ai tout mon temps. Je me mets avec un bouquin en terrasse de Chez Jérôme, où les flics, les prévenus, les avocats et avocates se croisent dans un décor d’aéroport. Comme ce tribunal, où tout le monde est de passage pour ne rien être. Portiques, fouilles partout, tout le temps.

On me résume la séance de la veille. La présidente semble professorale, hautaine. Les avocats et avocates nombreux et impressionnants. Le parquet oppressant, comme il se doit. « En vrai, c’était très chiant à la fin et on s’est endormi. » Ma voisine me montre le dessin de la greffière en voie d’endormissement. Ça sonne, on se lève et on attend d’avoir le droit de s’asseoir.

La présidente informe les prévenus que l’objectif de la journée est de « savoir un peu qui vous êtes », en insistant sur le un peu. En réalité, elle fait le planning du procès jusqu’au 27, date prévue pour le délibéré, puis lance la discussion sur la demande de supplément d’information de la défense. Une des avocates – que je suis incapable de reconnaître – se lance dans une demande de témoignages des deux enquêteurs sur lesquels repose l’essentiel de l’accusation. Les « manœuvres dilatoires » évoquées par le parquet la veille sont contestées. « Ce n’est pas une lubie de la défense. Nous avons le droit d’avoir ces témoins et les policiers sont des citoyens comme les autres. Il est dommage d’avoir à le rappeler. » Les deux policiers, auteurs prolifiques de 150 procès-verbaux, témoins directs des faits, ne devraient pas témoigner durant le procès. Des pièces du dossier manquent, la police a fait le tri des écoutes sans le contrôle d’un magistrat, etc. L’avocate évoque la possibilité d’utiliser l’article 439 du code de procédure pénale, dessinant l’image sympathique de policiers emmenés de force, par d’autres flics, témoigner au tribunal.

Comment prouver notre innocence face à des tautologies ?

Les vides du dossier commencent déjà à crier, et engagent le procureur à rentrer dans des considérations politiques assez bancales et des procès d’intention contre la défense. « L’article 6 de la CEDH que vous citez est un véritable point Godwin de la plaidoirie », « le policier est un citoyen, certes, mais pas un citoyen lambda », « on cherche à transformer un procès en terrorisme en procès d’une institution », « tout a été fait dans les règles, selon la loi, par des policiers ». Me Raphaël Kempf tente d’éviter la discussion anémiante du parquet, en revenant au concret : « On commence sur de très mauvaises bases. Je crains que ce procès ne se passe mal, alors que la défense veut qu’il se passe bien. La comparaison entre l’article 6 et le point Godwin est insupportable. M. le procureur, allez-vous nous donner la liste des mots et articles interdits ? »

La présidente l’interrompt : c’est une question rhétorique ou il doit répondre ? Kempf fait le rappel du rôle de la défense, qui consiste à interroger le travail de la DGSI. Une autre avocate poursuit : pourquoi le droit, dont l’article 6 fait partie, ne s’appliquerait pas à nous ? Comment prouver notre innocence face à des tautologies ? La présidente interrompt la séance pour délibérer sur la demande et tout le monde sort. Débat théâtral, qui a surtout servi à installer la question de la police au cœur de ce procès.
Trente minutes. Je parle du Rojava, de la mer, de dessin, de répression policière et judiciaire, d’amitié. Je me fais fouiller, on vérifie trois fois que mon portable éteint est éteint et on y retourne.

« Les choses se déroulent sans problème dans le public, c’est bien ». Professorale. On va interroger les prévenus, dans l’ordre alphabétique « qui est bien commode », nous apprend la présidente.

Le premier prévenu arrive à la barre. Sa trentaine à cet instant n’est pas souriante mais résolue. Large d’épaules, le dos imposant et droit, cheveux courts et bruns, on voit sa longue barbe dépasser, permettant de deviner parfois l’émotion qui saisit son visage tourné vers la barre. Une chemise type bûcheron. Planté dans le sol, fermement, les deux mains jointes devant lui pendant tout le temps de l’interrogatoire. Résolu, malgré l’émotion que sa voix trahit souvent, dans un contraste bouleversant.

« On va commencer par vos choix d’études et votre entrée dans l’âge adulte, sans s’intéresser à la petite enfance. » À chaque fois, la présidente insiste sur ce désintérêt pour l’enfance – mais on a vu pleurer un enfant et sa mère une heure avant, en rentrant dans le tribunal. La petite enfance a ses juges.

Une vie qu’on vous fait déballer scrupuleusement, avec les intérêts oppressants de la justice pour ses sujets. On cherche des réseaux introuvables : cette maison en colocation, comment en avez-vous appris l’existence ? En réponse, il n’y a rien d’autre que la vie singulière de quelqu’un : « on se baladait sur une rivière et elle nous a plu, alors on a appelé le propriétaire ». On mélange des fils de discussions qui insinuent sans dire : votre passage à Sivens vous a marqué ? êtes-vous angoissé par le Covid ? vous êtes sensible à la question animale ? le survivalisme, cela vous parle ? « J’ai toujours eu une anxiété par rapport à l’avancée… des choses. C’est pour cela qu’aujourd’hui je veux vivre tranquille. J’ai un potager, des poules… » Le fossé ne cesse de se creuser : d’un côté tout ce fourbi d’abstractions des réseaux et des causes ; de l’autre les rivières, les forêts, les poules, les amis.

Vient, pour la première fois, la violence. L’ assesseure insiste :« L’arrivée des forces de l’ordre à Sivens semble avoir été très marquante pour vous. »
Je n’aime pas le violence.
La violence de quel côté ? Y a-t-il un problème envers les forces de l’ordre à Sivens, pour vous en particulier ?

Ma voisine, qui dessine en se marrant les flics postés le long des murs, tatouages et armures virils bien devant, me fait signe de les regarder. Beaucoup de moues ravies et de têtes qui approuvent l’assesseure. La défense de la police républicaine est appréciée dans les rangs de la républicaine police. Sa collègue enchaîne, avec une grossièreté qui crée un moment d’arrêt parmi nous : « Ce qui est évoqué, juste avant, c’est Rémi Fraisse. Parlons-en ». On ne sait pas trop de quoi il faudrait parler. Le prévenu, à la barre, trouve pourtant ces paroles. « J’ai eu un sentiment d’impuissance face au militantisme »

Après le passage obligé sur les expertises psys refusées, la procureure enchaîne avec une succession de questions assez banalement stupides sur les armes à feu et cocktails molotov. Mais elle insiste sur un autre point : les craintes éventuelles du prévenu envers « une future rupture de normalité » ? Euphémisme surprenant pour désigner la destruction du monde. L’avocat permet une autre parole, racontant d’autres histoires : la violence du travail, le goût de l’échange, de l’entraide, des rigolades, des inquiétudes pour l’avenir, la consommation régulière de séries et de jeux vidéos. Comme pour les deux autres prévenu·es de la journée, le triste jeu du tribunal est étouffant : prouver sa propre normalité, celle de ses valeurs, se débattre en tant que sujet, que personne – la présidente insiste systématiquement sur l’importance des enquêtes de personnalité – alors que tout ce qu’on est échappe aux échanges.

Soudain, le prévenu ne répond plus. On lui a demandé de se remémorer la garde à vue. Il n’a pas de souvenirs. Il ne parvient plus à répondre. Une autre prévenue doit quitter la salle sous le coup de l’émotion. On mesure dans cette émotion l’inimaginable souffrance de ces trois années.
Puis on le questionne sur ces liens avec les autres prévenus. Un autre était son meilleur ami. « On nous appelait Timon et Pumba. » Mais sinon, très peu de lien ou pas du tout avec les autres accusés. Le groupe n’en est pas un. On le sait mieux encore maintenant.

Le deuxième prévenu s’avance, d’un pas décidé. Il pose ses deux mains sur la barre et se tient droit face à la présidente. Il demande à faire une déclaration préalable. « Je suis en colère d’être face à vous, à la fois triste et en colère. J’ai vécu trois ans de répression. Dix mois à Fresnes. Je n’ai jamais été violent et me retrouver accusé de terrorisme, c’est pour moi insupportable, terrible. » Des applaudissements fusent dans la salle, qui se fait engueuler par la présidente.

Je voulais aller au Rojava pour soutenir le peuple kurde. Tout simplement.

À nouveau le parcours professionnel et les études. À nouveau le jeu entre les parcours, les projets, les expérimentations d’un côté, de l’autre les animaux (« j’ai toujours été passionné d’araignées, d’insectes, de serpents »), la forêt (« je voulais aller en Guyane pour la forêt équatoriale, aussi »), l’entraide (« j’ai un ami handicapé que j’aide depuis son accident, comme j’aimerais être aidé si ça m’arrivait »).

Tout en acceptant le jeu de l’interrogatoire, il souligne sans cesse les failles du discours qu’on tient sur lui, auquel il ne cède jamais. Il s’est rendu en Colombie – l’enquête a un moment osé suggérer qu’il s’agissait de rejoindre un groupe révolutionnaire armé, suspicion levée comme le rappelle la présidente rapidement – avant d’aller en Irak pour rejoindre le Rojava. « Aviez-vous l’idée d’engagement dans une cause ? Tous les mots sont piégeux, quand je dis cause, mais qu’est-ce qui vous tenait à cœur alors ? »

-Vous l’avez dit vous-même, les mots sont piégeux. Mais je voulais aller au Rojava pour soutenir le peuple kurde. Tout simplement. Je n’ai pas pu y aller car c’était au moment du retrait des troupes américaines décidé par Trump et il était trop dangereux de rejoindre le Rojava.

La constance avec laquelle les prévenus évoquent des questions géopolitiques, philosophiques, littéraires, sociales, écologiques passionnantes, n’a d’égale que l’empressement des magistrats à les interroger sur la violence, la loi, le travail, les addictions, le travail, la loi, la violence. Avec une bienveillance et une empathie soulignées, bien sûr.

Le prévenu répond avec humour. « C’est sûr que dix mois d’incarcération, ça m’a complètement fait arrêter l’alcool. » Avec intelligence. « J’allais au Rojava pare que ça me parle : le confédéralisme démocratique, l’horizontalité, le respect des religions, des coutumes, des langues. Je voulais être acteur de ça. »

L’assesseure qui évoquait Rémi Fraisse revient à la charge : « De quelle intolérance parlez-vous ? Est-ce que vous visez les forces de l’ordre ? » Non, il parlait de valeurs humaines. « J’insiste : vous voulez lutter contre les forces de l’ordre ou l’armée ? » Vient alors un premier moment où il insiste sur le pouvoir de la parole, dans lequel il croit profondément. Son avocate le rappellera bientôt, c’est un bavard – et tout le monde le sent, même dans cet instant où la discussion n’est pourtant pas possible. « La discussion est quelque chose qui m’importe beaucoup. Parler de tout et de rien, de la vie, de tout ça. »
Le procureur pose des questions de flic sur le choix de l’itinéraire pour aller en Irak. Les réponses font du bien et évoquent la nécessité de passer du temps avec des amis, de découvrir le monde.

La présidente le reprend sur le choix des termes : on ne dit pas accusé, mais prévenu. Même si on ne peut pas lui en vouloir parce qu’il n’est pas du métier, « c’est bien de se mettre à la page. » La leçon finie, on passe à la troisième prévenue de la journée.

Elle s’approche de la barre, où elle paraît bien plus petite que ses deux prédécesseurs. Son avocate se tient à ses côtés. La cour fait preuve de beaucoup de prévenances avant de commencer l’interrogatoire, en rappelant qu’elle a dû sortir lors du premier entretien. Elle doit confirmer qu’elle peut répondre. Cette insistance sur une supposée fragilité est d’autant plus déplacée vue la force déployée pendant 90 minutes intenses, parfois étouffantes.

La prévenue commence par faire deux observations. « J’ai été très émue de voir B. ému au point de ne pas pouvoir répondre aux questions. C’est très impressionnant pour moi. » Elle s’arrête de parler, émue. Puis elle reprend avec calme, et une langue impressionnante de précision, de finesse. « Il me semblait important de pouvoir dire dans quelle émotion, forte, j’abordais le procès. Les trois dernières années ont été stressantes et ont un impact sur ma capacité de concentration. Lors de mon placement en garde à vue, j’ai déclaré que je trouvais ce même placement absurde. Ça a été beaucoup repris pendant l’instruction, avec ironie et provocation. Cette absurdité, c’est pourtant la chose la plus sincère que j’ai ressentie. »

La présidente insiste sur le fait que la prévenue a refusé les enquêtes de personnalité et a envoyé une lettre d’explication au juge d’instruction. La cour insiste plusieurs fois sur le fait qu’elle découvre la prévenue pendant l’audience, du fait de ce refus, regretté à de nombreuses reprises par la présidente. « Je ne refuse pas le dialogue ».

La présidente commence par évoquer ses études littéraires. Elle répond : « J’ai toujours aimé lire, aimé les mots. J’ai toujours aimé travailler avec les mots. » Certaines phrases recèlent une profondeur qui semble impressionner la salle, où la tension est palpable face à ce dialogue frontal. À de nombreuses reprises, la prévenue insiste sur le fait qu’elle ne souhaite pas participer aux malheurs du monde : « j’ai enchaîné les contrats courts parce que j’ai toujours voulu me consacrer pleinement à mon travail. Dans les métiers du soin, qui sont épuisants, les gens sont vite épuisés par leurs conditions de travail et ne peuvent pas se consacrer pleinement à leurs tâches. »

La présidente revient une nouvelle fois sur sa présence dans un squat à Toulouse, où sont passés beaucoup d’autres prévenus. On sent venir la corde – assez grossière – de la centralité de ce lieu comme endroit où le « groupe » des sept prévenus se serait rencontré. « J’y suis allé deux fois en tout. »

Plusieurs fois, l’impossibilité d’aller au bout d’une formation d’ambulancière à cause de l’arrestation est rappelée. Le procès a détruit ces vies qui se projetaient pourtant, réellement. Au revers de la présence au tribunal, il y a l’absence de tout ce qui n’a pu advenir.

« Combien d’amis
Vrais je n’ai jamais rencontrés,
Combien de profils de villes
Auraient pu m’arracher des larmes ; » (Anna Akhmatova, Élégies du nord)

Après trois questions insistantes sur les violences en manifestation, la présidente insiste sur le refus d’accepter le principe de l’enquête de personnalité, qui lui semble visiblement inconcevable. Elle va jusqu’à voir dans ce refus un moyen d’enquêter tout de même sur sa personnalité : « ça dit quelque chose de votre personnalité. Vous partez du principe qu’une enquête d’experts ne peut pas être objective. Vous pouvez parler de vous-même mais pas comme un psycho-clinicien. » La réponse, cinglante et si juste : « Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus. »

La tension passe un cran lorsqu’intervient l’assesseure n°2, qui a décidé d’aller encore plus loin dans la paranoïa policière. Je restitue ce long échange d’après mes notes, en espérant qu’il fera sentir tout ce qu’il s’est passé dans ces instants :

Vous renvoyez à cette lettre envoyée au juge d’instruction. Vous avez cette chance d’être cultivée, d’écrire bien, d’avoir des références. Vous parlez d’une « présomption de culpabilité incessante et harassante », vous vous demandez « sous quelle norme d’époque vos propos seront analysés et jugés ». Avez-vous aujourd’hui la même crainte ?

Des mots ont été posés, loin d’être neutres. Il n’a pas été facile de parler. Je ne peux pas dire que ce ressenti fort va perdurer face à vous.

La question est de s’en prendre aux institutions françaises. La justice en est une. Vous critiquez la justice et ne lui faites pas confiance ?
Vous détournez mes mots. […] Oui, dans ma vie, je porte des questionnements. Je me demande toujours, en comparant avec les façons de faire dans d’autres parties du monde, d’autres façons de penser : comment peut-on faire mieux ?
Vous citez Véronique Blanchard et vous parlez de préjugés de classes, de sexisme, de racisme dans la justice. La juge que je suis est obligée de vous demander ce que vous en pensez maintenant.
Je crois qu’on ne peut pas nier que la justice a fait des erreurs. Ces questions ne parlent pas que de moi mais de questions qui traversent toute la société.
C’est peut-être un peu prétentieux, mais le tribunal rend la justice au nom du peuple français…

Bruits dans la salle.

Je pense qu’il y a différentes questions qui se posent, comme dans toute autre institution.
Applaudissements dans la salle. La présidente demande aux policiers de virer la personne qui a applaudi.
Dans quel cadre vous posez-vous ces questions ?
Les policiers virent quelqu’un qui dit ne pas être la personne qui a applaudi.
Madame la juge, j’aimerais qu’il n’y ait pas d’exclusion pendant que je parle. Comment répondre quand on emmène mes proches ?
Plusieurs personnes quittent la salle en soutien. Elles applaudissent une fois dans le couloir et la présidente dit : « ah c’est marrant, tiens ! ». L’autre assesseure enchaîne :
Quand avez-vous fini votre master, et sur quel sujet portait-il ?
C’était un travail de littérature comparée sur trois auteurs, dont j’étudiais la représentation de la guerre. Notamment comment la représentation de la guerre avait pu impacter l’écriture de littérature.
Qu’avez-vous retiré de ce travail de recherche ? Je vous dis ça pour comprendre qui vous êtes, votre conception de la société…
Mon idée était qu’à travers les représentations de la mort, on approche des manières de vivre. C’est quoi, faire deuil ensemble ? Comment peut-on se reconstruire après des événements marquants, comme une guerre ?
On pourrait faire un lien avec vos engagements ultérieurs… Y a-t-il un fil conducteur entre ce travail et vos engagements ?
Je ne vois pas du tout. […] Je ne sais pas du tout comment relier mes études avec mes chefs d’inculpation, avec ça… Mes études se demandaient comment vivre ensemble, et les chefs d’inculpation, c’est l’extrême inverse.
Il y a tout de même la guerre. On peut se questionner sur cet intérêt pour la guerre…
On peut se questionner sur ces questions, et la salle le fait en se regardant avec une gêne qui atteint même certains représentants de la presse, pourtant imperturbables jusque-là.
J’ai étudié des récits de vie qui ne font pas des descriptions de la guerre, mais se demandent comment elle est ressentie.

La fin de l’interrogatoire ressemble aux précédentes. L’avocate de la prévenue profite d’un des PV fait par l’un des deux enquêteurs anonymes, pour rappeler son inanité : il mentionnait que la prévenue avait déménagé dans la même rue que Julien Coupat. « Je l’ai appris grâce à ce PV. »

La ténacité de la prévenue permet d’expliciter tout haut ce à quoi elle s’oppose, qui est si important : ne pas être un sujet, mais un être. Je pense au livre que je lisais tout à l’heure : « C’est dans l’institution d’un sujet prétendument autodéterminé (dont le corrélat est l’arrachement à ce qui le lie et l’attache à la communauté, son appartenance) que peut naître un art libéral de gouverner. (Josep Rafanell i Orra, Petit Traité de Cosmoanarchisme).

Il est 19h passées, la présidente déclare qu’elle a présumé du temps nécessaire pour les discussions et donne rendez-vous au lendemain pour la suite. Devant moi, tout le monde semble étonné (« j’étais chaude pour aller jusqu’à 22h ! ») et interdit par ce sentiment étrange provoqué par ce théâtre si brutal, où la tristesse et la colère se cognent à l’admiration et l’émotion suscitées par la résistance des prévenu·es. Il va en falloir.

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