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Gaza: le «contre-la-montre de survie», avec Jean François Corty, vice-président de Médecins du Monde France

Avec Jean François Corty, vice-président de Médecins du Monde France, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), nous avons parlé du désastre sans nom dans la bande de Gaza, d’Israël, de l’Humanitaire à bout de moyens, sans stocks, sans le moindre préparatif. De ce que l’on peut faire, et comprendre, pour «rester informés et engagés» comme le veut l’une des dévises de l’ONG. On causera dans le calme, et la précision, au plus juste de ce qu’il est possible de faire.

Lors de cette causerie sont aussi évoqués l’indépendance et l’impartialité des ONG comme Médecins du Monde, de leurs obligations à parler avec tous les régimes, y compris les pires du monde. De l’histoire des sans frontièristes, et du poids de l’Histoire sur eux. Sur comment s’organise mondialement l’aide humanitaire. Corty a enfin parlé en détails de la vingtaine de membres de Médecins du Monde à Gaza, parfois sans eau, sans électricité, qui dorment dans leur voiture – comme nombre de civils. Essentiel.

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Jean-François Corty commence par exposer la fonction de Médecins du Monde : soigner, auprès d’une population qui n’a pas la capacité de répondre à ses besoins vitaux, si possible en partenariat avec la population locale, et témoigner, c’est-à-dire documenter cette réalité, pour construire un plaidoyer pour porter la parole de ces gens – le tout en assurant la sécurité des équipes sur place.

Deux principes sont fondamentaux dans cette mission : l’impartialité – essayer d’intervenir des deux côtés d’un conflit – et l’indépendance – assurée par un financement diversifié, avec 50% de fonds propres, issus de donateurs particuliers – qui leur permet d’aller sur des terrains sans attendre le feu vert des gouvernements, notamment sur les terrains des “crises oubliées”.

En théorie, l’action de Médecins du Monde devrait être sanctuarisée grâce au droit humanitaire international, qui a pour vocation de protéger les aidants, les civils, les lieux de soins et les écoles. “En pratique, cet espace est violé régulièrement, et on devient des cibles à part entière” explique Jean-François Corty. Il rappelle qu’une dizaine des membres de l’ONU et du Croissant Rouge local ont été tués par des bombardements. Quant aux équipes de Médecins du Monde, il se dit trés inquiet “elles ne savent pas si demain elles seront encore en vie.” Sans nouvelles de quelques personnes, il lâche “ j’espère qu’elles n’ont plus de batterie…”

Le sujet, ce n’est pas de savoir si Israël est une démocratie. Le sujet c’est de savoir comment une population de 2 millions de personnes va potentiellement disparaitre. Je parle de pronostic vital engagé à court terme […] On est dans une course contre la montre où chaque jour compte pour que des vies soient épargnées.

Jean-François Corty

Les deux déterminants majeurs de cette “situation humanitaire ultime” sont des bombardements massifs (6.000 à 10.000 bombes) dans un territoire très restreint, sur une population hyper dense (2 millions 300 000 personnes) qui n’a pas pu se préparer ; et un siège total et spontané (les frontières maritimes et terrestres sont fermées, y compris la passage de Rafat vers l’Egypte) qui ne permet pas à l’aide humanitaire de pouvoir entrer de manière sécurisée.

Corty s’interroge sur la faisabilité de l’entrée d’une aide humanitaire : il faut que les routes soient accessibles pour acheminer les camions, qu’il y ait des cessez-le-feu pour que les civils puissent sortir chercher cette aide, et que les acteurs humanitaires qui vont gérer soient sécurisés. Il faut aussi, dit-il, que l’aide touche tout le territoire, et notamment le nord de Gaza, où des centaines de milliers de personnes restent encore, “sinon c’est une catastrophe annoncée pour […] 200 000 à 600 000 personnes potentiellement”. Par ailleurs, “pour l’instant on parle de 20 camions, ce qui est dérisoire” rappelle le médecin urgentiste.

C’est le choix de la France d’être partisan, et d’aider, d’avoir décidé d’Israel. C’est un choix. C’est comme ça, il est contestable mais c’est légitime. Mais dans ces conditions, on ne nous dit pas « il faut aider Gaza, il y a une crise humanitaire », sans expliquer pourquoi il y a une crise humanitaire, sinon, on travestit le réel. Et donc ce qu’on attend de Macron, c’est qu’il facilite les négociations, qu’il pèse autant que faire se peut dans les négociations internationales, pour qu’une aide humanitaire puisse effectivement rentrer, puisse être utile, sécurisée, et en même temps, qu’il dénonce pourquoi cette aide est nécessaire.

Jean-François Corty

Jean-François Corty expose ce que Médecins du Monde attend des élus : dénoncer les déterminants de cette crise humanitaire, dénoncer les atteintes au droit humanitaire international, peser autant que faire se peut dans les négociations pour qu’une aide puisse rentrer de façon sécurisée sécurisée, mais aussi dénoncer les annonces impossibles du gouvernement israëlien, qui demande le déplacement d’un million de personnes sous les bombes.

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