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Julia Grignon, directrice scientifique de l’IRSEM, présidente de la sous commission Droit international humanitaire et action humanitaire de la CNCDH Jean-François Corty, médecin, vice-président de Médecins du Monde et chercheur associé à l’IRIS Louise Bichet, responsable des opérations Moyen-Orient de Médecins du Monde, de retour de Gaza

Gaza, désastre en direct

Soirée débat en public spéciale Gaza, en collaboration avec Medecins du Monde: cessez le feu, bilan humain, sanitaire, la famine qui guette, l’acheminent humanitaire, la Cour Internationale de Justice qui a ordonné à Israël de «prévenir et punir» l’incitation au «génocide », la place du droit international, les ONG qui doivent se réinventer.

Etaient avec nous Louise Bichet, responsable des opérations Moyen-Orient de Médecins du Monde, de retour de Gaza, pour un témoignage de retour du terrain ; Julia Grignon, directrice scientifique de l’IRSEM, présidente de la sous-commission Droit international humanitaire et action humanitaire de la CNCDH, pour nous parler du Droit International Humanitaire en péril, et Jean-François Corty, médecin, vice-président de Médecins du Monde et chercheur associé à l’IRIS.

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La causerie en quelques mots

L’ONG Médecins du Monde est présente dans la bande de Gaza depuis 2006. Avant les attaques du 07 octobre 2023, c’étaient 20 personnes, et depuis 27 qui s’activent dans des conditions calamiteuses dues d’une part au blocus hermétique imposé par l’armée israélienne, au mépris total de la Convention de Genève qui ordonne aux armées de garantir sans obstacle l’accès de l’aide humanitaire aux populations civiles, et d’autre part, aux besoins immenses générés par ces mêmes opérations militaires.

On prend la parole pour défendre des valeurs et un cadre interventionnel qui est celui du droit humanitaire international. […] On parle de ce qu’on voit sur le terrain, parce qu’on trouve dégueulasse le « deux poids, deux mesures » concernant les populations civiles des différents conflits en cours, et parce qu’on est terrifié par le sort de nos équipes sur place. Et rien que pour cela, on va sur tous les plateaux, quand bien même on reçoit une flopée d’insultes sur les réseaux sociaux, des menaces de mort. Mais il en va de notre responsabilité.

Jean-François Corty, vice-Président de MdM

Louise Bichet, de retour de la bande de Gaza, est claire sur le fait qu’il n’y existe aucun lieu sûr aujourd’hui. La ville de Rafah, au sud, d’ordinaire peuplée de 200.000 habitants, en héberge aujourd’hui environ 1 million. L’espace public est jonché de tentes et d’abris de fortune. Aucun service ne fonctionne, à commencer par le traitement de l’eau ou des ordures. La vie quotidienne est rythmée par la quête de nourriture, il faut compter trois heures en moyenne pour obtenir du pain dans les rares boulangeries encore ouvertes. Enfin, les tirs et bombardements sont quotidiens, et la menace d’une incursion terrestre de Tsahal se fait pressante depuis des semaines. L’aide humanitaire rentre au compte-goutte, par Rafah qui est la seule entrée du territoire, après une fouille minutieuse et zélée de chaque carton de chaque camion par les services israéliens.

Dans le nord et le centre de la bande de Gaza, il y a déjà des poches de famines, qui menacent de se généraliser d’ici l’été si la situation persiste selon un rapport de l’IPC (1). Le système de santé est évidemment au bord de l’extinction, seuls deux ou trois hôpitaux subsistent mais manquent de tout. Depuis novembre,  à Gaza, on meurt de maladies dont on connaît pourtant les traitements.

Je ressens ce qu’il se passe à Gaza comme une rupture. Il y a eu plus de 150 morts des Nations Unies, nous [Médecins du Monde] avons perdu un médecin, Médecins Sans Frontières a perdu une dizaine de ses membres. Des centaines de soignants sont morts sous des bombardements indiscriminés, comme jamais nous n’en avons vu lors de conflits contemporains.

Jean-François Corty

Selon Jean-François Corty, Israël n’a pas adapté la façon dont son armée conduit les opérations depuis les injonctions de la Cour Internationale de Justice (CIJ) du 26 janvier 2024, à savoir de prévenir et punir les incitations au génocide. L’armée a bombardé des centres de santé et des lieux très proches d’hôpitaux, elle enjoint la population à se déplacer dans des zones à risques, des zones qu’elle bombarde et où l’aide humanitaire est quasiment absente – un tiers de la mortalité à Gaza l’était déjà dans le sud du territoire quand l’armée israélienne appelait les Gazaouis à s’y rendre. 

Le droit international en question

Julia Grignon explique que le droit international a une utilité pour caractériser de manière concrète ce qu’il se passe sur place. Ce dernier, en ce qui concerne le droit de la guerre et le droit humanitaire, se base sur la Convention de Genève dont tous les pays du monde sont signataires. Notamment, il définit la notion d’« objectif militaire » comme un bien matériel (site ou bâtiment) constituant un avantage militaire en soi (une caserne militaire par exemple) ou bien « par destination », quand le bâtiment en question est utilisé à des fins militaires pendant le conflit. Le droit de la guerre requiert donc d’étudier chaque opération militaire, au cas par cas, pour déterminer si elle vise un objectif militaire ou non. Comme toutes les armées du monde, l’armée israélienne est formée à ce droit, et est théoriquement en capacité de mener ses opérations en conformité avec celui-ci.

Sur la conduite des hostilités, c’est-à-dire les biens qui sont attaqués, il faut regarder les choses avec distance ; en revanche, sur le déplacement de populations et l’accès à l’aide humanitaire, il n’y a aucun doute, il n’y a pas de discussion à avoir [sur le fait qu’Israël ne respecte aucunement le droit international sur ces sujets].

Julia Grignon

Pour rester dans les termes de la CIJ, les intervenants préfèrent s’en tenir au « risque de génocide » pour qualifier la situation, mais les discours de hauts dignitaires israéliens sur les « animaux humains », la responsabilité de tous les Palestiniens dans les attaques du 07 octobre 2023, appuient l’idée d’une volonté génocidaire de leur part. Cette prudence dans le discours suscite la désapprobation d’une partie des spectateurs dans le tchat, qui estiment le droit impuissant, froid et privateur de la capacité à s’indigner, alors même que la rapporteure spéciale aux Nations Unies sur les questions palestiniennes, Francesca Albanese, parle d’actes génocidaires. Pour Julia Grignon, au contraire, le droit est un outil pour rendre son militantisme plus efficace, en visant au plus juste. C’est aussi un langage international, qui peut être entendu, s’il est soutenu politiquement, par les instances accusées de tels crimes ; en témoigne le recul relatif de Benjamin Netanyahu sur une éventuelle offensive terrestre à Rafah après les visites de chefs de gouvernements occidentaux. La juriste insiste sur le fait qu’il n’est pas souhaitable d’attendre le juridique pour dénoncer la situation et agir : l’urgence est de faire rentrer l’aide humanitaire dans la bande de Gaza à la hauteur des besoins.

En droit international, la qualification de génocide demande des preuves tangibles qui nécessitent souvent plusieurs années à réunir. Mais cette qualification juridique n’est pas si importante, devant le fait que des crimes de guerre sont commis en ce moment dans la bande de Gaza. Et c’est déjà suffisamment grave, ça devrait suffisamment nous révolter. […] Je ne vais pas attendre dix ans et une éventuelle qualification juridique pour prendre la parole sur le fait qu’en ce moment-même, une population est en train d’être anéantie.

Julia Grignon

L’humanitaire d’État et celui des ONG

L’aide humanitaire nécessite d’être mise en œuvre sérieusement et avec de vrais moyens : on ne laisse pas un camion circuler sans protection et opérer des distributions sans organisation auprès d’une population si profondément dans l’urgence alimentaire, au risque de voir les scènes que l’on a vues très récemment où une distribution a viré à la catastrophe et où des centaines de personnes sont décédées. De plus en plus, les États tentent de récupérer pour eux-mêmes l’humanitaire comme un moyen de se donner bonne figure, parfois en empiétant sur le travail des ONG elles-mêmes : baisse des dotations, remise en cause de leur travail comme par exemple celui de l’UNRWA. Selon Jean-François Corty, dans les années 1980, lorsqu’une ONG comme Médecins du Monde ou Médecins Sans Frontières s’exprimait, les gouvernements écoutaient, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. En étant éloignées de fait de leurs partenaires institutionnels, le champ d’action des ONG est parfois restreint, et ces organisations se voient attaquées dans les médias pour ne pas assez agir y compris dans des modes d’actions qu’elles ne possèdent pas ou plus.

C’est grâce aux dons que les ONG telles que Médecins du Monde peuvent engager immédiatement de l’aide humanitaire, sans attendre les projets de bailleurs institutionnels ou étatiques. Même si les conditions sont rendues difficiles – manifestations pro-palestiniennes systématiquement interdites – il est important de continuer à s’exprimer, mobiliser les outils que nous avons, tant que nous les avons, s’appuyer sur les petites victoires obtenues. La volonté de l’humanitaire contemporain, qui travaille à se débarrasser de ses anciens réflexes néo-coloniaux, est de rendre à chacun les moyens de son indépendance et de ses choix. En s’en inspirant, nous pourrions assumer de manière décomplexée les valeurs humanistes à notre niveau. Sans jamais oublier que l’humanitaire reste un pansement sur les plaies béantes qui surviennent lorsque le politique et le diplomatique échouent.

Je suis atterré de voir que l’on a des États qui se gargarisent d’une sémantique humanitaire – « on fait quelques largages, on fait venir quelques bateaux » – alors que ce n’est pas là qu’on les attend. On les attend sur des mesures diplomatiques fortes pour faire respecter les cadres internationaux. C’est une manière de dépolitiser l’humanitaire et de ne pas dénoncer ce qui la rend difficile à Gaza, à savoir le blocus total de l’armée israëlienne.

Jean-François Corty

(1) Bande de Gaza : la famine est imminente alors qu’1.1 millions de personnes, soit la moitié de Gaza, vivent une insécurité alimentaire catastrophique – 18 mars 2024 – https://www.ipcinfo.org/ipcinfo-website/alerts-archive/issue-97/en/

Trois questions clés

Qui est Jean-François Corty ?

Jean-François COrty est médecin, vice-président de Médecins du Monde et chercheur associé à l’IRIS.

Qui est Julia Grignon ?

Julia Grignon est directrice scientifique de l’IRSEM, présidente de la sous-commission Droit international humanitaire et action humanitaire de la CNCDH.

Qui est Louise Bichet ?

Louise Bichet est responsable des opérations Moyen-Orient de Médecins du Monde. Au moment de l’émission, elle était tout juste de retour de Gaza.

Peut-on parler de génocide à Gaza ?

En droit international, la qualification de génocide demande des preuves tangibles qui nécessitent souvent plusieurs années à réunir. Selon Julia Grignon “cette qualification juridique n’est pas si importante, devant le fait que des crimes de guerre sont commis en ce moment dans la bande de Gaza. […] Je ne vais pas attendre dix ans et une éventuelle qualification juridique pour prendre la parole sur le fait qu’en ce moment-même, une population est en train d’être anéantie.”

Qu’est-ce que l’humanitaire d’Etat ?

Pour Jean-François Corty, l’humanitaire d’Etat est le fait de “se gagariser d’une sémantique humanitaire”, de récupérer le travail humanitaire “comme un moyen de se donner bonne figure, parfois en empiétant sur le travail des ONG elles-mêmes : baisse des dotations, remise en cause de leur travail comme par exemple celui de l’UNRWA.” Il ajoute “C’est une manière de dépolitiser l’humanitaire et de ne pas dénoncer ce qui la rend difficile à Gaza, à savoir le blocus total de l’armée israëlienne.”

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