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Nora Bouazzouni Mathilde Larrère David Dufresne Françoise d’Eaubonne

Françoise d’Eaubonne, «sale conne» et pionnière écoterroriste

Françoise d’Eaubonne a posé des bombes, inventé l’écoféminisme et écrit sans relâche. Longtemps oubliée, elle revient aujourd’hui au cœur des débats politiques. David Dufresne raconte une enquête familiale devenue traversée historique. Archives policières, journaux intimes, luttes radicales et joie subversive. Une vie passée à secouer l’ordre établi, sans jamais renoncer à la liberté.

Sur Françoise d’Eaubonne, certains, certaines, savent qu’elle est celle qui a pensé et nommé l’éco-féminisme, reliant l’oppression patriarcale des femmes et l’exploitation capitaliste de la Terre. Mais qui sait qu’on lui doit aussi le mot de phallocrate ? Qu’elle a monté un comité saucisson dans le cadre de la lutte pour le droit à l’IVG ? Qu’elle s’était engagée dans la Résistance, puis au PC qu’elle quittait en 1956? Qu’elle a participé à l’occupation de l’Odéon en 1968, au Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire au début des années 70, et qu’elle a même… posé une bombe à Fessenheim ! Sacré nana ! Mais aussi « impossible grand-mère » comme le dit le sous-titre du livre que lui consacre David Dufresne.

A l’animation: Nora Bouazzouni et Mathilde Larrère. Pour parler des luttes des années 1960-80, sociales, féministes, écologiques, LGBT, convergence ou complémentarité des combats ? On a discuté répertoire d’action (violence ou non violence ? comment faire de la lutte une fête ?). On a posé la question des sources pour écrire l’histoire de cette femme (« écrire avec Françoise plutôt que sur Françoise » dit David Dufresne), de ce que peut être une « enquête intime ». Et surtout, on s’est demandé que nous apprend la vie de Françoise d’Eaubonne, ce qu’elle nous lègue pour essayer, aujourd’hui, de continuer le combat et ne pas se laisser abattre.
Mathilde Larrère

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La rencontre avec Dufresne David

  • David Dufresne explique que ce livre n’est ni une autobiographie déguisée ni un simple récit familial, mais le résultat d’un moment précis de sa vie où il s’autorise enfin à regarder en arrière. Il affirme qu’« il fallait basculer dans un âge qui commence à être avancé » pour pouvoir « regarder dans le rétroviseur », tout en précisant qu’il n’a jamais voulu écrire « un livre sur l’héritage » mais bien sur « l’activiste Françoise d’Eaubonne ».
  • La figure de Françoise d’Eaubonne est présentée comme celle d’une rupture radicale avec son milieu d’origine, marqué par le maréchalisme. Dufresne insiste sur ce moment fondateur où, malgré son attachement à sa famille, « elle va rejoindre la résistance » et « briser l’héritage » idéologique de ses parents, décrivant cette décision comme « une rupture idéologique » qu’il juge « absolument admirable ».
  • Le travail sur les archives policières révèle moins la personnalité de Françoise d’Eaubonne que le regard biaisé de l’institution qui la surveille. Dufresne souligne le caractère misogyne et approximatif de ces documents, citant cette note où elle est désignée comme « Françoise Piston-d’Eaubonne, qui se dit écrivain », et rappelant que ces archives sont « très souvent à côté de la plaque » mais précieuses pour comprendre « l’état d’esprit policier ».
  • Les journaux intimes de Françoise d’Eaubonne constituent un matériau central mais parfois éprouvant, notamment lorsqu’ils abordent sa sexualité et sa vie intime. Dufresne reconnaît que « la sexualité de Françoise, de ma grand-mère, c’était pas ce que je cherchais », tout en expliquant qu’il s’est senti autorisé à écrire parce qu’il a compris qu’« elle brûlait d’envie que tout ça soit raconté » et qu’« elle désigne différentes personnes comme biographes ».
  • La violence politique de Françoise d’Eaubonne est replacée dans son contexte historique et pensée comme une réponse à la violence institutionnelle. Dufresne rappelle qu’elle revendique une « contre-violence » et qu’elle sait d’expérience que « le terroriste de l’un est le résistant de l’autre », notamment parce qu’« on a imposé le tout nucléaire sans débat » et que « le vernis démocratique a craqué ».
  • Les sabotages de Fessenheim sont décrits comme un acte politique réfléchi visant à provoquer un débat public, et non comme une recherche de destruction aveugle. Le communiqué qu’elle rédige affirme explicitement : « Nous avons pris toutes les précautions possibles pour que ne soit menacée aucune vie humaine », dans l’espoir « d’arrêter ou retarder le fonctionnement de cette centrale », acte qu’elle qualifiera plus tard de « sommet de ma vie ».
  • La joie apparaît comme un moteur essentiel de l’engagement de Françoise d’Eaubonne, indissociable de sa conception de la liberté. Dufresne insiste sur cette dimension souvent oubliée, rappelant qu’elle chantait, riait, racontait des histoires, et qu’elle résumait son désir posthume en deux phrases : « qu’est-ce qu’on s’est marré avec elle » et « si j’ai pu aider quelques-uns à être un peu plus libre ».
  • L’oubli durable de Françoise d’Eaubonne est expliqué par son refus des institutions et des structures de pouvoir. Dufresne note qu’« elle n’est protégée par aucun parti », qu’« elle n’a pas de diplôme universitaire » et qu’elle a souvent été « trop écolo pour les féministes et trop féministe pour les écolos », un positionnement qui a contribué à son effacement avant son retour récent dans le débat public.

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