Média 100% indépendant, en accès libre, sans publicité, financé par ses 920 donatrices et donateurs ce mois-ci !

Faire un don
Faire justice par Elsa Deck Marsault

Faire justice (en milieu militant)

C’est un ouvrage (La Fabrique Editions) courageux, et nuancé, signé Elsa Deck Marsault, sur un sujet sensible: comment faire justice sans singer la pire de justices punitives? Comment résoudre les VSS dans leur caractère global et systémique?

Comment appliquer la justice transformatrice dans les milieux associatifs, militants, autonomes, communautaires, sans tomber dans les pires travers? Des exclusions qui conduisent au suicide, le harcèlement qui se mue en attaque collective, la morale qui confine à une soif de pureté.

Elsa Deck Marsault a cofondé Fracas – collectif queer et féministe d’aide à la gestion de conflits interpersonnels, de violences et d’agressions au sein de collectifs.

Merci!

Article en accés libre grâce aux donatrices & donateurs.
Je donne pour

Soutenir un site 100% autonome
Renforcer le débat public sur les libertés publiques
Bénéficier de 66% de réduction d'impôt

Et je ferai un don plus tard (promis!)

Sans médias indépendants, pas de riposte.

Libertés publiques, politique, cinéma, Histoire, littérature & contre-filatures. #AuPoste invite chercheur·es, écrivain·es, philosophes, sociologues, avocat·es, punks et punkettes, cinéastes, artistes et hacktivistes, écoterroristes, féministes.

Crée en 2021, #AuPoste pose un regard critique sur le monde, puisant dans l'histoire, les sciences sociales, les actions et réflexions engagées. L'émission traque les coups de boutoir fait, comme jamais depuis 50 ans, aux libertés individuelles et fondamentales. Vigie autant qu'aiguillon, #AuPoste nourrit le débat public sur les libertés publiques. En nous aidant, vous le renforcez à votre tour.

#AuPoste n’a ni propriétaire milliardaire ni actionnaires. Sans publicité, sans intérêt financier, vos seuls dons sont notre seul rempart. Aucune force commerciale ni politique n'a d'influence sur notre travail.
Chaque contribution compte, même modique. A prix libre, chacun contribue à la hauteur de ses moyens, et de ses besoins (et anonymement, si souhaité). Les dons récurrents sont le moyen idéal pour nous nous permettre de pérenniser notre travail de fond. Chaque année, nous publions un bilan complet.

Chaque don contribue à maintenir nos contenus disponibles / par tout le monde / à tout instant et partageables. Nos enquêtes, nos émissions, nos podcasts: tout est en gratuit. Mais coûteux à produire.

Déductions fiscales

Je fais un don #AuPoste et, si je le souhaite, je deviens un Bernard Arnault de la contre-information:

Je suis un particulier: je bénéficie d'une réduction d'impôt à hauteur de 66%. Ainsi un don de 100€ me revient à 34€.

Mon reçu fiscal m'est directement envoyé par J'aime l'info, l’organisme d’intérêt général, qui collecte les dons pour #AuPoste.

Mes nom et adresse ne seront jamais divulgués. Les dons se font de manière entièrement privée. A tout moment, je peux suspendre, annuler ou ajuster mes dons.


A quoi servent vos dons

Préparation et animation des émissions, salaires (journalistes, modératrices, développeurs), locaux et frais courants, graphistes, supports techniques, matériel (tournage, montage), abonnements-soutiens à la presse indépendante.

Toutes les infos dans DONS, et dans le bilan complet 2023 #AuPoste.

La causerie en quelques mots

Partant de son vécu militant, Elsa Deck Marsault s’est volontairement positionnée en chercheuse, liant son expérience de la lutte à la théorie. Elle relie les processus à l’œuvre, au prisme de ce que les pratiques punitives propres à nos sociétés amènent à reproduire et à agir dans les collectifs de lutte. Son cheminement éclaire sur l’origine de la violence, méconnue, qui se rajoute à des faits de violence déjà présents dans les groupes. Elle a élaboré, à travers le collectif Fracas, un dispositif et des outils d’accompagnement des personnes qui ne souhaitent pas passer par la justice punitive pour résoudre les violences.

Chose rare, soulignée par David Dufresne, l’autrice a le courage de faire le ménage à la maison. Elle prend le risque de nommer les guerres intestines dans les collectifs de gauche pour les penser et les transformer. Ceci alors que le constat du radicalisme à l’œuvre dans ces conflits peut être récupéré politiquement par la droite, l’extrême-droite ou les auteurs de violence (sous les termes de cancel culture, de wokisme).

 C’est quoi, faire mieux que la police ?

Mtpsn dans le chat

À travers des exemples très précis, Elsa Deck Marsault illustre les processus qui agissent dans les situations de violence. La complexité qui s’y joue est parfois niée du fait de l’immédiateté et de la dimension publique des call out (une dénonciation publique nominative d’une personne pour un acte qu’elle aurait commis ou des mots qu’elle aurait dit). Passer par une médiation s’avère nécessaire pour appréhender la dimension collective du processus, à travers la prise en compte du groupe. Par exemple, celui-ci peut exercer une pression à travers l’injonction à la victime de parler, l’influençant dans un moment de fragilité et décidant pour elle. Ce phénomène reproduit une justice immédiate portée par un point de vue individuel.

En effet, l’un des ressorts qu’Elsa Deck Marsault met en lumière est la dimension individuelle de désir de puissance qui se joue, en raison d’un sentiment actuel d’échec dans les luttes de la gauche. L’autrice propose des pistes pour retrouver une dynamique de groupe portée par des valeurs collectives créatrices, plutôt que de mobiliser les mêmes ressorts que ceux que nous dénonçons : l’exclusion, l’humiliation, les menaces. Faire pire que la police, c’est prétendre être dans des espaces sécurisés, alors qu’on reproduit ces violences.

À l’heure où les forces réactionnaires semblent de plus en plus puissantes et vont jusqu’à utiliser nos dissensions contre nous-mêmes, produire une critique publique de nos contradictions internes peut apparaître comme une trahison.

Elsa Deck Marsault

Témoignant de son écriture du livre, l’autrice ajoute à quel point la crainte de subir la violence qu’elle dénonçait, du fait de la nommer, l’a accompagnée tout au long de sa rédaction. Néanmoins, l’urgence de tenter d’éviter la perte d’énergie que génèrent les conflits, l’a emporté sur la peur de la récupération… qui n’a finalement pas eu lieu, lors des présentations du livre.

Mobilisant lui aussi une crainte introspective, David Dufresne questionne Elsa Deck Marsault sur les paroles qu’il doit éviter, en tant qu’homme lors de cet échange. Ce à quoi, elle répond dans un sourire et avec sagesse que justement il faut se parler.

Le moralisme progressiste

Elsa Deck Marsault définit le moralisme progressiste comme la posture centrée sur des actes et des symboles, à la recherche d’une pureté morale militante, plutôt qu’à la recherche d’une lutte commune, traversant les désaccords et les conflits. Ces personnes se situent dans une position individuelle plutôt que collective.

Avec humilité, Elsa Deck Marsault évoque avoir été dans cette posture extrêmement radicale qui juge l’autre avant de se regarder soi-même et ajoute qu’elle peut regarder cette posture avec tranquillité maintenant, du fait de l’avoir traversée et d’en connaître les écueils.

On baigne dans cette idéologie néolibérale-là où l’individu tout puissant doit tout le temps se regarder pour éviter de heurter les autres.

Elsa Deck Marsault

David Dufresne souligne que dans la lecture passionnante de son livre, il n’est pas précisé si ces étapes de radicalité sont nécessaires.  L’autrice répond que l’entrée dans la lutte se fait dans une colère, portée par les impasses de la gauche depuis longtemps. Cette colère vient de quelque part, elle est à rediriger et non à s’infliger, car c’est un moyen de retrouver de la puissance.

Il n’y a plus une diversité de façons d’être féministe mais une bonne et de nombreuses mauvaises manières de l’être. Tout se passe ici comme si le nombre de personnes adhérant à une vision des choses rendait cette dernière véridique et incontestable. Il devient alors quasi impossible de se dérober au mouvement ou d’aider la personne visée sans se voir cibler par le groupe.

Elsa Deck Marsault
La justice transformatrice

Les principes de la justice transformatrice questionnent l’origine de la violence dans toutes les dimensions de la situation, en prenant en compte la victime, l’auteur et le groupe, et en les inscrivant dans un processus de transformation de soi dans une temporalité.

Cette justice, abolitionniste, accompagne les personnes victimes, les auteur.ices de violence, mais aussi le groupe, qui est souvent l’impensé total des institutions pénales et judiciaires, alors qu’il influence les situations individuelles. En effet, pour réduire les VSS (violences sexistes et sexuelles), la militante féministe insiste sur la nécessité de travailler avec les auteurs de violence afin de réduire les récidives, mais développe également l’importance du groupe, qui peut être aussi bien un lieu d’émancipation que la source d’une forte pression.

Par exemple, le cas des fausses accusations dans les VSS peuvent être le résultat de la pression du groupe, et démontre la nécessité de prendre en compte la complexité du contexte. De même, quand le sentiment d’impuissance de la justice fait basculer dans une recherche de puissance par une vengeance brutale, cela fracture notre humanité et nécessite une médiation. Il s’agit de questionner les rapports de pouvoir qui ont amené à la situation de violence.

À la différence de la justice punitive, le but de la justice transformatrice n’est pas de juger mais de comprendre pourquoi et comment les faits ont eu lieu, ce qui a été vécu, ce qui est ressenti, et quels dispositifs peut-on mettre en place pour que cela n’arrive plus. 

Au regard des pratiques punitives en cours au nom du féminisme abolitionniste, il semble que nous sommes passés de procès sans peines, à des peines sans procès, renversement caractéristique de la société néolibérale.

Elsa Deck Marsault

Illustrée dans le film de Jeanne Herry «Je verrai toujours vos visages», la justice restaurative, vise, elle, à réparer le lien qui a été brisé, sans prendre en compte le contexte. Elle commence à être mise en place par le Ministère de la Justice.

Abordant en conclusion, les questions autour de #Metoo, de la position des partis politiques, de l’idéologie comme cause unique explicative ou le cas des personnes avec des difficultés psychopathologiques, l’autrice nuance les points de vues, tisse des fils entre les domaines. Ouverte à la critique, elle reconnaît avec humour ne pas avoir encore de stratégie pour abattre le capitalisme (un reproche qui lui fut fait par Révolution Permanente), mais son témoignage transmet la force vitale et humaniste de s’appliquer à aller au fond des choses.

Cap sur les 1000 donateur·rice·s !
Faire un don
Total
0
Share