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Pouria Amirshahi Mathieu Martinière

De l’Assemblée à Interpol: deux fronts contre l’impunité policière

À l’Assemblée nationale comme sur la scène internationale, deux alertes convergent. Le député Pouria Amirshahi raconte comment une proposition de loi sur la légitime défense policière a failli faire basculer l’État de droit, avant d’être stoppée in extremis. Dans le même temps, le journaliste Mathieu Martinière révèle comment Interpol est instrumentalisée par des régimes autoritaires pour traquer opposants, journalistes et militants. Deux fronts, une même question : jusqu’où laisser l’impunité s’installer au nom de la sécurité ?

Au menu ce lundi : A 7h30, on convoque Pouria Amirshahi (Député Écologiste et Social de Paris) pour qu’il nous raconte l’incroyable bordel à l’Assemblée nationale, jeudi dernier, autour d’un amendement qui entendait adopter la présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes. C’était un jour de niche LR, transformé en alliance RN/Droite.

A 8h30: le journaliste d’investigation Mathieu Martinière sera avec nous pour narrer le scandale des Interpol Files, qu’il révèle ce lundi matin même avec Disclose et la BBC: comment les moyens colossaux de l’agence de police internationale sont détournés par les pays les plus répressifs au monde.

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La rencontre avec Pouria Amirshahi et Mathieu Martinière

Pouria Amirshahi décrit la proposition de loi LR comme « une extension du champ de tir à vue des policiers », soulignant qu’elle instaurait une présomption de légitime défense dans un contexte déjà marqué par une augmentation des morts lors d’interpellations depuis 2017. Il rappelle que « cette extension ne pouvait que produire une forme de lâcher-prise, d’impunité par avance ».

Il explique que la mesure centrale du texte reposait sur « une inversion de la charge de la preuve », où « ce n’est plus au policier de prouver qu’il était en situation de légitime défense, mais au parquet de démontrer l’illégalité du tir ». Selon lui, « c’est devenu complètement fou ».

Amirshahi relie cette proposition à une dynamique politique plus large : « on assiste à l’accélération de la fusion entre une partie de la droite et de l’extrême droite », ajoutant que « le corps de la réaction se réorganise autour du RN ».

Il insiste sur la fragilité du contrôle policier en France : « deux tiers des fonctionnaires de police ne répondent pas à leurs obligations de formation continue sur les techniques d’intervention », citant la Cour des comptes, et alerte sur « des pouvoirs exorbitants donnés au pouvoir administratif ».

Revenant sur la riposte parlementaire, il détaille la stratégie collective : « on a multiplié les amendements, les sous-amendements, les suspensions de séance », afin de « tenir le plus longtemps possible » jusqu’à l’expiration de la niche parlementaire.

Mathieu Martinière révèle que son enquête repose sur « des milliers de documents internes à l’organisation policière », montrant que « des pays autoritaires vont instrumentaliser Interpol pour traquer des opposants politiques ».

Il précise que les notices rouges, censées viser des criminels, sont détournées : « la majorité des personnes sur notice rouge vont le découvrir quand elles seront arrêtées », rappelant que « à peine 10 % des notices sont publiques ».

Martinière souligne que « les deux tiers des trente pays qui émettent le plus de notices rouges sont des régimes non démocratiques », avec « la Russie largement en tête », suivie notamment par « le Tadjikistan, un pays de dix millions d’habitants ».

Il cite des conséquences concrètes : arrestations, détentions prolongées, extraditions, affirmant que « les conséquences d’une notice rouge peuvent être énormes ».

Enfin, il pointe l’absence de recours effectif : « il n’y a pas de mécanisme d’appel », expliquant que « c’est un vrai problème démocratique » pour une organisation capable d’affecter directement la liberté de milliers de personnes.

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