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Un jour de 2020, le couperet tombe: le dessinateur Jean-Christophe Chauzy, un des êtres les plus aimables que porte la planète, apprend qu’il est atteint d’une leucémie aiguë. La mort guette, l’hôpital devient sa chambre, et sa chambre un hospice à cauchemars. Sa moelle osseuse ne produit plus de plaquettes. Le pronostic vital est engagé, une greffe va être tentée, sa sœur Corinne sera la donneuse. Chauzy se bat comme un lion. Mais comment rester aimable, mari, père, frère? Tiré d’affaire, il témoigne de ces heures sombres de sa vie, et de l’espoir de la guérison dans son nouveau roman graphique Sang Neuf (Casterman). Dans une autre vie, Chauzy a bossé avec différents scénaristes comme Denis Lapierre ou Thierry Jonquet. On lui doit même des dessins magnifiques dans un petit fanzine, bien (dé)favorablement connu de nos services, Combo

Chauzy, l’indomptable et le «sang neuf»

Un jour de 2020, le couperet tombe: le dessinateur Jean-Christophe Chauzy, un des êtres les plus aimables que porte la planète, apprend qu’il est atteint d’un un truc barbare au nom barbare: la myélofibrose.

La mort guette, l’hôpital devient sa chambre, et sa chambre un hospice à cauchemars. Sa moelle osseuse ne produit plus de plaquettes. Le pronostic vital est engagé, une greffe va être tentée, sa sœur Corinne sera la donneuse. Chauzy se bat comme un lion. Mais comment rester aimable, mari, père, frère? Tiré d’affaire, il témoigne de ces heures sombres de sa vie, et de l’espoir de la guérison dans son nouveau roman graphique Sang Neuf (Casterman). Dans une autre vie, Chauzy a bossé avec différents scénaristes comme Denis Lapierre ou Thierry Jonquet. On lui doit même des dessins magnifiques dans un petit fanzine, bien (dé)favorablement connu de nos services, Combo!

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La causerie en quelques mots

C’est un épisode d’Au Poste « à l’ancienne » (comprendre « en visio ») qui se tient en ce jeudi matin. Mais cette distance physique est imperceptible, tant la complicité entre l’invité du jour, Jean-Christophe Chauzy, et le maître des lieux, David Dufresne, crève l’écran. Le sujet de l’oeuvre de Chauzy semblait pourtant lourd, c’est néanmoins un échange plein d’amitié et de nostalgie joyeuse qui se déroule sous nos yeux.

En effet, quelques jours auparavant sortait la dernière bande dessinée de Chauzy, Sang Neuf (Casterman), un récit autobiographique qui traite de son combat contre la maladie, la myélofibrose, depuis l’annonce par le médecin jusqu’à sa rémission totale, en passant bien sûr par les semaines d’hospitalisation, la chimiothérapie, ou la greffe de moelle osseuse dont il a pu bénéficier.

S’est engagé à partir d’avril 2020, en plein confinement due à l’épidémie de Covid, un long traitement et une longue convalescence d’au moins deux ans, à l’issue de laquelle je me suis dit que peut-être je disposerais d’un contenu existentiel un peu solide pour pouvoir le raconter.

Jean-Christophe Chauzy

Quelques considérations techniques.

Figure toi que hier, non avant-hier quand j’ai dit, « ouais je reçois Jean-Christophe Chauzy », les gens m’ont dit, « mais tu connais quoi en BD? »

C’est vrai, je ne connais rien. Je ne connais rien. Je ne vais pas faire le malin. 

David Dufresne

Tout d’abord, s’agit-il d’une bande dessinée ou d’un roman graphique ? Tout le monde, y compris le tchat, est unanime : ces deux termes désignent un même objet, le second n’étant qu’une escroquerie pour tenter de redonner une forme de noblesse à la BD. 

Cependant, ce qui est indéniable, c’est que c’est l’aspect dessiné (ou graphique, choisissez votre camp !) qui attire d’abord l’oeil du lecteur. Les cases ne comprennent pas énormément de texte, mais le choix des couleurs, des techniques, l’agencement des cases, tout est parfaitement maîtrisé pour retranscrire les émotions de l’auteur.

Moi sur Sang Neuf, l’ambition que j’avais, c’était d’une part de témoigner de la violence ou de l’expérience que j’avais subie et que subissent un tas de gens en passant par la case hôpital ou quelles que soient les maladies qui les atteignent. Mais d’un autre côté, mon intention profonde, c’était d’en faire un livre de bande dessinée costaud, c’est-à-dire qui interroge le médium, qui fouille dans la boîte à outils de ce que permet la bande dessinée pour raconter les montagnes russes par lesquelles je suis passé, en fait, et qui tiennent au rapport que tout d’un coup la maladie crée avec mes enfants, avec ma femme, avec mes parents. Il faut voir qu’autour du malade, tout l’entourage morfle.

Jean-Christophe Chauzy

La technique du lavis lui permet d’établir un rapport avec sa maladie. Le dessin est d’abord tracé à l’encre de chine, sur un papier aquarelle qui peut absorber de grandes quantité d’eau, puis est lavé, éclairci, avec beaucoup d’eau, afin d’obtenir différents niveaux de gris. Le papier devient alors comme la moelle une substance spongieuse, qui va donner des formes et des couleurs plus ou moins précises, nettes, maîtrisées au fur et à mesure du traitement qu’on lui inflige.

C’est du lavis ? C’est marrant comme nom de technique pour parler d’un mec qui frôle la mort !

David Dufresne

L’histoire, bien qu’autobiographique, comporte quelques parts de fiction, comme cette rencontre avec une autre patiente subissant une chimiothérapie. L’ajout de ce personnage reflète les discussions qu’il aurait aimé avoir à ce moment-là, et les questionnements et doutes auxquels il a été confronté.

Au moment où on flingue ma moelle, je n’ai aucune immunité. Ce qui veut dire que si je chope le Covid, je meurs. Et donc pendant cette séquence d’un mois et demi en chambre stérile, je n’ai aucune visite. C’est-à-dire que, de l’extérieur, personne ne vient me voir, à part évidemment les infirmières et les soignantes. Et de l’autre côté, alors que je suis dans une antenne de l’hôpital qui est remplie de malades du sang costauds, qui eux ont des leucémies, ont subi des greffes comme moi ou bien d’autres choses, je ne les vois jamais. Je n’ai jamais vu mes pairs là-bas. Je n’ai jamais vu des gens qui souffraient des mêmes choses que moi. Ça a été un moment où j’aurais bien aimé, je pense, échanger. Et donc ça occasionne ce genre de séquences où j’imagine un personnage qui établit avec moi un dialogue qu’à l’époque je n’ai pas pu avoir. 

Jean-Christophe Chauzy

Pourquoi et comment écrire sur ce sujet ?

Considérez-vous cette publication comme un acte d’art-thérapie ? Pour vous et pour d’autres ?

rgzr7 dans le chat

Même s’il ne l’a pas immédiatement ressenti comme tel, l’écriture et le dessin de cette bande dessinée ont permi à Jean-Christophe Chauzy de se décharger d’années d’angoisse. Mais aujourd’hui, il semble apprécier encore plus de toucher les lecteurs, dont certains vivent directement ou indirectement une situation comparable, et viennent témoigner de l’importance de ce récit pour surmonter cet instant.

A cet instant, apparaît également à l’écran Yannick Bourg (aussi connu sous le pseudonyme de Jean Songe). Les trois hommes ont ensemble collaboré au fanzine Combo, dont David Dufresne exhibe le numéro 8, daté de l’automne 1991. Nous assistons à leurs retrouvailles, « reconstitution de ligue dissoute » comme le clame le taulier… 

Ma mère m’a fait naître. Génial, maman, merci pour toujours. Ma toubib a diagnostiqué un mal dont j’aurais pu mourir. Elle a imaginé une solution. Ma sœur, Corinne, m’a redonné la vie. C’est assez littéralement ça tout de même. Et quelque part, elle m’a accouché une seconde fois. Ma seconde naissance, je la dois à mon toubib, à tout le microcosme hospitalier, à ma sœur, et aux gens qui de loin en loin prenaient des nouvelles, envoyaient un petit message.

Jean-Christophe Chauzy

Enfin, un livre sur la maladie ne pourrait être complet sans parler du personnel médical. Jean-Christophe Chauzy rappelle son attachement aux services publics, au système de santé français qui lui a permis d’être sauvé, et sa reconnaissance infinie envers le personnel soignant, qu’il n’a vu qu’à travers des masques chirurgicaux, période Covid oblige, mais qui n’ont jamais failli !

C’est des super-héros qui méritent mieux que de taper des casseroles et applaudir à huit heures comme on l’a fait pendant le confinement.

Jean-Christophe Chauzy

On ressort chamboulé de cet entretien, tiraillé entre la gravité du sujet, enjoué par le sourire et l’optimisme de Jean-Christophe Chauzy, et un peu amusé de la complicité entre les 3 camarades. Le tchat croule sous les remerciements. C’est alors que Chauzy commet la première erreur de cet entretien, assurant « on a peu parlé politique, en fait ». Vraiment ?

Trois questions clés

Qui est Jean-Christophe Chauzy ?

Jean-Christophe Chauzy est un auteur de bande dessinée français. Dans les années 80, il travaille notamment pour la presse musicale indépendante, également connue sous le nom de fanzines. On retrouve ses dessins dans les fanzines Nineteen ou Combo ! Son dernier ouvrage, Sang Neuf, est paru chez Casterman en mars 2024, et raconte sa greffe de moelle osseuse.

Qu’est-ce que la myélofibrose ?

La myélofibrose est une forme de cancer de la moelle osseuse. Cette dernière est envahie de tissu fibreux, qui l’empêchent de produire de nouvelles cellules sanguines. Elle peut se déclencher à tout moment de la vie, et touche aussi bien les femmes que les hommes. Si elle est diagnostiquée tardivement, la greffe de moëlle osseuse est la dernière solution.

Qu’est-ce que Combo ?

Combo était un fanzine paru entre 1988 et 1991, c’est-à-dire un magazine réalisé par des amateurs passionnés, pour des passionés. Il traitait de musique (rock, rap, punk) et de littérature (science-fiction, polars). Parmi ses rédacteurs, on trouvait David Dufresne et Yannick Bourg, Jean-Christophe Chauzy participait à l’illustration.

Verbatim intégral


L’indomptable et le “sang neuf” avec Jean-Christophe Chauzy & Jean Songe

04 avril 2024, 5 avr. 2024 

Transcription:  Roland Grosso / Trint

Sang neuf 

Oh, voilà. Voilà Jean-Christophe Chauzy. 

Comment vas-tu Jean-Christophe? 

Mais on ne peut mieux. Je suis ravi d’être convoqué au poste. C’est un honneur,  de se souscrire au programme que tu viens d énoncer 

Autant en ce qui concerne l’ambiance musicale garagesque, dont tu sembles être une sorte de Rémy Bricka au cerveau, à la voix, à la technique, à la manipulation, qu’à tout le reste, à l’indépendance, au do-it-yourself de communication quelque peu rebelle. Tout ça me convient parfaitement et j’ai l’impression  d’être un peu chez moi, avec un partage de rouge en plus. Tout part sous les meilleurs auspices, me semble-t-il. 

Un jour de 2020, le couperet tombe. Le dessinateur Jean-Christophe Chauzy, c’est toi, un des êtres les plus aimables que porte la planète apprend qu’il est atteint d’une leucémie aiguë. Un truc barbare au nom barbare, la myélofibrose La mort guette, l’hôpital devient sa chambre et sa chambre un auspice à cauchemars. 

Sa moelle osseuse ne produit plus de plaquettes.

 Ne partez pas, les amis, car je vous ai parlé de chef-d’œuvre. Ne partez pas. 

Le pronostic vital est engagé. Une greffe va être tentée. Sa sœur Corinne sera la donneuse. 

Chauzy se bat comme un lion. Mais comment rester aimable? Mari père, frère, tirée d’affaires, il témoigne de ses heures sombres de sa vie. 

Deux ans et de l’espoir de la guérison dans son nouveau roman graphique Sang Neuf chez Casterman. Dans une autre vie, Chauzy a bossé avec différents scénaristes comme Denis Lapierre ou Thierry Jonquet. On lui doit même des dessins magnifiques dans un petit fanzine très défavorablement connu de nos services qui s’appelait Combo. 

On en parlera plus tard. Est-ce que cette présentation te convient, sachant que c’est un mélange de quatrième de couverture, de lecture, de ceci, de cela? Est-ce qu’il y a une connerie dans ce que j’ai raconté? 

Je peux peut-être préciser. Est-ce que tu veux que je revienne sur les sources de toute cette affaire? Tu as évoqué le fait qu’en 2020, j’apprenais que j’étais atteint d’une leucémie aiguë, ce qui n’est pas tout à fait exact. 

La leucémie aiguë, est ce que je risquais ce  que je risquais, avec un pronostic tout de même très défavorable,  j’apprenais que j’étais atteint d’une ce qu’on appelle une myélofibrose 

J’expliquerais ce que c’est de grade 3. 

Le grade le plus élevé, c’est de grade 3. La myélofibrose c’est quoi? C’est quand votre moelle osseuse, c’est-à-dire la substance qui, dans vos os plats, le sternum, les hanches, fabrique vos cellules sanguines, 

s assèche 

Normalement, c’est une espèce de substance, un peu spongieuse, qui fabrique du sang à longueur de journée. Moi, tout d’un coup, ça en fabriquait beaucoup moins. Et la seule chose que c’était capable de fabriquer, c’étaient des cellules immatures, qui sont des cellules cancéreuses, qui répondent au doux nom de Blast. 

Ce qui va vous parler quand même, j’imagine. 

Bon, là maintenant j’en souris. Évidemment, quand j’apprends ça à la mi-février 2020, je rigole pas parce que j’apprends que je suis atteint de cette maladie et que je peux, dans des délais relativement brefs ou au mieux à moyen terme, en mourir. Et au même moment, la toubib qui effectue ce diagnostic m’apprend que pour autant, une solution existe et qu’il peut me sortir d’affaire. 

Et que cette solution c’est, alors ça a l’air simple comme ça, c’est de changer de moelle. Si la mienne est foutue, autant en prendre une autre. Ça a l’air simple. 

Et en réalité, c’est ce qui s’est passé. Donc on m’a proposé ce qu’on appelle une greffe de moelle pour laquelle il a fallu trouver un donneur. Alors à cette époque-là, moi j’étais dans une espèce de sidération complète après avoir appris que je pouvais casser ma pipe. 

L’hôpital a été d’une efficacité remarquable. Peut-être qu’on en parlera plus tard, d’hôpital. Et ils ont testé mon frère et ma sœur, comme ça se fait habituellement, pour vérifier que ma sœur était compatible avec mon sang à 100%, même si elle n’avait pas le même groupe sanguin. 

C’est donc engagé très vite, c’est-à-dire début avril. Entre mi-février et début avril, juste le temps de flipper avant de rentrer à l’hôpital pour entamer cette greffe de moelle qui a débuté par une chimiothérapie, qui est une chose que je ne conseille à personne. Même si on aime les drogues, il y a d’autres drogues bien plus intéressantes pendant un passage à l’hôpital. 

Je vous en parlerai tout à l’heure. C’est engagé à partir d’avril 2020, en plein confinement due à l’épidémie de Covid. Une longue, non pas opération, mais un long traitement et une longue convalescence d’au moins deux ans, à l’issue de laquelle je me suis dit que peut-être je disposerais d’un contenu existentiel un peu solide pour pouvoir le raconter. 

Même si mon histoire était quand même très intime et très personnelle, pouvoir espérer la donner à lire et dans l’espoir que ça qu’il y ait un écho chez le lecteur. Donc voilà comment en gros les choses se sont imposées. 

Ça crée un sacré écho. Je l’ai dit tout à l’heure, on est copains, on s’est connus il a longtemps, mais on s’est perdus de vue d’une certaine manière. J’ignorais totalement ce qui t’était arrivé, je ne savais pas que tu avais cette maladie. 

Et je dois dire que moi je sors bouleversé de cette bande dessinée. Alors justement, tout à l’heure j’ai dit roman graphique on se fout de ma gueule. Parce que figure toi que hier, non avant-hier quand j’ai dit, ouais je reçois Jean-Christophe Chauzy, les gens m’ont dit, mais tu connais quoi en BD? 

C’est vrai, je ne connais rien. Je ne connais rien. Je ne vais pas faire malin. 

Je ne connais pas grand-chose. Déjà, tu préfères que je parle de roman graphique ou de bande dessinée? Comment tu définirais ton objet? 

Ah, on me dit c’est un terme de bourgeois élitiste, roman graphique. 

Ah, on va pouvoir en parler, génial. À vrai dire, moi, depuis mes débuts et en gros depuis une époque depuis laquelle on se connaît, moi j’ai l’impression de faire de la bande dessinée. Et à vrai dire, comme le disaient les intervenants, le terme “roman graphique, c’est quelque chose qui est apparu dans le roman de bande dessinée dans les années 80, qui s’est répandu dans les années 90. 

Et je dois bien avouer que mon éditeur a participé à ça. Et pour autant, je lui dois beaucoup.donc cette époque a vu apparaître un nouveau terme qui est celui de roman graphique, qui avait en fait pour objectif, et qu’il a toujours, de s’adresser à un autre public que les débiles légers auxquels on croit que la bande de dessinée s’adresse. 

D’accord? Donc la bande de dessinée, c’est pour les petits, les adultes retardés et le roman graphique. Roman graphique, c’est pas dessiné, c’est graphique.

C’est une espèce de recours à une nouvelle langue, en effet élitiste, qui vise à proposer un produit qui est à peu près de la nature. Après, qui se présente sous une forme un peu différente, avec souvent des formes un peu plus réduits, et surtout une pagination plus épaisse qui a été une conquête vraiment importante. Mais en gros, ça procède d’une opération de légitimation culturelle qui vise à intéresser notre public. 

C’est vrai que le public que je suis a été choqué par le terme de marketing, parce que j’ai l’impression plutôt de lire des romans graphiques au sens en fait d’enquête plus que de récits. Mais par exemple une des choses que j’ai tout de suite adoré dans ta bande dessinée, donc là je montre quelques images, c’est qu’on n’est pas assommé par le texte. Là où je trouve qu’il y a beaucoup de romans graphiques ou de romans graphiques, où l’image est ratatinée parce qu’on sent que c’est souvent la petite journaliste qui sont auteurs, les mecs qui veulent absolument tout raconter, ça te fait chier quoi, je veux dire tu ne vois plus l’aspect graphique. 

Il y a plusieurs origines aux défauts que tu constates et que moi je partage. Je pense que ça vient d’un côté d’une part de la bande de dessinée qui était faite souvent de ce qu’on appelle des têtes qui parlent. C’est le cas de Edgar P Jacobs par exemple et de Black et Mortimer. 

On a des petites têtes et puis un pavé de texte dans le fil acteur qui explique ce que l’image n’arrive pas à montrer, ce qui est plutôt un constat de défaut en quelque sorte. Et puis d’un autre côté, je pense que ça provient aussi d’une nouvelle forme de bande de dessinés, qu’on appelle les bandes de dessinés du réel, dont certaines revues et certaines éditeurs se sont fait une spécialité, qui vise en effet à documenter le monde dans lequel on vit et qui le fait souvent de manière très intéressante. Mais avec souvent, comme tu le dis, des scénarios qui proviennent plutôt de réflexions, de pratiques et d’habitude, qui sont celles des journalistes. 

Et donc beaucoup de textes et on a l’impression souvent que le dessin vient en un point. Moi sur Sang neuf l’ambition que j’avais, c’était d’une part de témoigner de la violence ou de l’expérience que j’avais subie et que subissent un tas de gens en passant par la case d’hôpital ou quelles que soient les malades et qui les atteignent. Mais de notre côté, mon intention profonde, c’était d’en faire un livre de bande de dessinés costauds, c’est-à-dire qui interroge le médium, qui fouille dans la boîte à outils de ce que permet la bande de dessinés pour raconter les montagnes russes par lesquelles je suis passé, en fait, et qui tienne au rapport que tout d’un coup la maladie crée avec mes enfants, avec ma femme, avec mes parents. 

Je ne la connais pas, mais elle est sympa purée. 

Il faut voir qu’autour du malade, tout l’entourage morfle. En tout cas, tout ça, ça fait un tas de points conjugués à une énorme ressenti intérieur, 

La sidération, la solitude, la culpabilité, peut-être qu’on en parlera après, le déni, la terreur, l’angoisse, et puis ce qui se passe à l’intérieur du corps, qui nécessitait, d’après moi, un “un boulot de bande de dessinée où vraiment il ne s’agissait pas de faire en sorte que l’image soit juste une suppléante du texte. 

Donc mon boulot, ça a été de ménager une espèce d’équilibre dynamique entre ce que j’avais à écrire et ce que j’avais à montrer. Donc voilà, si tu l’as vu, c’est que c’est réussi. 

Alors, il y a aussi deux… J’ai cru comprendre en tant que béotien et amateur, au sens premier du terme, de bande dessinée. Il y a quand même deux styles de dessin, me semble-t-il. 

Il y a ce style-là, par exemple, quand tu nous parles de souvenirs. Là, c’est le tout début, c’est-à-dire qui sera le donneur? Est-ce que ce sera ton frère? 

Est-ce que ce sera ta sœur? Donc il y a des flashbacks, on va dire des retours en arrière sur ta vie, où là, j’ai l’impression que c’est crayonné, et le reste du temps, je ne sais pas comment c’est fait. 

C’est du la vie, je peux t’expliquer tout ça sans problème. 

C’est marrant comme nom de technique pour parler d’un mec qui frôle la mort. 

Et ben voilà, je ne sais même pas ce que c’est que le lavis 

Je vais t’expliquer. Déjà, la vie est belle quand tu es là. Je te remercie pour cette brillante remarque. 

Le lavis lui-même, c’est intéressant en soi. C’est intéressant par rapport à ce qu’était ma maladie. Le lavis, comme son nom l’indique au-delà du principe vital, vient de laver. 

On part d’une encre de chine, qui est une substance noire très dense. On la lave avec plus ou moins d’eau. La technique utilisée dans la grande majorité des pages du bouquin, c’est un papier aquarelle, un peu costaud, qui prend bien l’eau. 

C’est de l’eau, de l’encre de chine et des pinceaux. Le lavis, c’est plus ou moins de laver mon encre de chine pour pouvoir permettre toute une gamme de grilles qui permettent de parcourir l’ensemble des valeurs, c’est-à-dire des niveaux de grilles dont j’ai besoin dans le bouquin. Alors, si je disais que c’est une technique qui a une logique par rapport à ma maladie, j’aurais dit que je n’en ai pas eu conscience tout de suite. 

Moi, immédiatement, ce que j’avais en tête, c’était l’idée qu’après avoir très longtemps bossé en couleur dans mes livres, ce serait une bonne idée d’essayer le noir et blanc, parce que ça permettrait de rompre avec tout ce que j’avais fait avant, qui était plutôt de l’ordre de la fiction. Ce bouquin-là qui avait évidemment une grande dimension autobiographique. 

Je me suis aperçu au fur et à mesure que ce que je faisais sur mon papier, qui était plus ou moins mouillé, avec une encre de chine qui était plus ou moins lavée, en la posant sur le papier, en ayant un trait qui était plus ou moins précis, plus ou moins net, ou plus ou moins diffusé dans le papier humide. 

C’était un peu l’équivalent de ce qui se passait dans ma moelle. Cette substance un peu spongieuse qui, en l’occurrence chez moi, s’asséchait. Et quelque part, l’équivalent que j’avais trouvé techniquement était une espèce peut-être de hasard gracieux. 

Mais ça procédait de cette logique-là en fait. Alors, toi tu as repéré deux manières de faire. En fait, je pense qu’il y en a d’autres encore. 

C’est-à-dire que le lavis occupe presque tout le bouquin. Le lavis d’encre  de chine, donc noir et blanc. Il y a un autre lavis que j’ai aussi dessiné en noir et blanc, mais qui est imprimé en couleur rouge dans le bouquin qui me permet de parler de l’intérieur de mon corps. 

Parce que c’était quand même un gros mystère, savoir ce qui se passait à l’intérieur d’un corps dont on tue la moelle osseuse pour la remplacer par une autre. Et donc j’ai introduit cette couleur-là. Ça c’est pour l’aspect technique. 

Il y a une petite part même de couleur directe, à l aquarelle , à la fin du bouquin. On ne va pas spoiler, mais je suis en quelques petites pages à l’issue du livre. Et puis ce que j’ai essayé de faire quand même au niveau de la représentation des personnages et le personnage principal du bouquin qui est Mésigue, c’est varier la manière dont je le dessine, en fonction des besoins expressifs de chaque séquence ou de chaque case. Et donc parfois vous avez un Jean-Christophe plutôt réaliste. Sur la page que tu viens d’ouvrir là, on a un Jean-Christophe complètement ou en partie broyé, rendu transparent, étiré, concassé, sans respect d’une représentation réaliste, mais pour parler du ressenti, des émotions, des sensations que le personnage ressent. 

Donc on a parfois des pages assez denses, très noires, de temps en temps aussi, des pages de routine. Pour ne pas avoir à répéter ce qui arrive quand on est à l’hôpital pendant les semaines et les semaines qu’on y passe, je décide de venir coller deux ou quatre pages très, très sobres où on a Jean-Christophe, son lit et ce qu’on lui demande de faire à 8h30, à 10h30, etc. Là je peux permettre de dessiner très, très sobrement, comme je le fais aussi avec un autre personnage qui intervient dans le bouquin et qui est en quelque sorte un des rares personnages imaginaires du livre, qui est cette autre malade que je croise sur un banc d’hôpital et qui est une femme dont on suppose qu’elle subit une chimio pour un cancer du sang, avec laquelle je discute et qui est en quelque sorte une malade imaginaire. 

Par exemple, ces pages-là, qui sont magnifiques. 

C’est ça. C’est une malade imaginaire parce que il faut bien comprendre que le temps que j’ai passé à l’hôpital pour la greffe, ça durait à peu près un mois et demi, c’était en chambre stérile. C’était en plein confinement 

C’est-à-dire qu’au moment où on flingue ma moelle, je n’ai aucune immunité. Ce qui veut dire que si je chope le Covid, je meurs. Et donc pendant cette séquence d’un mois et demi en chambre stérile, je n’ai aucune visite. 

C’est-à-dire que de l’extérieur, personne ne vient me voir, à part évidemment les infirmières et les soignantes. Et de l’autre côté, alors que je suis dans une antenne de l’hôpital qui est remplie de malades du sang costauds, qui eux ont des leucémies. ont subi des greffes comme moi ou bien d’autres choses, je ne les vois jamais. Je n’ai jamais vu mes pairs là-bas. 

Je n’ai jamais vu des gens qui souffraient des mêmes choses que moi. Ça a été un moment que j’aurais bien aimé, je pense, et j’ai changé à ce moment-là. Et donc ça occasionne ce genre de séquences où j’imagine un personnage qui établit avec moi un dialogue qu’à l’époque je n’ai pas pu avoir. 

Voici par exemple une double page magnifique parmi les magnifiques. Il y en a vraiment un paquet. À gauche, il y a ton corps. 

Pendant de longs mois, je serai un corps ouvert, pénétré de toutes parts. On passera par mon nez, ma bouche, mes poumons, par mes veines, mon estomac, mes cuisses, mes mains, mon ventre, mes bras, mes reins, mes fesses, ma gorge, mes pieds. À droite, on injectera ce que la chimie a inventé de mieux. 

Des antibios, des antiviraux, des poches de chimio, des immunosuppresseurs des anticorps mononucleaires  des vitamines, des antifongiques, des produits anti-reflux, des poches de plaquettes sanguines, des corticoïdes 

L’intérêt sur ces deux pages, c’est en gros de résumer, de condenser, plutôt que de l’énumérer longuement sur les longues séquences et les longues pages, les quelques atteintes au corps qui ont été les miennes. Elles peuvent paraître nombreuses comme celles-là. Par exemple, souvent, on se fait l’idée d’une greffe où on va être charcuté, où on va vous enlever un organe et on va le remplacer par un autre. 

Moi, ça n’a pas été mon cas. C’est-à-dire que ça semble avoir été de loin une espèce d’opération douce. On m’a injecté des produits qui tuaient ma moelle et on m’a injecté un produit qui étaient les cellules souches de ma sœur, saines, neuves, fraîches, en bon état. 

Et puis après, j’ai attendu. Sauf que tout ça s’accompagne, les deux pages que tu montres là d’un tas de perforations. J’ai été troué pendant un certain temps et je le suis de temps en temps, encore épisodiquement. 

Et puis, j’étais une espèce d’aéroport de chimie qui a été traversée de tout ce qui me permettait, faute d’une immunité, d’être défendu par rapport aux infections, défendu par rapport aux hémorragies, être capable de porter l’oxygène qui me maintient dans ma vie, faire en sorte que je ne dégobille pas tout ce que j’avais, faire en sorte que je ne sois pas débordé par la panique ou la déprime, etc. Et donc, c’est deux pages qui condensent un peu le dur physique qu’on est un peu obligé d’encaisser quand on passe par ce type d’épreuves. 

Roland te demande dans le chat, considérez-vous cette publication comme un acte d’art-thérapie pour vous et pour d’autres? 

C’est une question légitime, c’est une bonne question. Je peux parler de la manière dont moi je l’ai vécue. Pour moi, ça a été une occasion de me décharger de longs mois et même d’années d’angoisse et d’incertitudes particulièrement carabinées. 

Et de transformer ce paquet de merde en autre chose. On prend du plomb, on le transforme en quelque chose d’un petit peu plus noble et positif. Et faire le bouquin, ça m’a déchargé de ce poids-là, ça c’est certain. 

Là j’ai commencé à le signer, le livre est sorti il y a quelques petites semaines. Et donc je rencontre des gens, des lecteurs et beaucoup qui sont touchés par le récit. Alors, soit qu’ils soient des lecteurs ordinaires et qu’ils empathisent avec l’auteur. 

“Et peut-être qu’ils pensent qu’un jour ou l’autre, de toute manière, ils sont touchés par l’hôpital ou la maladie. Ils sont impressionnés et je suis aussi en contact pas mal avec des gens qui eux seront concernés au premier chef. Parce qu’ils souffrent aussi de pathologies sanguines ou parce qu’ils sont passés par la case cancer ou parce que ça a été le cas de leur femme, de leur gosse, de leur parent. 

Et je vois que ça les secoue. Alors peut-être d’une autre manière que moi j’ai été secoué pendant l’ensemble de cette époque, mais que ça crée en tout cas un écho très fort chez eux et que je vois plutôt des gens qui arrivent avec une certaine gratitude par rapport à ça. Alors cette gratitude, je pense qu’elle est peut-être due au fait que moi j’ai la chance, un signe, de pouvoir leur raconter ça. 

J’ai le privilège de pouvoir en faire du récit. 

Oui, alors ceci dit, ça pose quand même un problème. Parce que moi je suis lecteur. Dès la première case, je connais la fin. 

Je sais que tu es en vie puisqu’il y a le livre. Et je suis fort heureux, évidemment. Je dis ça à moitié en blaguant. 

Mais est-ce que tu as réfléchi à ça par exemple? En te disant, comment je peux faire tenir, parce que c’est ce que tu es au pire, c’est ce que tu arrives à faire. En haleine, la lectrice, le lecteur, alors que d’une certaine manière, on connaît la fin. 

On sait que, la preuve, tu es vivant et bien en vie. Est-ce que ça a été une problématique, ou tu dis non, non, ça, c’est aucune espèce d’importance? 

J’ai fait le pari qu’on ne disait pas un bouquin pour son issu, mais plutôt pour le chemin. Souvent, on dit, c’est pas la destination qui compte, c’est la route. En fait, l’issue, alors évidemment, on la connaît, puisque le bouquin existe et que, vraisemblablement, l’auteur s’en est au moins momentanément sorti. 

Oui, sinon ce serait écrit en grand ouvrage posthume. L’éditeur, il serait capable de…Bon, allez, c’est pas écrit. 

J’en vendrais peut-être encore plus. Un jour, ça arrivera. Mais mettons que l’idée, c’était pas de me focaliser sur le fait qu’à la fin, la grève fonctionne, on le devine un tout petit peu. 

Et à vrai dire, c’est tout de même important, puisque ça veut dire qu’à l’issue du bouquin, il y a de la lumière. Mais ça veut dire aussi que, moi, mon pari, c’était d’intéresser les lecteurs au tunnel. Le tunnel, un petit peu comme une épreuve initiatique, on sait que Ulysse, à la fin de l’Odyssée, il va rejoindre Penelope , qu’il va estourbir les prétendants et que tout va rentrer dans l’ordre. 

Mais à vrai dire, on lit l’Odyssée un peu pour la fin, mais surtout pour les tribulations du personnage. Je ne me compare pas à Ulysse, loin de là, mais plutôt au procès des narratifs. 

Heureux, comme Chauzy. 

Ce qui était le plus intéressant. 

C’est un peu ça, quand même. C’était ça, plutôt, l’idée. 

“C’est la raison pour laquelle j’ai un peu buté longtemps sur comment je commençais et comment je terminais. En m’apercevant au bout d’un certain temps qu’il y avait eu une coïncidence dans mon affaire qu’il y avait quand même une certaine beauté. Il y a beaucoup de beauté dans ce qui m’est arrivé. 

L’une de ces beautés, c’est de savoir que quasiment le même jour ou du moins sur 24 heures, j’ai été tué par la chimiothérapie . Puisque c’est sa fonction. Elle tuait une partie de mon organisme. 

Et que 24 heures après, s’entamait un processus de revitalisation. En gros, le même jour, on me tue et je renais. Et c’est un peu comme ça que j’ai imaginé l’intro et l’outro de ce bouquin d’âme. 

Encore une fois, oui. Et c’est aussi pour ça que je crois que les lecteurs viennent me voir et entament une discussion. C’est un bouquin qui ne cache pas la dureté de ce genre d’épreuve. 

Mais qui offre aussi tout de même une porte de sortie et un espoir non négligeable pour les gens qui doivent encaisser ce genre de choses ou qui l’ont déjà fait. Et j’ai pas mal de retours, y compris écrits par les réseaux sociaux qui, de ce point de vue-là, sont intéressants, de gens qui expliquent pourquoi ils ont été touchés par tout ça. Et généralement, c’est moins d’ailleurs par le fait que l’auteur s’en soit sorti, même si, comme toi, ils en sont satisfaits et moi de premier. 

Mais parce que ça a donné un écho à ce que vous-même avez traversé de dureté et qu’ils étaient obligés de garder. 

Attention, attention, c’est une surprise. C’est une surprise. Ici, c’est surprise, surprise. 

C’est une surprise, je ne te l’avais pas dit. Voilà, Yannick Bourg dit Jean Songe. Yannick, est-ce que tu nous entends? 

À la fois, c’est la vieillesse et à la fois, je suis très ému, mais vraiment. De voir Jean-Christophe, de voir qu’il est en bonne santé, et vraiment, ça me fait quelque chose. 

C’est une émotion partagée, mon ami, une émotion complètement partagée. 

Vous avez déjà évoqué beaucoup de choses. En préambule, je voudrais dire que je souscris totalement à ce que tu as dit sur la distinction BD et cette escroquerie de romans graphiques. C’est vraiment fait pour les snobs. 

Bon, bref, on écarte ce sujet. 

Attends, mon petit Yannick. Il faut quand même que je fasse une petite présentation. Les amis, vous assistez à une reconstitution de Ligue Dissoute 

J’ai parlé en tout début d’émission d’un fanzine qui s’appelait Combo. C’était le dernier numéro de Combo, le Combo numéro 8. Et regardez qui était le dessinateur. 

C’est écrit ici, Chauzy, voilà, le même mec. Et ça, les amis, saison… Attends, c’était quand ça? 

C’était 91? 

Oh, c’était…90 peut-être. Je ne sais pas, bref. Nous sommes des amis de plus de 30 ans. 

C’était le fanzine que nous faisions, le fanzine rock et polar. Yannick, qui est mon frère de sang, c’est une expression consacrée, on pourrait le dire, a essayé depuis tant d’années de me mettre à la bande dessinée sans y parvenir, sauf avec Chauzy et Jean-Christophe. Donc je me suis dit, on va lui faire une petite blague à Jean-Christophe, mais en fait, c’est Yannick qui est tour retourné. 

Qu’est-ce que c’est que ces conneries? Bon, voilà. Je remets les images. 

Et comme Yannick est un grand professionnel de la bande dessinée, c’est lui qui va finir l’interview. Moi je dis, je vais me faire un café, je vais vous laisser parler. Voilà Yannick, c’était juste pour présenter, donc surprise surprise, le nouveau format de Au Poste. 

Les copains, vive les vieux! Putain Mr Coltrane, fais pas chier toi! La Ligue des Gentlemen, pas bête, pas bête. 

La prochaine visio, ça l’épate. 

Jean-Christophe et David m’a pris totalement au dépourvu. Il m’appelle hier soir, il me dit, on va faire un truc avec Jean-Christophe, ça serait bien que tu sois là, j’y connais rien en BD, qu’est-ce que tu peux faire? La réponse était évidente, si tu veux. 

J’ai cogité hier soir dans le lit, je n’ai pas besoin de pouvoir raconter. Il faut essayer d’être un peu pertinent. 

Pour moi, ton album c’est un voyage qui prend plusieurs formes, traversé de multiples péripéties. Il y a un voyage qui démarre de ton corps, parce que c’est la base du truc, c’est ce qui se passe à l’intérieur de toi. Un voyage dans ton esprit, une fois qu’il est hospitalisé, parce qu’en effet, comme tu l’as dit, tu as la chimio, tu as les drogues, tu as les choses qui perturbent ta psyché. 

Au fil de cette aventure, tu as des moments de lucidité, tu as des moments où tu arrives à avoir un peu de recul, de distance et d’humour. Je pense aux bas de contention, quand tu dis en effet que ça te rend très sexy. 

J’étais sûr que ça allait te plaire. 

Et en effet, autant que tu en revis, je me dis que je vais mettre des bas de contention. 

Bientôt, bientôt. 

Et puis il y a ce voyage dans les souvenirs, qui est pour moi un des trucs les plus émouvants à l’intérieur de l’album. C’est quand même un hommage à la famille. 

Excuse-moi, je mets les bas de  contention. Voilà peut-être l’occasion d’extraire ma libido de sa torpeur. 

Et donc tu as ce voyage dans les souvenirs. Tout ce passé, puisque nous ne sommes plus des jeunes hommes, qui revient à la surface. Qu’est-ce qui a été important dans ta vie? 

Qu’est-ce qui t’a construit? C’est aussi un album sur le passage du temps. Qu’est-ce que vieillir, on va dire, parce que c’est ça aussi, de toute façon. 

Et je pense que tu n’aurais pas eu ce degré de maîtrise totale de l’album, parce que c’est maitrisé de bout en bout, par une case faible, par une, je défie quiconque, de trouver une case faible dans cet album. C’est pour moi assez graphiquement… 

Et attention, parce qu’un Yannick Bourg qui vous défie, sachez que ça finit en duel. 

Voyage de corps, voyage dans l’esprit, voyage dans les souvenirs, et voyage aussi dans l’institution, dans le service public. Qui est pour moi aussi un des plus beaux hommages qui est rendu au service public, parce que ça t’a sauvé la vie? 

Oui. Moi aussi suis ému de ce que tu me dis. Ça fait longtemps qu’on se connaît. 

Les gens doivent savoir notre amour réciproque à tous les trois qui est dû aux années, qui est dû au partage de valeurs et d’histoires, d’aventures éditoriales, de passions pour des choses qui nous tiennent à cœur. Tout ce que tu me dis, j’ai pleure assez facilement depuis. Je peux pleurer peut-être en direct. 

Je te l’ai dit dans un petit mot. Depuis des années, j’ai un cœur d’artichaut. C’est une espèce d’éponge à larmes et ça sort à l’impromptu 

Ça nous rapproche et je trouve que c’est plutôt beau. Mais en effet, tout ce que tu dis, je n’ai pas l’impression de l’avoir à ce point décidé quand je faisais le livre. Je sais que ce sont autant d’éléments, autant de petites briques qui sont venues constituer le mur du bouquin au fur et à mesure, parce que c’était des besoins narratifs. 

Il faut absolument que je parle de ce qui se passe à l’hôpital, de ce qui se passe pour moi, mais de ce qui se passe aussi pour ceux qui me sauvent la vie. Il faut que je parle d’une chose qui me saute à la figure dès lors que j’apprends la nécessité de la greffe, qui est le rapport à ceux qui vont me donner, en l’occurrence ma sœur, et donc de manière élargie à la famille. Immédiatement, vous avez une espèce de jaillissement de ces décennies passées ensemble ou à distance. 

Et du choc émotionnel que c’est. On ne peut pas ne pas en parler. La manière dont ça secoue le rapport à votre couple, ce n’est pas possible de l’évoquer. 

Sans rentrer dans le détail et… comment dire? Sans rentrer dans des anecdotes secondaires 

Mais ça aussi c’était nécessaire. Et à la fin des fins, on s’aperçoit que ce qu’on a fait, c’est non seulement le bilan de ces deux ans particulièrement durs, mais que c’est aussi le bilan d’une partie de mon existence. Et des liens que j’ai pu créer et dresser auparavant avec des proches ou des gens qui n’ont pas improvisé parce que c’est leur métier, mais qui se sont manifestés comme des sauveurs du quotidien. 

Tu parlais Yannick de l’hôpital public. Moi, je suis prof dans le public. Et donc le public, pour moi, c’est important. 

J ai mis ,pendant que tu parles, les planches où tu parles des infirmières. Mais justement, là où j’ai été sensible, c’est ta façon d’en parler. 

C’est-à-dire qu’on n’est pas dans le cliché. On n’est pas dans le cliché. Voilà, tu racontes comment t’essayes de deviner, parce qu’évidemment, elles sont masquées 

C est qui est qui ? et qu’en fonction de l’allure, tu peux savoir si c’est plutôt quelqu’un de jeune qui vient souvent ou plutôt quelqu’un qui est surmené, qui est là depuis très longtemps, 

Je trouve qu’il y a une infinie tendresse dans ta manière d’en parler, plutôt que d’être dans des grands principes. Il faut sauver le service public, le service public est essentiel, alors qu’en réalité, c’est ce que tu dis. 

C’est-à-dire qu’il faut évidemment sauver le service public. J’aurais été américain, je serais mort. Voilà, c’est évident. 

Quand j’étais en chambre stérile , j’étais dans des chambres qui coûtent à peu près 5000 balles par jour pour être hébergé.Un hébergement de 5000 euros par jour. J’y suis resté trois mois la première année, plusieurs fois. 

Et ceci sans compter évidemment les médications 

Tu as quand même un peu changé tes tarifs. Tu es tellement cher 

Oui, j’ai gagné en préciosité. J’ai été sauvé par un système de santé qui nous est propre. On va parler peut-être politique plus tard, mais qui est massacré à l’heure actuelle. 

Même si moi j’étais dans un service un petit peu protégé, qui était un service d’hématologie un peu d’élite, qui est un peu pourvu, mais qui pourvu qu’il soit, peine énormément dans le côté des infirmières par exemple. L’aile dans laquelle j’étais pendant le confinement, c’est une aile que de temps en temps on est obligé de fermer, tout simplement parce qu’ils n’ont pas assez de personnel pour pouvoir le tenir. Il faut quand même l’imaginer. 

Après, j’ai parlé de ça à l’échelle à laquelle ou je l’ai vu. À une échelle un peu bizarre, parce que tu l’as remarqué en montrant les pages, il se trouve que moi j’ai été coucou ne, j’ai été chéri, j’ai été dorloté, j’ai été rassuré par ces filles-là. Je n’ai vu que des femmes à l’hôpital. 

Sans que jamais je ne vois leur visage. C’est assez dur quand même. Il y a des gens qui viennent vous remonter le moral quand vous chialez, quand on n’arrive même plus à vous rentrer des aiguilles dans le bras. 

Quand vous dégobillez tout ce que vous mangez, elles sont là pour vous assister. Elles vous voient dans l’état le plus vulnérable, le moins flatteur que vous puissiez montrer. Et vous n’avez même pas, je le constate maintenant, l’occasion de réexprimer votre gratitude au-delà de ce bouquin-là. 

Je reviens souvent à l’hôpital, mais je ne sais pas qui s’est occupé de moi, à part mes toubibs, évidemment. Tous les toubibs, ils vous suivent. Les infirmières, je ne sais pas. 

Et donc, c’est à cette beauté un peu douloureuse de gens qui sont totalement dédiés à votre cause. Dans le secteur dans lequel j’ai été, il faut savoir que le service des infirmières, c’est des… C’est 12 heures de suite. 

C’est 12 heures de jour ou 12 heures de nuit. 

Non, mais c’est bon. 

“2 heures de jour ou 12 heures de nuit. Je ne sais pas si on m’a entendu. 

Donc, elles ont des conditions de travail un peu hardcore. Je ne les ai jamais pris en défaut de manque d’humanité, d’empathie. Il y a évidemment d’expertise dans les actes qu’elles avaient à réaliser. 

Donc, évidemment qu’elles sont importantes. J’ai été entouré dans ce bouquin, et c’est aussi une des fonctions du livre, par un système et par des gens qui m’ont sauvé la vie. Et là, pour le coup, ce n’est pas une image. 

Voilà, ma mère m’a fait naître. Génial, maman, merci pour toujours. Ma toubib a diagnostiqué un mal dont j’aurais pu mourir. 

Elle a imaginé une solution. Ma sœur, Corinne, m’a redonné la vie. C’est assez littéralement ça tout de même. 

“Et quelque part, elle m’a accouché une seconde fois. Ma seconde naissance, je la dois à ma toubib, à tout le microcosme hospitalier, à ma sœur, et aux gens qui de loin en loin prenaient des nouvelles, envoyaient un petit message. C’est l’impression que dans ce genre d’épreuve , on n’a jamais été aussi seul de sa vie. 

On a vraiment un sentiment de solitude fantastique. C’est-à-dire que ça tombe sur votre tête à vous, alors qu’en général, ça tombe à côté. Ça arrive toujours aux autres. 

Donc vous avez l’impression d’une solitude énorme, mais simultanément, sans les autres, vous n’êtes rien. Vous êtes tenu à bras le corps, vous êtes porté par une institution qui tient à peu près debout, puis des gens que vous ne pouvez que remercier chaque jour qui passe. 

Delphine Viella dans le tchat peut dire que ton témoignage la touche énormément car il résonne complètement avec ce que j’ai traversé. 

Je lis le témoignage de Delphine qui est dans le tchat qui est touché énormément par ton témoignage car il résonne avec ce qu’elle a traversé. Elle te dit merci à Chauzy d’avoir raconté son histoire. 

J’ai également subi une grève de la moelleuse osseuse avec cette 

chimio merveilleuse qui vous fracasse de ce sentiment de mourir et de renaître comme un bébé. 

Tu viens d’employer exactement la même expression. Mais c’est une chose difficile à partager et à comprendre. 

Delphine ajoute une des choses également difficile et l’a près. Grâce à cette équipe formidable, l’équipe de soignants dont tu viens de parler, qui vous a redonné vie, elle emploie la même expression que toi, vous oublie car ils ont d’autres vies à sauver. C’est très compréhensible mais c’est très dur car notre vie est toujours soumise à hypothèques. 

Mais nous ne sommes pas plus intéressants car nous avons été sauvés. 

J’embrasse Delphine. Je vois ce qu’elle a traversé, très bien. Je vois aussi ce qu’elle veut dire du après. 

Excusez-moi, je bafouille un peu. 

Je veux que je fasse une blague pour te détendre. 

Delphine est une sœur de sang. On sait exactement par quoi on est passé. On sait à qui on doit la vie. 

C’est important, c’est essentiel. Effectivement, la charge de ces aides soignantes, de ces infirmières, de ces toubibs, c’est de sauver la vie des gens tous les jours. Ce qui pour nous est un événement de premier plan, un événement considérable et vital, évidemment, eux, c’est leur quotidien. 

C’est-à-dire que quand je vois Gaëlle, qui est mon hématologue, et que je la divinise dans mon cœur aussi, elle est la maîtresse des fluides en quelque sorte. Je sais qu’elle m’accorde 20 minutes en consultation. Je suis à chaque fois ravi et d’une gratitude infinie de l’avoir. 

Mais je sais qu’immédiatement après, elle doit sauver la vie de quelqu’un d’autre. J’ai du mal à imaginer comment les soignants, les infirmiers arrivent à effectuer cette bascule, à accepter et à occuper ce statut qui est un statut de premier plan, de premier ordre essentiel pour notre humanité et arriver à prendre ça comme un boulot. Mais ils y arrivent. 

C’est des super-héros qui méritent mieux que de taper des casseroles et applaudir a huit heures comme on l’a fait pendant le confinement. 

Elle t’embrasse. Mon cher Yannick, veux-tu intervenir? 

Oui, pour un peu… On part descendre parce qu’on a eu quand même beaucoup d’émotions. J’aimerais aller un peu sous le capot de façon un peu technique. 

Comment tu as procédé? Je connais un peu ta façon de travailler. Parce qu’on a travaillé un peu ensemble 

Mais est-ce que tes habitudes de travail et de création ont changé? Dans l’élaboration, est-ce que tu as construit d’abord un scénario assez détaillé où tu es parti sur une sorte de storyboard, je sais, avec tes croquis où tu mets tout en place, etc. Ou tu as improvisé ce qui me semble difficile. 

Mais j’en sais rien, ça peut être peut-être le cas puisque tu avais, je dirais, la structure de ce que tu avais traversé. Tu savais que ce voyage, la façon dont il s’était déroulé. Donc, ouais, que tu nous expliques un peu la façon, si tu veux, la façon de travailler. 

D’accord. La façon de travailler, elle a été de toute manière bousculée par le fait que pour la première fois, réellement, j’étais non plus dans un récit d’autofiction, comme j’en ai fait. Pour Fils Glacial, j’ai fait une série de petites natures où je me sers de mon personnage comme avatar, dans des cas de figure de la vie quotidienne un peu embarrassant. 

Mais c’était la première fois que j’attaquais à un récit vraiment autobiographique. C’est paradoxal parce que pour la première fois, j’avais une connaissance un peu plus intime du contenu du récit, en fait. Alors que quand on part sur une fiction, on échafaude des choses avec un tas de manques 

La personne , d autre que moi pouvait raconter ce qui m’était arrivé. Mais d un autre côté, j’étais pris entre mes habitudes très Hitchcockienne, si on devait faire une comparaison, qui préparait au quart de poil son film avant de tourner, qui storyboardait la constitution de chaque image. Et moi, je vis un peu de ça. 

J’ai besoin de dessiner mes pages une fois que je sais vraiment très précisément où je vais. Donc j’ai été pris entre ça, qui a fait que je parlais de petite brique tout à l’heure. C’est un peu comme ça que j’ai travaillé. 

Moi, sur le Sandman, mon outil de travail, c’était ça. Ça a été des petits post-it. 

Sur chaque post-it, j’écrivais la séquence que je devais utiliser. Il faut que je parle de… la 7-mille, je me suis pissé dessus. 

Bon, excusez-moi. Ou bien d’autres épisodes pathétiques ou parfois drolatiques. Et donc, petit à petit, les choses se structurent post-it par post-it. 

J’effectue des glissements pour savoir à quel endroit doivent se passer chaque péripétie ou chaque séquence. 

Et notamment, avec des choix scénaristiques comme celui que j’évoquais tout à l’heure, de finir et commencer le même jour, en fait. Puisque c’est ce même jour qu’on me tue et qu’on me fait revivre 

Donc, ce boulot relativement, comment dire, qui a fait appel à une méthode qui est la mienne depuis un certain temps, et qui peut-être me rassure. 

Mais j’ai bien été obligé, au fur et à mesure que le récit s’est bâti, et à vrai dire, j’avais déjà commencé à faire mes pages, déjà commencé à les dessiner, de venir glisser d’autres rubriques en cours de travail. Quand on lit le bouquin, on s’aperçoit assez vite qu’en fait, mon unité de base, ce n’est pas la case, mon unité de travail, c’est la double page. Et donc, ça veut dire que dans un récit, c’est assez facile pour peu que le fil ne soit pas perdu de venir glisser un bloc de deux pages ou une séquence de quatre pages au milieu de ce qui a déjà été constitué. 

À vrai dire, quand le livre a été imprimé, j’ai dû le feuilleter Ça a été costaud. J’ai été super bien suivi par une éditrice géniale, Angèle, et elle m’a fait beaucoup de retours aussi. 

C’est la première fois que j’en avais autant sur le scénario que sur mon premier bouquin autobiographique . J’ai un retour extérieur d’une éditrice qui a lu le bouquin beaucoup plus de fois que moi encore et qui est capable de me dire Alors là, peut-être que ça vaudrait le coup d’évoquer cette dimension de ce que tu m’as raconté et qui manquait. Évidemment, je râlais, mais à chaque fois elle avait raison. 

Et donc, je rajoutais ces choses-là. Et donc, une fois le bouquin imprimé, je l’aurai dit, tout ça, très bien. Elle aussi, parfait. 

Et j’ai un petit doute. Je fonce à mon téléphone pour voir les photos que j’avais pu prendre de mes pages. Et je me suis aperçu qu’on en a oublié deux. 

Donc, il y a deux pages qui manquent au bouquin, qui manquent pas au récit, parce que bon, voilà. Mais ça dit un peu comme le bouquin constitué. C’est-à-dire que dans ce bouquin-là, je pourrais rajouter des pages, en fait. 

Je pourrais rajouter deux pages de ceux-ci, deux pages de ceux-là. Quand il est sorti, je me suis notamment aperçu, et ça a été une question de mon attaché de presse, que je n’avais pas évoqué quelqu’un qui pourtant avait été très important dans cette phase-là, qui était la psychologue, que je voyais deux fois par semaine à l’hôpital 

Et là aussi, je reviens un petit peu sur la méthode, Yannick. Quand je pose le scénario, je disais que ça m’est arrivé à moi, donc je sais ce que je raconte. Mais de notre côté, en constituant et en assemblant toutes ces briques-là, je me suis aperçu aussi que mon cerveau, alors que tout ça était quand même très très frais, avait méthodiquement planqué un certain nombre de faits que le travail sur le scénario a fait réémerger. 

Alors je pense que mon cerveau l’a planqué parce que c’était trop compliqué. C’était trop dur. Voilà, ma psy  ?,,,,,a fait le ménage avant que j’attaque le bouquin. 

Et donc peut-être que maintenant, si je l’attaquais, le bouquin ne serait pas de même nature que celui que vous avez lu. Il serait modifié par le retour de sensations, d’émotions, de faits, de liens à tisser qui auraient été oubliés dans celui-là. Et je me dis que si jamais ce bouquin jouerait, je ne sais pas, à retirer et imprimer dans quelque temps, peut-être que ça valait le coup de lui ajouter quelques pages qui étendent de la perception que plus tard j’aurai de ce voyage-là 

Alors attention, parce que comme tu es au Poste, il faut quand même que tu fasses un peu gaffe à tes déclarations. Et notamment, Sentier Battant, que je salue, voudrait des précisions. Est-ce qu’il s’agit d’une double page ou de deux double pages qui ont été oubliées? 

Parce que là, le lecteur se sent lésé. 

Quand t’as dit que ton unité c’était la double page, voilà. Donc on peut demander à Casterman un petit remboursement. 

Ah oui, c’est l’auteur qui l’a dit. 

Modi Splint te demande, outre le narratif, cette expérience a-t-elle ouvert de nouvelles perspectives dans le dessin, une nouvelle maturité dans le trait? 

Alors là, pour le coup, parmi tous les retours que j’ai reçus, et j’en avais jamais reçu autant pour des livres, celui d’Yannick a été un des plus touchants, et enfin, pas simplement émotionnellement, parce que vous êtes sur Facebook les gars. 

Je suis sur Facebook, et par mail, on s’appelle, on est de la famille, on s’aime, voilà. Et donc il m’a fait un retour qui était touchant émotionnellement, mais qui était aussi touchant professionnellement, parce qu’il a repéré que, pour le dire vite graphiquement, il se passait aussi quelque chose dans ce livre-là. Et que la variété des émotions, des sensations, des réflexions, des événements qui sont relatés, ont nécessairement entraîné de ma part une adaptation aux circonstances et aux contenus. 

Et donc en fait, ce qui avait été une épreuve pour moi, existentiellement, ça peut paraître paradoxal, mais pour moi ça a été normal, c’est devenu une opportunité créative de premier ordre. C’est-à-dire que, parce que je m’étais pris ça de plein fouet, parce que ça avait été d’une intensité bouleversante, il fallait que je trouve des moyens graphiques de traduire ces différentes phases de bouleversement, de sidération, de tout ce que j’ai évoqué tout à l’heure, et que ça nécessitait une adaptation graphique de chaque instant. Et donc ça fait que, je pense que, alors c’est pas parce que c’est le dernier, mais que ce bouquin, c’est le plus riche de tous ceux que j’ai eu à scénariser, mais à mettre en forme en fait. 

Parce que j’ai dû puiser dans toutes les possibilités de la boîte à outils, et à plus forte raison dans le cadre de ce pourquoi moi j’ai la plus grande admiration, qui est plutôt la bande dessinée en noir et blanc. Moi j’ai fait toute ma carrière ou presque en couleur, parce que j’ai fait mon début de carrière en noir et blanc chez Futuropolis, époque romiale, et que j’ai eu l’impression de pas avoir le niveau. Quand j’ai commencé mes maîtres, c’était Baudoin, c’était José Muñoz, Nicolas Bricas, Jacques Tardi, des gens qui sont des géants du noir et blanc. 

C’est un peu ce que disait Yannick tout à l’heure. À mon grand âge, peut-être parce que j’ai testé pas mal de choses, c’était peut-être le moment de revenir à des basiques qui pour autant permettent une variété expressive énorme. C’est en tout cas ce que j’ai essayé de faire. 

Que dit notre envoyé spécial sur l’évolution du style Chauzy? 

C’est indéniable, si tu veux. Il est arrivé à un point de maîtrise, je le répète, total de son médium. Tu l’avais dit au début, au niveau du texte, c’est une sobriété et d’une maîtrise qui est pour moi parfaite. 

Le texte n’est pas envahissant, mais il est toujours juste, avec une bonne distance. Les mots ne redoublent pas l’image, mais ce qui est essentiel, c’est ce qui se passe en effet visuellement. C’est un art visuel, la bande dessinée, avant tout. 

C’est l’image qui compte et ce qu’il arrive là, je dirais que c’est d’une virtuosité douce. C’est-à-dire que ça ne t’en met pas plein la vue. Parce que justement, tu as une fluidité dans la narration. 

Tu ne t’arrêtes pas sur les images. Tu peux revenir dessus parce que tu as des choses stupéfiantes de beauté. Et à condition qu’on ne trouve pas que la beauté, c’est d’aller se promener main dans la main dans la forêt en entendant les rossignols. 

Parce que là, tu peux avoir son charme et heureusement que ça existe. Là, c’est d’une beauté, on va dire, pour citer les surréalistes, et faire le malin convulsif . C’est quelque chose qui te prend, c’est l’écho, c’est la résonance de ces tripes avec tes propres tripes et tout. 

Et donc, en me répétant, les mots ne sont pas des échos des images. Tout ça est parfaitement combiné, inséré l’un dans l’autre. Et c’est là où c’est d’une force absolument colossale. 

Quand on échangeait un peu récemment avec Jean-Christophe, moi je suis très curieux de savoir maintenant ce qu’il va faire. Parce que là, la barre est très haute. Alors, j’ai aucun doute sur son talent et sur ses capacités. 

Vraiment, j’ai aucun doute et tout. Mais là, il a un point. Tu as des planches, et je n’exagère pas, c’est du Goya. 

Franchement, tu as des images. 

Ça, ça veut dire c’est génial. 

Je ne vais pas dire le mot chef-d’œuvre parce que c’est galvaudé. Tous les critiques professionnels, ils trouvent des chefs-d’œuvre toutes les semaines. Mais ce n’est pas vrai, les chefs-d’œuvre c’est hyper rare. 

C’est comme un arène qui l’a dit. L’amour, ce n’est pas toutes les semaines. Tu ne tombes pas amoureux toutes les semaines. 

Ce n’est pas vrai, ce n’est pas de l’amour. L’amour, c’est rare. Et c’est ça qui fait la beauté. 

Et la beauté de cet album, c’est parce que c’est rare. C’est rare. Et pour ajouter une dernière couche, si tu veux, Jean-Christophe est un grand lecteur de romans noirs. 

Et une chose qu’on partage tous et qui est décrit , c est du roman noir, c’est quand même, qu’est-ce que la douleur? Tout le monde a ressenti la douleur. Tout le monde sait. 

Il y a un bouquin merveilleux d’un auteur qui est mésestimé en France, qui s’appelle Joseph Wambaugh, un de ses chefs d’œuvre, c’est Soleil Noir, qui raconte, on va dire, les pérégrinations des patrouilles de nuit des policiers à Los Angeles. Et un de ces flics, qui se retrouvent souvent dans un bar, ils échangent à ce qui leur est arrivé dans la journée, justement les péripéties de la journée, etc. 

Et ils essayent de faire la distinction entre le réel et ce qui est réellement réel. Et donc il y a une espèce de molosse et tout. Et ce molosse dit que la différence entre le réel et le réellement réel, c’est la douleur. 

Il dit le réellement réel, c’est quand tu découvres un bébé cloué sur la porte d’un appartement. 

Cet album, il n’est pas léger. Ça ne veut pas dire qu’il est lourd, il est grave. Il est grave avec des moments de légèreté dedans. 

Pirinti nous dit merci pour ce livre Jean-Christophe Chauzy qui est un grand, c’est en capitale, auteur de BD. Il faut lire absolument le reste du monde. 

Et la vie de ma mère Clara Chauzy, un dessinateur de talent. 

Attends, un dessinateur de talent. 

Je viens de lire Sang neuf et c’est bouleversant. Merci à lui pour son livre. 

Ça, je pense que c’est les community managers de Casterman. Mais on les salue. Bravo, bravo pour ce message. 

J’imagine. Merci pour ce livre. Un grand auteur. 

Il faut lire absolument le reste du monde. Et la vie de ma mère Clara Chauzy, un dessinateur de talent. 

Je blague. Je pense que c’est quelqu’un qui apprécie ton travail, qui le connaît. 

Pour faire une petite parenthèse, Jean-Christophe, en pleine  promo, je pense que le bouquin va cartonner. 

Il ne peut pas y avoir de critiques négatives sur ce bouquin. Ça me semble impossible. Ou alors faire de mauvaises voix absolues. 

Ou ne rien connaître. D’arriver à voir les beautés alors qu’il ne connaît rien. Tout est permis. 

Petite parenthèse. En plein promo, ça remue tout ça. Est-ce que dans un coin de ton esprit, tu as une idée de ce qui peut se profiler pour toi en tant qu’auteur? 

Ou pas du tout? C’est juste une petite parenthèse. 

Je sens qu’il a un scénario à te refourguer 

Tu poses une question qui est en ce moment un peu cruciale pour moi. Je profite de la promo pour essayer de porter le livre au mieux. Pour faire en sorte que Sang neuf   ??  des coups que j’espère qu’il mérite. 

Mais la question de ce que je fais après n’est pas facile. Comme tu le dis, ce que j’ai rencontré, c’est le véritablement vrai. Et on n’a pas envie de le quitter. 

Moi j’ai le sentiment dans ma grotte d’avoir un truc qui était d’abord pour moi. Mais je savais que je faisais un truc fort pour moi. Et cette intensité de choix scénaristiques et de choix graphiques, je n’ai pas envie de la quitter parce que c’était vraiment très fort. 

Mais je sais que c’est intimement lié au sujet que j’ai traité. Et donc je n’ai pas envie de me choper un autre cancer d’année qui vient, qui nécessiterait un autre bouquin. Il se trouve que j’avais prévu avant ce que je voulais continuer à faire. 

Ce que je veux continuer à faire et que je suis en train de faire, c’est véritablement finir le reste du monde. Ce récit catastrophique pyrénéen, je veux y mettre un terme définitif. Et donc je suis en train de faire les deux livres qui permettent de le finir. 

Et donc j’ai bon espoir que le délai me permette de réfléchir à quelque chose qui aurait autant de sens que Sang neuf qui vient de sortir. 

Alors attendez, parce que là il y a un problème diplomatique. 

Pyrénée vient d’intervenir. Non, non, non, je ne suis pas community Manager. 

Quelle horreur de l’éditeur. Je suis juste un grand admirateur de Chauzy que je lis depuis ses histoires courtes dans À Suivre. 

La série dont tu viens de parler, tu as des bouquins à nous montrer peut-être Jean-Christophe. Il faut que tu te fasses attention. 

Voilà, si tu peux reculer un petit peu, un tout petit peu pour qu’on ait un peu plus le reste du monde. 

Et là, pour l’instant, il y a trois volumes, c’est ça? Et ça, c’est le dernier qui était sorti. 

Et donc, il y en aura 12 autres pour finir l’ensemble. Jusqu’à présent, le reste du monde, c’est ce que je pensais avoir fait d’un peu le plus personnel, puisque ça parlait déjà de ma peur de ce qui était en train d’a venir, environnementalement, socialement, politiquement. Et j’avais déjà mis pas mal de moi dans ce qui était quand même une fiction. 

Le personnage principal est une prof de français qui ne vit pas très bien sa fin de vacances. Elle portait un peu de ce que je suis. Elle était mère de deux garçons qui ressemblent un peu aux miens. 

J’y projetais beaucoup de mes angoisses de demain. Mais quand on fait Sang Neuf après, on n’est évidemment pas sur le même degré de nourriture initiale. C’est toute la difficulté de bosser en fiction. 

On bosse souvent sur des péripéties que sur des personnages profondément construits. Ce n’est pas facile, ça prend du temps. C’est pour ça que moi qui ai adapté quelques auteurs de Polar, je constate que c’était souvent plus intéressant d’adapter des textes déjà existants que de leur demander des scénarios originaux. 

Vas-y balance. Jonquet,   par exemple? 

Thierry, c’était mieux les livres que les scénarios. 

Ce qu’on a fait de mieux ensemble, c’est clairement la vie de ma mère et la vigie qui étaient des bouquins qu’il avait écrits. Je comprends tout à fait que pour un écrivain, son bébé, c’est plus son roman que la bande dessinée qui va en être tirée. Mais en tout cas là, on part dans un roman d’informations assez consistantes sur les personnages d’une péripétie et il y a de quoi nourrir une bande dessinée. 

Quand on demande à ce type d’auteur un scénario original, souvent c’est traité de manière un peu plus elliptique, rapide et un peu moins nouille. C’est la différence souvent d’un écrivain et un scénariste qui bossent pour la bande dessinée. Ils ne s’investissent pas exactement de la même manière. 

Même si j’étais très fier de bosser avec Thierry Jonquet,  évidemment ravi de bosser avec Marc Villard, de bosser avec Marco Paulo ( Marc Renier) ?????? de bosser avec Jean Songe, de bosser avec des gens dont j’admire par ailleurs de travail. 

Jean Songe, c’est le pseudonyme de Monsieur Bourg,

 Yannick Bourg. Yannick, est-ce que tu veux ajouter quelque chose? Alors, hors le placement de produit. 

Regardez-moi ça. Toi, tu ne l’as reçu pas, moi. Jean Songe à l’ombre. 

Tu peux remontrer  À l’ombre d’Outreau. Donc c’est le nouveau livre de Monsieur Yannick Bourg. 

Et c’est quoi le bandeau? Qu’est-ce qu’ils ont mis comme bandeau? 

Lui, il voulait vieille révélation. C’était moi, à mon dehors, on lui a dit. 

Mais bon, c’est pas le sujet de toute façon. 

De toute façon, tu vas venir au Poste, Yannick, pour en parler. 

Je me prépare, je me prépare. Je crains le meilleur. Pour conclure, je t’avais dit à David, il faut que je m’absente Parce que les tribulations familiales font que… 

Pour dire vraiment à ceux qui n’ont pas lu encore ce livre sans œuvre, de dire vraiment, moi j’ai une très grande admiration pour Michael Cimino, c’est équivalent de Voyage au bout de l’enfer. Avec une fin, heureusement, sans dévoiler, dans le livre même, une fin heureuse, ce qui n’est quand même pas le cas de Voyage au bout de l’enfer, où il y a une mélancolie et une tristesse absolue qui t’envahit. 

Là ce n’est pas le cas. Mais au niveau de l’intensité, de la densité et de l’impact, de l’impact que tu peux recevoir de plein fouet partout, dans l’estomac, dans la tête, etc. 

J’ai bien fait de venir. 

Alors attends, il faut qu’on résume. C’est Voyage au bout de l’enfer, mais avec une happy end. C’est ça, c’est super vendeur. 

Ça, c’est déconné. Ils peuvent faire le bandeau , les amis. 

Disons que Jean-Christophe incarne l’espoir de toute façon, puisqu’il est avec nous, si tu veux. Pour boucler la boucle, c’est de traverser, en effet. C’est ce voyage infernal de toute façon. 

En ajoutant, je l’ai déjà dit, mais Voyage au bout de l’enfer, il n’y a pas un gramme d’humour dedans, ou alors un humour tellement désespéré et tellement noir que c’est vraiment difficile à percevoir. Là, Jean-Christophe arrive parfois, je l’ai dit, il arrive à glisser quand même une petite note, comme ça, d’introversion. Oui, un petit clin d’œil de…Un petit clin d’œil. 

En tout cas, pour Sorcière 62, l’argument imparable pour moi, la comparaison avec Voyage au bout de l’enfer. Ça, c’est de l’amitié. T’as vu Jean-Christophe? 

Il a dit qu’il a su parler aux AuPostiens et aux AuPostiennes, comme il sait le faire. 

Je ne suis pas sûr que le ramassis de  gauchiste qui regarde l’émission de Jean Chauzy & Jean Songe soit le meilleur choix. 

Allez, vas, t’en rendez-vous, toi. Pourquoi Chauzy & Jean Songe? C’était quoi? 

T’es un facho ? 

Tu n’as pas la polémique avec Voyage au bout de l’enfer. On l’a traité de fasciste, Jeanne Fonda l avait démoli, en disant qu’il était raciste, fasciste, etc. Et en passant totalement à côté du sujet. 

Ce n’était pas ça. 

Qu’est-ce que la guerre fait aux hommes? Et Jean-Christophe, c’est qu’est-ce que la maladie, le pronostic vital engagé fait un homme? 

Basta! Et je précise que je ne suis ni fasciste ni raciste. 

Par les temps qui courent, ça, par contre, ce n’est pas vendeur. 

C’est un blanc, mâle, hétérosexuel, sexagénaire, boomer. 

Je vous serre dans mes bras malingres de troisième âge. 

On t’embrasse. 

À bientôt. 

Voilà, c’était pour rigoler et pour faire une reconstitution de la Ligue 

Oh là là, il y a Jérôme qui se désabonne et qui signale, puisque tu as dit que tu étais ni raciste ni fasciste. Pascal Praud serait fier de vous. Oh là là, je vois que ça délire. 

Je vais lire cette BD. Merci à vous, te dit Sorcière. Au tout début, il y a quelqu’un qui a dit je dois partir au boulot, mais je vais passer à la librairie et je regarderai le replay après. 

Je crois que c’est Medbell qui te propose, si tu es à court d’idées, d’inspiration, enfin qui te demande quand sortira “Sang Dix” 

Est-ce que tu as une petite tournée qui est prévue? Parce que tu as parlé tout à l’heure de rencontres dans des librairies, comment ça se passe? Si les gens veulent te voir? 

Ça a déjà commencé, ça continue. J’ai pas ça en tête, mais j’ai un grand petit agenda derrière. Les deux jours qui viennent, je serai à Bruxelles, à la foire du livre. 

C’est très sympa la foire du livre. 

C’est la foire du livre de grande qualité. Mais je me demande si la dernière fois quand c’était croisé, c’était pas là-bas. Et je crois que si. 

Et ensuite, je serai au festival d’Aix-en-Provence le 12 et le 13. Après, je serai au festival du livre de Metz. 

Festival du livre de Caen. Festival de la bande dessinée d’Amiens. Festival de la bande dessinée de Duron. 

Je vais avoir tous mes week-ends assez occupés. Pour ceux qui me suivent sur Instagram ou Facebook, j’indique de quelle manière je me déplace. Ce qui se passe depuis Sang neuf avec les lecteurs est assez différent de ce qui se passait auparavant. 

J’avais créé des liens pendant ma longue période de compagnonnage avec des écrivains de Polar qui m’ont ouvert à notre public. Il y avait déjà une complicité qui était basée sur les valeurs que souvent les auteurs de Polar ont en partage, ou une bande de dessinés qui s’intéressent à des questions de dérives sociales, pour le dire vite. Avec 1009, je vois qu’il est plus dans la chair et dans la fragilité, la vulnérabilité de ce que nous sommes. 

Ça crée des discussions vraiment intenses avec des lecteurs concernés soit de loin, soit de très près. Pour moi, c’est précieux. C’est ce que je n’avais pas fini par dire tout à l’heure. 

Quelqu’un demandait si ça avait été l’occasion pour moi d’une psychothérapie, en quelque sorte, ou d’une arthérapie. Quand j’ai fait le bouquin, oui. Encore une fois, ça m’a permis de décharger des douleurs et un vécu vraiment difficile. 

Le fait de devoir discuter avec les gens en direct de problèmes que eux-mêmes ont rencontrés sur ce terrain-là, ça me renvoie quand même à l’hôpital aussi un petit peu. Et donc, ce n’est pas sans effet sur les discussions que je peux avoir avec les gens. Ce n’est pas une promo comme les autres, comme on dit. 

C’est une promo où je suis là pour défendre un produit culturel, je ne peux pas y échapper, mais qui relate une expérience existentielle qu’on est nombreux à avoir en partage quand même. Je pense que si ça parle à beaucoup de gens maintenant, c’est qu’on sait qu’on va tous passer par des difficultés et que ça fait peur un peu à tout le monde. 

Qu’est-ce qu’on a fait? C’est la question rituelle.. 

Qu’est-ce qu’on a fait Au Poste pendant une heure et demie, mon cher Jean-Christophe? 

On m’a donné beaucoup d’occasions de revenir sur moi. C’était quand même à moi, à moi, à moi, à moi. C’est toujours un plaisir de parler de soi, bien évidemment. 

Ce qui est toujours intéressant pour moi, c’est marrant, parce que ce que tu m’as dit tout à l’heure sur la vie, toi en néophyte de la pratique graphique, c’était un peu lumineux. Ce dont je m’aperçois à chaque fois que je creuse un peu ici avec toi et avec Yannick, c’est que ça me fait découvrir un peu plus finement ce que j’ai fait et pourquoi je l’ai fait. Parce que quand on se lance dans un bouquin comme celui-là ou dans un autre, on a des intentions au départ. 

Mais à vrai dire, on ne sait jamais trop ce qu’on va produire à la fin. J’avais par exemple aucune certitude sur la manière dont le bouquin serait reçu. Dans le bouquin encore une fois conçu dans ma grotte pendant deux ans sans trop voir personne, serait perçu par des lecteurs extérieurs. 

Et discuter avec vous, c’est toujours l’occasion de faire des petites découvertes sur ce que je n’avais pas eu, la conscience de mettre dans mon bouquin, 

C’est non seulement thérapeutique, mais c’est aussi maïeutique en quelque sorte. Je continue à gamberger sur pourquoi j’ai fait les choses. 

Avec un dernier tiens tant que j’y suis, un truc assez marrant. J’ai jamais eu tellement l’occasion d’en discuter avec des collègues dessinateurs. Peut-être que ça peut intéresser des gens qui n’ont pas l’habitude de dessiner. 

J’imagine que pour l’extérieur, vous devez souvent imaginer qu’on a une image en tête et qu’ensuite on la projette sur le papier. Si c’est le cas, je ne suis pas sûr que ce soit mon cas, mais en tout cas, les images de mes pages de bande de dessinées ne coïncident quasiment jamais avec ce que j’avais prévu. J’ai une idée à peu près précise, plus qu’une image d’ailleurs. 

Et quand je la dessine, à la fin, il y a toujours une surprise. Elle est parfois bonne, c’est bien,c’était plutôt une bonne surprise. Parfois, elle est moins bonne. 

Et là, soit on est fainéant et on se dit qu’on fera mieux à l’image suivante, soit on est consciencieux, ce que je ne suis pas toujours, et on la déchire et on l’a refait. Mais en tout cas, merci de cette invitation. Pour moi, c’est une invitation prestigieuse qui m’honore et me ravit vraiment. 

Et on a peu parlé politique, en fait. 

Ah si, moi je pense qu’on n’a fait que ça. Mais oui, quand on parle travail, quand on parle relation aux autres, quand on parle d’amour. 

On est honoré, merci à vous, te dit Plotchy Plotch. Euryale te dit merci, Jean-Christophe Chauzy. Super Management te dit merci de l’authenticité qui a l’air de surgir de votre bouquin. 

Hâte de le découvrir et courage par la promo qui doit vous replonger pas que dans les meilleurs moments. Didy blue, beaucoup d’émotions ce matin. Merci à vous. 

Un grand moment émotionnel. Vous êtes précieux. Merci, te dit Roland. 

Merci, Monsieur Chauzy, en attente de vos futurs ouvrages, dit Sorcière. Grinkel, nous dit moment très émouvant. Merci pour tout. 

JML91 qui a enfin réussi à rejoindre le canal Telegram d’Au Poste. 

Bravo à lui. Te dit merci. Merci bien pour cet entretien et bravo pour cet effort, nous dit Fantomas le bâtard. Et oui, il existe, c’est lui. 

Sentier battant , merci Jean-Christophe Chauzy. Je choisis le compte IG du coup. 

Le compte IG, qu’est-ce que c’est que ça? Bon, je suis arrivé trop tard, nous dit DiY qui est également dessinateur, mais j’irai voir le replay. Voilà, merci à vous 

C’est un échange superbe. Sur le fond, la forme est une très belle amitié touchante, nous dit Minzel. Merci. 

La BD a l’air bien, mais super dure, nous dit Le Vernaillat et Relou. Non, non, non, non, elle n’est pas super dure parce que par ailleurs, justement, je n’ai pas voulu aborder l’après-hôpital pour justement vous laisser le découvrir 

OK, merci, Ormaz. Merlin, tu peux revoir en replay 

Attends, il est là le combo. Tiens, ça, c’était toi. Combo 8. 

Combo 8. Le dernier numéro avec la fameuse interview par Yannick, qui était avec nous tout à l’heure, de Jean-Patrick Manchette. Les cyniques. 

Absolument. Est-ce que ça se lit bien? Ça se lit, mais c’est merveilleux. 

C’est absolument merveilleux, franchement, sans déconner, c’est superbe. C’est profond, c’est superbe. C’est superbement dessiné. 

C’est superbement, je sais pas comment on pourrait dire, échafaudé, équilibré, les cases, les pages, ça coule. 

C’est absolument… Non, non, c’est vraiment top. 

Merci mille fois, nous dit Catcall. Merci. Quel souvenir. 

Fluide glacial, nous dit Sentier-Battant. Merlin nous dit ça a l’air une bonne équipe de potos . Les bonnes équipes de potos , c’est ça, c’est quand on ne s’est pas parlé depuis 6 ans et que c’était comme si c’était la veille. 

Et à la fin, j’ai eu des discussions assez intéressantes avec des amis autour du monde de l’édition, où je vois un tas d’auteurs qui essaient d’avoir, avec leurs partenaires éditoriaux, leurs éditeurs, des relations basées essentiellement sur du lien professionnel. Donc rien d’autre que des relations auteurs-éditeurs. Et moi, je me plaignais du fait que je n’y arrivais pas. 

Et que je bossais mieux dans des conditions où j’avais quand même des relations amicales avec les gens qui m éditaient . Et je voyais ça comme une faille en quelque sorte. Et la meilleure réponse qui m’a été faite, ça a été par le graphiste historique de Futuropolis, Philippe Ghielmetti il me dit, mais, à la fin, qu’est-ce qui comptera en fait? 

Je sais que tu as fait des bouquins avec des gens que tu aimes, alors autant qu’ils soient les meilleurs possibles, ce que j’ai essayé de faire, mais les faire avec des gens que j’aime, c’est politique pour le coup et c’est important. 

Merci, Monsieur Chauzy, Jean-Christophe. Sang neuf, c’est paru chez Casterman où tu as donc des amis. Et une éditrice qui, visiblement, t’as beaucoup aidé. 

Voilà. Merci beaucoup, Jean-Christophe. On essaiera de te donner de tes nouvelles de temps en temps quand tu te balades dans tel ou tel salon du livre, salon de la BD, 

Oui, oui, Medbel tu peux le lire. Il faut le lire. À très bientôt. 

Je vais rester avec les copains et les copines du  tchat , mon cher Jean-Christophe. Et je te dis à très bientôt et surtout bravo. 

Et voilà, les amis, au poste à l’ancienne. 

Au poste.fr, c’est écrit là-haut. C’est là qu’il faut aller. 

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