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Camille Teste Stéphanie Ouillon Nora Bouazzouni

Bisexualité: angle mort des luttes féministes et queer?

Longtemps ignorée, caricaturée ou niée, la bisexualité reste à la marge de la marge des luttes féministes et queer. Avec rigueur et précision, Stéphanie Ouillon et Camille Teste retracent l’histoire politique, sociale et médicale de cette identité marginalisée. Chiffres, archives, expériences vécues : elles dévoilent une réalité marquée par l’invisibilisation, la biphobie et des violences spécifiques. Un échange essentiel pour comprendre pourquoi les bisexuel·les sont partout… et pourtant si rarement écouté·es.

Curieuses, indécises, immatures, traîtresses à la cause… Bien que nombreuses (en France, 10% des moins de 30 ans revendiquent cette identité), les personnes bisexuelles sont encore victimes de préjugés même au sein des communautés LGBTQIA+ et d’un manque de représentation, de la pop-culture aux sujets de recherche, en passant par les médias et les politiques de santé publique. Pourquoi ? Que produit la marginalisation et l’effacement de celles et ceux qui n’ont jamais cessé de militer dans les mouvements queer ?

Dans ce nouvel épisode de “Qui va faire la vaisselle ?”, Nora Bouazzouni reçoit Stéphanie Ouillon, autrice de Quelle bisexualité radicale ? Sur les traces de la bisexualité politique en France (1967-2007) (Tahin Party, 2025) et créatrice de la Newsletter bi·e, et Camille Teste, autrice d’Embrasser la bisexualité (Les Renversantes, 2025).

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La rencontre avec Stéphanie Ouillon et Camille Teste

Les deux autrices constatent un manque structurel de ressources en français sur la bisexualité, malgré une présence démographique massive, rappelant que «10% des moins de 30 ans revendiquent cette identité» et que cette absence participe directement à l’invisibilisation politique et culturelle. «On s’est rendu compte qu’il n’y avait presque aucun livre sur la bisexualité en français»

Stéphanie Ouillon explique que la bisexualité est historiquement absente des pensées queer et féministes, malgré leur volonté affichée de déconstruire la binarité sexuelle, soulignant que «la bisexualité est le fantôme de l’identité sexuelle». «La bisexualité a été systématiquement absente, c’est un angle mort»

Camille Teste met en évidence les conséquences matérielles de cette invisibilisation à travers les données de santé mentale, précisant que les personnes bisexuelles sont «surreprésentées dans la dépression, les addictions et la précarité». «Les personnes bisexuelles vont moins bien que les personnes hétérosexuelles mais aussi que les gays et les lesbiennes»

Les invitées reviennent sur l’histoire médicale et psychiatrique de la bisexualité, décrite comme une phase transitoire ou une pathologie, rappelant que «le mot bisexualité a d’abord servi à décrire un état embryonnaire». «La bisexualité n’a jamais été pensée comme une identité adulte stable»

La biphobie au sein même des communautés LGBTQ+ est longuement analysée, notamment à travers les accusations de trahison et d’instabilité. «On nous a dit que la bisexualité était une arnaque politique»

Camille Teste décrit la charge cognitive permanente liée au fait de devoir prouver son identité, rappelant que «la bisexualité est la seule orientation qu’on doit sans cesse pratiquer pour être crue». «On nous demande toujours de prouver qu’on est bi»

Les discriminations spécifiques dans le monde du travail et de la santé sont détaillées, notamment la sexualisation immédiate de l’identité bi. «Quand on dit qu’on est bisexuel·le, on n’entend pas une identité mais une sexualité supposée»

Stéphanie Ouillon insiste sur la notion de passing hétéro ou queer, expliquant que cette assignation extérieure a un coût psychique élevé. «Le passing a un coût émotionnel énorme»

Les autrices montrent que la bisexualité a été effacée des récits militants, y compris lors des grandes mobilisations historiques, soulignant que «les bisexuel·les ont souvent dû se taire pour rester dans les luttes». «Ce n’était pas stratégique de dire qu’on était bi»

En conclusion, elles affirment la nécessité de prises de parole autonomes, rappelant une phrase fondatrice du militantisme bi. «Ce sera fini quand les bisexuel·les auront parlé»

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