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Félicien Faury #AuPoste

Au plus près du… Rassemblement national, avec Félicien Faury

La fournaise ambiante nous invite à convoquer à nouveau Félicien Faury, jeune et talentueux sociologue sur l’extrême droite. Six années durant, Félicien a vécu (ou fait de longues incursions) dans une commune frontiste du Sud-Est de la France. Il en est revenu avec Des électeurs ordinaires, Enquête sur la normalisation de l’extrême droite (Le Seuil), un ouvrage fort remarqué, par sa justesse et sa précision.

A 24h de la trêve électorale, on essaye de comprendre avec lui pourquoi dix millions de gens votent désormais RN. Et comment les en dissuader?

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La rencontre en quelques mots

Depuis une dizaine d’années, l’électorat du RN n’est plus volatil mais fixe, fidélisé, y compris dans un contexte abstentionniste. « Quand il y a une hausse de la participation, il y a une hausse du Rassemblement National », décrit le sociologue. Au-delà des représentations télévisuelles des porte-paroles et électeurs du parti d’extrême-droite, qui se contentent de moquer l’inculture apparente d’un certain nombre, le travail de Félicien Faury détaille les raisons d’un vote qui s’implante solidement.

La variable socio-démographique la plus prédictive du vote RN, de manière très stable, est le – faible – niveau de diplôme. Ce n’est pas une question d’intelligence, ni de connaissances, ou que sais-je : dans notre société où les capitaux scolaires sont si importants, quand vous n’avez pas ce capital culturel-là, vous vous retrouvez sur le marché du travail en situation d’incertitude et de précarité.

Félciien Faury

L’adhésion au RN reflète un certain niveau d’insertion dans la société, ou plutôt de désinsertion. Et en France, c’est à l’école que se joue très majoritairement, avec les mécanismes de reproduction sociale que l’on connaît, le tri social entre les futurs dominants et dominés. À celles et ceux qui ont vécu une scolarité difficile, raccourcie, et dont les conséquences déterminent la suite de leur parcours, la politique – en tant que discussion sur une société dont ils sont les laissés-pour-compte – peut être vécue douloureusement. L’identification à des candidates et candidats qui leur ressemblent est un ressort que le parti d’extrême-droite a bien compris, ce dernier n’ayant jamais réellement investi dans la formation de son appareil militant. C’est aussi un signe de la mainmise de la famille Le Pen sur une entreprise qui ne souffre d’aucune concurrence en interne.

Le résultat est le même à chaque élection où le RN fait un score élevé : loin des discours de normalisation, les nombreux réflexes et « dérapages » antisémites et racistes de ses candidat.e.s révèlent le coeur de la pensée du parti. Plus d’une centaine des candidat.e.s investis par la formation d’extrême-droite ont été épinglés pour des propos à caractère « plus que problématiques » (1). Nous n’avons pas affaire à quatre ou cinq brebis galeuses comme le dit à qui veut l’entendre Jordan Bardella, mais bien à un fait structurant du parti.

Il y a un très fort turn-over des militants, un grand nombre de sections locales du parti sont des coquilles vides. Le RN se donne l’image d’un parti des territoires, très implanté, proche des gens… alors que c’est un parti très centralisé, à Paris. Dans ce cadre-là, ils font avec ce qu’ils ont, avec des scores électoraux qui dépassent la structure militante.

Félicien Faury

Articuler les racismes avec l’inquiétude

Si le parti ne peut pas, comme il le dit lui-même, tout contrôler de ses porte-paroles locaux, il réagit de manière beaucoup plus volontaire aux sorties antisémites qu’aux autres formes de racisme. Depuis longtemps déjà, la formation a théorisé que l’antisémitisme est ce qui jette l’opprobre le plus efficacement, là où la xénophobie ne fait plus guère réagir. Le retournement des accusations d’antisémitisme envers la gauche et la France Insoumise ont causé de réels dégats, et constituent une victoire pour le camp politique qui est pourtant le seul à compter parmi ses rangs des candidats qui posent en photo avec des casquettes nazies, qui tiennent des propos négationnistes, et ainsi de suite.

« Le Rassemblement National a compris que le racisme faisait aussi voter les gens », résume Félicien Faury. Le programme change avec le sens du vent mais tourne sans faiblir depuis 40 ans autour d’une mesure phare, parfaitement identifiée par l’électorat : la préférence nationale. Cette idée de séparation de l’étranger du national s’articule avec tous les ressentiments possibles, ce que le sociologue constate en permanence sur son terrain d’études, la région PACA. La notion floue d’étranger ou d’immigré, dans la bouche des personnes interrogées, recouvre toute une frange de la population racisée qui est pourtant bien française. Et cet électorat d’extrême-droite, dans le sillage de la préférence nationale, identifie cette population racisée comme une concurrence économique, une concurrence moins légitime que lui à percevoir des aides, à occuper un emploi, à trouver un logement, en bref : comme un bouc émissaire responsable de ce qui l’inquiète socialement, quelque soit ce qui l’inquiète.

Séparer les thématiques du pouvoir d’achat et de l’immigration n’a aucun sens pour les électeurs du Rassemblement National. Dans le Sud-Est où l’on dit que c’est un électorat identitaire et non pas social, les gens passent leur temps à me parler d’économie, de leur pouvoir d’achat, de leur logement, de leur patrimoine, des impôts qu’ils vont payer.

Félicien Faury

Couplé au sentiment anti-assistanat généralement présent dans la société, le sentiment anti-immigration pousse à l’absurde le rejet de « l’étranger », perçu comme quelqu’un que l’on fait venir pour qu’il ne travaille pas, alimentant de fait une incompréhension et une défiance vis-à-vis de l’État, parfois jusqu’au complotisme.

Jusqu’à un certain point, il est possible de « débunker » ces idées reçues, en rappelant le non-recours aux aides sociales, à l’AME par les populations racisées, en mettant en face le montant de la fraude fiscale des plus aisés qui est d’un tout autre ordre de grandeur. Mais la réalité est aussi porteuse de ces interprétations racistes, le taux de chômage et le recours aux aides est effectivement plus élevé dans les quartiers où la population est plus racisée. Le débat devient alors une bataille d’interprétation, d’explication structurelle, entre d’un côté une pensée raciste, individualiste et naturalisante, et de l’autre, la sociologie comme contre-discours. Il ne s’agit pas d’excuser le racisme des électeurs du Rassemblement National, mais de l’expliquer pour le combattre.

On ne peut pas comprendre le vote RN si on ne prend pas en compte les souffrances de classe sociale de ses électeurs. Mais en même temps, on ne comprend qu’à moitié ce vote si on ne comprend pas aussi que du point de vue des inégalités de classe, les électeurs du RN sont plutôt du côté des dominés, mais du point de vue des inégalités ethno-raciales, ils sont du côté des dominants. Le racisme est une relation de pouvoir qui s’exerce, et les électeurs du RN y prennent leur part. Les électeurs savent ce qu’ils font. Face à cela, il ne faut pas être condescendant, et nommer le racisme quand il se présente.

Félicien Faury

Le racisme est-il l’apanage du RN ?

« Il ne faut pas que l’extrême-droite serve à nous innocenter », commente Félicien Faury. À notre tour de ne pas tomber dans l’analyse individuelle et naturalisante des électrices et électeurs d’extrême-droite qui créeraient leur propre racisme.

À bien des égards, on prend notre part aussi, et parfois davantage que ces électeurs et électrices. Leurs paroles racistes sont souvent d’autant plus explicites qu’ils sont impuissants en actes. Ce sont des personnes qui n’ont pas les moyens ni les ressources sociales pour discriminer à l’embauche, au logement, puisqu’ils n’ont pas de logement à louer ; qui ne peuvent pas quitter leur quartier et donc participer à la ségrégation territoriale qui est massive en France. Le racisme est quelque chose qui traverse tous les milieux sociaux et y prend des formes différentes. Il n’est pas forcément politisé et électoralisé comme il peut l’être auprès du Rassemblement National.

Félicien Faury

En disant cela, il semble évident de pointer le rôle des médias dans la propagation du racisme, thème qui a été largement abordé dans de nombreux travaux. Félicien Faury assume avoir voulu faire un pas de côté en ne se focalisant pas sur la question des médias, mais en l’articulant avec son travail qui est un travail de terrain. Le sociologue situe le rôle des médias à deux niveaux : d’une part, renforcer, légitimer ces affects ; et d’autre part, politiser, présenter les offres politiques dont les analyses correspondent à ces affects. « Ce n’est pas CNews qui a inventé le racisme en France ».

C’est l’occasion pour le sociologue d’insister sur le fait que le vote d’extrême-droite n’est pas un vote de personnes « seules devant leur télé », mais bien d’un vote de groupe, de personnes qui discutent entre elles, dans des espaces de sociabilisation où le contre-discours n’est pas présent ; encourageant celles et ceux qui luttent contre les idées d’extrême-droite à aller vers ces lieux-là aussi. Ce sont dans ces lieux que l’enquête de Félicien Faury évolue, à travers les discussions au bar, au supermarché, avec les proches, le partage des expériences vécues, le commentaire de l’actualité, en bref : à travers leur quotidien.

(1) [Dossier] Racisme, antisémitisme, violences : les élus et candidats RN épinglés – Mediapart – mis à jour le 02 juillet 2024 – https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/racisme-antisemitisme-violences-les-elus-et-candidats-rn-epingles

Trois questions clés

Qui est Félicien Faury ?

Félicien Faury est sociologue et docteur en sciences politiques.

Quel est le dernier ouvrage de Félicien Faury ?

Félicien Faury a publié Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite (Seuil) en 2024.

En quoi consiste l’enquête de Félicien Faury, relatée dans son dernier ouvrage ?

Félicien Faury a enquêté durant six ans, entre 2016 et 2022, dans un territoire du sud-est de la France. La parole des électrices et électeurs, dans leurs quotidiens, leur milieux de vie, leur normalité, lui sert de matériau d’analyse de la hausse du vote d’extrême-droite.

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