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Ariane Lavrilleux, journaliste en garde-à-vue: «Comment en est-on arrivés là ?» #DGSI #SecretDesSources

Elle est arrivée, le pas sûr et la voix blanche. Pas bien grande, mais si vaillante. Tout juste sortie de garde à vue, la journaliste de Disclose a tenu conférence de presse dans les locaux de RSF, à Paris. Ariane Lavrilleux a raconté par le menu les méthodes de la DGSI. Au Poste avait fait le déplacement, parce que c’est bien le minimum.

Lors des interrogatoires, à Marseille, la journaliste a appris être sous surveillance depuis un certain temps. « Aux questions des enquêteurs de la DGSI, j’ai opposé le droit au silence. Ils ont utilisé divers moyens de manipulation psychologique. J’ai tenu. » a-t-elle déclaré.

Photo: RSF

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La causerie en quelques mots

Après 39 heures de garde à vue, la journaliste de Disclose Ariane Lavrilleux a été relâchée hier soir. Elle a tenu cet après-midi une conférence de presse dans les locaux nationaux de Reporters sans frontières, pour alerter sur la procédure dont elle a été victime. Son rédacteur en chef, Mathias Destal, a introduit sa prise de parole en annonçant un combat long et difficile, où le soutien sera nécessaire : “cette procédure porte gravement atteinte à la liberté de la presse, au secret des sources. C’est un franchissement de cap inquiétant”.

Ariane Lavrilleux a tenu d’abord à remercier les organisations de journalistes – notamment le collectif Prenons la une et Presse Papiers -, les rapporteurs de l’ONU, et en particulier les égyptiens et égyptiennes qui ont alerté la communauté internationale, ce qui l’a grandement soutenue dans cette épreuve.

Comme l’a rappelé Mathias Destal, « Ariane Lavrilleux a réalisé des enquêtes d’intérêt public sur les angles morts de la démocratie : des crimes commis par des dictatures, contre des civils, et avec des armes françaises ». En l’occurrence, ce sont ses révélations au sujet de ventes d’armes à la dictature égyptienne qui ont valu à la journaliste 10 heures de perquisition, suivis de deux jours de garde à vue.

Ariane Lavrilleux a ainsi raconté ce qui doit tous nous alerter sur l’état de la démocratie française : “A 6h05 du matin, 9 agents de renseignements et des magistrats, qui sont d’ordinaire en charge de la lutte antiterroriste – vous avez bien entendu, de la lutte anti-terroriste, en théorie leur spécialité c’est de traquer les auteurs ou potentiels auteurs d’attentats – ont débarqué chez moi, avec des valises, des logiciels informatiques pour aspirer et analyser les données qui se trouvaient sur mes téléphones, mes ordinateurs, mes disques durs – ils ont gardé mes carte SIM. […] Mes outils de travail ont été restitués sur place, après 10h de perquisition, au cours de laquelle j’ai appris que j’étais placée sous surveillance depuis un certain temps. C’est une violation extrême de la liberté d’informer et de la protection des sources journalistiques qui est l’un des fondements de notre métier et de la démocratie”.

Elle a ensuite été emmenée dans les geôles du sous-sol de l’hôtel de police de Marseille. 

En arrivant, elle était malade, déshydratée, avec des douleurs abdominales, et avait besoin de médicaments. Elle a d’abord subi un premier interrogatoire, en présence d’un avocat mandaté par Disclose, puis a été ramenée en cellule. Les policiers lui ont refusé l’accès aux médicaments jusqu’à 3h du matin et l’arrivée d’un médecin.

“Je considère avoir été traitée comme une délinquante. En cellule j’ai eu très peu accès à l’eau”. Le lendemain, la journaliste a été interrogée à plusieurs reprises et a invoqué à chaque fois son droit de garder le silence, face à des questions “presque philosophiques” : “êtes-vous capable de mensonge ?” ou “est-ce que le secret des sources est supérieur au secret de la défense nationale ?”. L’interrogatoire a également porté sur le travail de Disclose et ses sources. La journaliste relate diverses techniques de manipulation psychologique de la part des policiers pour tenter de la déstabiliser. Après avoir donné ses empreintes, elle est finalement relâchée à 21h sans explication, par derrière, afin qu’elle ne voie pas le comité de soutien qui lui était réservé.

C’est le début d’une longue bataille qui commence. […] J’ai été à la fois victime et témoin privilégié d’un détournement de moyens de la lutte anti-terroriste, des moyens de la justice française. D’ordinaire ils sont là pour traquer des attentats, mais là pendant des heures, peut-être des mois, ces cerveaux brillants ont été mobilisés pour traquer une journaliste, ses sources, celles du média indépendant Disclose avec qui j’ai enquêté sur les dérives de la lutte anti-terroriste en Egypte et la complicité de la France dans ces crimes. Il y a donc une petite ironie dans cette affaire, de révéler la responsabilité de la France dans des crimes commis par une des pires dictatures au monde, la dictature du maréchal Al Sissi, de révéler que la France a fourni des renseignements militaires, humains, pour aider l’Egypte, son armée, à mener une répression massive, à tuer des civils de manière arbitraire, à les bombarder sans sommation dans le désert. C’est l’opération Sirli, que je vous conseille d’aller voir”.

La journaliste conclut: “Comment en est-on arrivés là ? Mon arrestation arrive après une série d’attaques contre la presse, une série d’auditions, d’intimidations, de convocations de journalistes ces dernières années qui se multiplient, essentiellement sous la présidence d’Emmanuel Macron. Rien qu’à Disclose, on a 3 de nos journalistes qui ont déjà été auditionnés dans des articles traitant des ventes d’armes de la France. Mais là, on a franchi un nouveau cap et ce qui se joue, ce n’est pas une histoire personnelle, c’est notre droit de citoyen.ne de savoir ce que fait le gouvernement en notre nom, de ce qu’ils font de nos impôts”.

La journaliste appelle à la mobilisation des journalistes, rappelant leur responsabilité immense, et la nécessité d’interpeller les responsables politiques. Concernant les suites de cette garde à vue, elle déclare « Je ne suis pas mise en examen pour le moment. Mais une épée de Damoclès plane au-dessus de ma tête ». Elle affirme néanmoins que si la justice a voulu l’intimider, la décourager, “c’est complètement raté. je ressors de cette garde à vue encore plus combative que jamais. Celle-ci montre qu’on dérange et qu’on est nécessaires. Nous allons redoubler d’efforts pour informer sur les ventes d’armes aux dictatures. Pour que les citoyens aient le droit de savoir ce que font nos gouvernements”.

Le responsable du bureau Europe de RSF évoque le cas d’Ariane Lavrilleux comme symptomatique d’un problème large sur lequel RSF alerte depuis des années. Il pointe des lacunes dans la législation française et réclame la révision de la loi Dati de 2010, sur la protection du secret des sources, “qui a trois carences majeures” : la possibilité pour les enquêteurs d’abuser de la notion “d’impératif prépondérant”, “une absence de contrôle de la part du juge des libertés”, et le fait que “la violation caractérisée du secret des sources n’est sanctionnée que par la nullité de la procédure, mais l’auteur de cette violation échappe à toute responsabilité pénale”. Il présente les mesures proposées par RSF : 

–        la suppression de l’impératif prépondérant d’intérêt public, et son remplacement par une disposition plus restreinte [correspondant] à des atteintes particulièrement graves, listées précisément.

–        l’élargissement du champ des bénéficiaires de la protection pour inclure les journalistes mais aussi l’ensemble des contributeurs aux enquêtes journalistiques.

–        la sanction de la violation abusive du secret des sources avec l’inscription d’un délit spécifique.

–        la révision des lois sur le secret-défense, pour prévoir que ne puissent être sanctionnés par la violation du secret que ceux qui y sont tenus (agents du renseignements, militaires) et en aucun cas ceux qui le révèlent au public.

–        l’abrogation du délit de recel, comme celui de la compromission du secret de la défense nationale, pour tous les journalistes dans l’exercice de leur activité.

Face aux questions, Ariane Lavrilleux a témoigné de l’insuffisance du soutien politique face à l’enjeu : “Si on ne protège pas les sources, c’est la fin du journalisme, si aucun représentant de la nation qui est censé contrôler l’action du gouvernement ne pose de questions, ne se renseigne, ne demande de commission d’enquête, c’est très inquiétant pour le niveau de notre démocratie. Si les gens qui sont censés poser les questions ne le font pas, la démocratie meurt dans la pénombre”.

Une audition avec le juge des libertés aura lieu d’ici 5 jours pour déterminer, en présence d’Ariane Lavrilleux et son avocate, si la juge d’instruction a le droit d’utiliser les données prélevées chez la journaliste.

Trois questions clés

Qui est Ariane Lavrilleux ?

Ariane Lavrilleux est une journaliste française. Elle a réalisé des enquêtes d’intérêt public notamment sur des crimes commis par des dictatures, contre des civils, et avec des armes françaises. Elle est cofondatrice du collectif de femmes journalistes Prenons la Une.

Pourquoi Ariane Lavrilleux a été en garde-à-vue ?

Ses révélations au sujet de ventes d’armes à la dictature égyptienne, parues dans le média indépendant Disclose lui ont valu 10 heures de perquisition, suivis de deux jours de garde à vue.

Qu’est-ce que l’opération Sirli ?

L’opération Sirli, révélée par Disclose, est la fourniture par la France de moyens militaires et humains pour aider l’Egypte et son armée “à mener une répression massive, à tuer des civils de manière arbitraire, à les bombarder sans sommation dans le désert.”

3 commentaires
  1. Poignant l’explication de sa garde à vue et le danger pour les journalistes et nous d’être informé(e)s. Ce gouvernement va de plus en plus loin contre nos libertés. Merci David, merci Au poste.

  2. Quel est ce “journaliste” qui demande si Ariane Lavrilleux est inquiète de l’arrestation d’un militaire ?
    Comment peut-il poser une telle question ?

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