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5 années de résistance face à la guerre sociale de Macron (2017/2021)

L’un est dessinateur (Malo Kerfriden), l’autre est auteur (David Chauvel), les deux sont des témoins de leur temps, et des cinq années de guerre sociale sous Macron. Jeudi, on a pris le café avec David Chauvel, auteur de la BD « Res Publica » (Delcourt). Leur récit nous rappelle ce que l’on avait oublié, nous révèle ce que nous avions raté sur l’instant.

En ce 10 février 2022, David Chauvel vient Au Poste présenter son « documentaire dessiné » co-réalisé avec le dessinateur Malo Kerfriden, absent à l’écran mais présent dans le chat. Cette bande dessinée, intitulée « Res Publica », rejoue en cinq actes le quinquennat sur le point de s’achever. Les premières pages donnent le ton : un Emmanuel Macron lycéen, jouant sur les planches un épouvantail, s’épanouit dans un costume qui le portera, « quoi qu’il en coûte », de la petite à la grande bourgeoisie et au pouvoir suprême. Pas de révélations ici, mais une « mise en images de cinq années de pouvoir » ardemment désirées puis pleinement incarnées au prix d’une violence sociale rarement atteinte.

Il m’a trahi avec méthode.

François Hollande

De l’autre côté de la barrière, des corps mutilés, des vies qui basculent, qui s’éteignent parfois. Les violences policières commises à l’encontre des Gilets Jaunes révèlent impudiquement la violence d’un État qui ne sait plus comment répondre autrement à la détresse de sa population, si tant est qu’il cherche à y répondre. Les images de ces violences, puisqu’il sera beaucoup question d’images durant cet entretien, seront le point de départ du livre de David Chauvel mais aussi du film de David Dufresne  « Un pays qui se tient sage ».

Le « président des 13% », en référence à la part de l’électorat qui a réellement voté « pour » lui, ne perd pas son temps. Il monte un « gouvernement de millionnaires », où on a du mal à distinguer les ministres des dirigeants de grands groupes, dont les mains se remplissent à mesure que la tirelire publique se vide. Cynique, Macron met à profit son art du spectacle pour cristalliser l’attention – et les tensions – mettant à l’ombre la machinerie qui s’active, écrivant les lois ici, négociant avec les grands patrons là-bas, échafaudant des stratagèmes pour faire payer au plus grand nombre le train de vie du plus petit. Cette « dramaturgie » permanente est retranscrite avec brio dans le scénario et la mise en scène de Chauvel et Kerfriden.

Macron, c’est l’entreprise au gouvernement.

David Chauvel

On voyage dans le temps au son des casseroles : Alexandre Benalla, les MacronLeaks… Le récit nous rappelle ce que l’on avait oublié, nous révèle ce que nous avions raté sur l’instant. Beaucoup de chiffres, de personnages, d’anecdotes construisent cette grande fresque dans laquelle « l’épouvantail » Macron n’est jamais très loin. En contrepoint, les Gilets Jaunes prennent aussi leur place ; l’auteur place au cœur de son récit « la résistance des gens » face à la politique pro-riches/anti-pauvres menée tambour battant. Marque de fabrique du gouvernement, la « manipulation médiatique » est de mise pour décrédibiliser un mouvement, jetant l’opprobre sur ses membres, déformant les faits dans de grossiers contre-récits telle « l’attaque » de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

Merci de rappeler qu’on avait des revendications brillantes. Quand j’entends des amis me dire que les Gilets Jaunes n’avaient rien à proposer, j’ai juste envie de mourir…

Nat_le_gitan | Tchat

Le récit quitte son cours, parfois, pour s’attarder sur des portraits de « gens du peuple, au bon sens du terme ». Leurs parcours, souvent déjà difficiles à l’origine, prennent une tournure cruelle en croisant celui de ce quinquennat. Dans un équilibre précaire entre fourmillement des récits et volonté de ne pas noyer le lecteur, David Chauvel et Malo Kerfriden naviguent avec rythme entre petites et grandes histoires, où se croisent policiers, manifestants, ministres… toujours au plus près des mots, des attitudes et des réactions capturées sur le vif. Sans jamais perdre le fil criant de leur histoire : le gouvernement fait la guerre à son peuple, la police est son bras armé.

La BD évite l’écueil de la responsabilité individuelle des policiers pour se concentrer sur « l’utilisation politique » qui est faite de la police, des conditions créées pour générer l’idéologie qui est la sienne : hyper-virilité, détestation de l’autre… sournois reflet de la vision du monde des puissants.

On a affaire à des gens qui sont aujourd’hui sous la coupe d’une idéologie haineuse. Ils se vivent comme étant seuls contre la société.

David Chauvel

Si la question policière accapare les débats, Chauvel propose de regarder la situation autrement. Même avec 80% de l’opinion publique en faveur des Gilets Jaunes, le gouvernement ne cède pas, et personne ne se demande si un autre scénario était possible. « Je ne peux pas complètement ne pas imaginer un scénario dans lequel ils rendent le pouvoir. Ça me semblait, humainement, la chose juste. » Et d’augurer que cela finisse par arriver, si le gouvernement continue d’alimenter, au mépris de tous, les abyssales inégalités et injustices structurantes de notre société.

Ils sont en train de créer les conditions de la révolution.

David Chauvel

L’élection d’Emmanuel Macron lance un assaut néolibéral comme notre pays n’en a jamais connu. Cinq années de guerre sociale racontée par deux citoyens témoins de leur temps.

« Qui a du fer a du pain. » écrivait Blanqui en 1851. Presque deux siècles plus tard, les Français ont dû avoir recours à l’un pour conserver l’autre. Dernier pays occidental à ne pas avoir plié sous le joug néolibéral, la France a dû livrer une bataille parfois sanglante pour ne pas se laisser laminer par le fameux projet d’Emmanuel Macron. Ce livre raconte ces cinq années de résistance.

https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-res-publica/album-res-publica

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